Des posts et des pos­tures

#hy­dra.

Magazine M - - Le Sommaire - Carine Bi­zet — aline zal­ko par illus­tra­tion

Avec leur sys­tème de géo­lo­cA­li­sA­tion, les ré­seaux so­ciaux mettent en va­leur l’ins­tinct gré­gaire du bi­pède hu­main. Le phé­no­mène s’ac­cen­tue pen­dant les va­cances. Pre­nons par exemple la com­mu­nau­té ras­sem­blée sous le ha­sh­tag « hy­dra» : cette pe­tite île de la mer égée est le point de ral­lie­ment d’une par­tie de l’in­tel­li­gent­sia pa­ri­sienne (un mé­lange li­fe­style-mé­dia­cul­ture as­sez clas­sique), soit des gens qui se cô­toient au bu­reau ou au su­per­mar­ché tout le reste de l’an­née. Dès la mi-juillet com­mence un drôle de bal­let sous le ha­sh­tag « hy­dra ». Il s’agit de po­li­ment s’évi­ter sans s’évi­ter, pour évi­ter de par­ta­ger trop d’in­ti­mi­té (et gueule de bois si af­fi­ni­tés) avec des voi­sins de réunions heb­do­ma­daires. Le lan­ce­ment de cette gym­nas­tique? Un com­men­taire pos­té sur Ins­ta­gram : « Tu es là? » (Euh… non, non!). Et puis : « Cool, j’ar­rive di­manche. » Une an­nonce pleine de pro­messes et de me­naces à la fois. Dès le­dit di­manche, les ha­bi­tués de #hy­dra scrutent Ins­ta­gram : un cli­ché de la plage que les fa­mi­liers re­con­naissent (avec le temps, ils sont même ca­pables de dire de quelle zone il s’agit) ? Et hop, on file à l’autre bout. Un post dans un res­tau­rant iden­ti­fiable à son pa­ra­sol? Et hop, on saute le dé­jeu­ner pour prendre un bain. Ce jeu de piste est épui­sant, et pas que pour la bat­te­rie du té­lé­phone, mais il se joue entre hy­po­crites consen­tants. L’af­faire se com­plique quand on a af­faire à un « stal­ker », un Jean-Claude Dusse 2.0. Cet ami qui ne vous veut pas que du bien peut être un voi­sin dra­gueur, une at­ta­chée de presse à la­quelle on n’a pas ré­pon­du avant de par­tir, un en­tre­pre­neur ama­teur en quête d’in­ves­tis­seur, un vieux co­pain fraî­che­ment di­vor­cé et un peu abu­sif qui cherche une ba­by- sit­ter gra­tuite pour ses trois ga­mins bruyants…. Ce­lui-là a ten­dance à ap­pa­raître par­tout où vous êtes. Non pas par ma­gie, mais parce qu’il suit mi­nu­tieu­se­ment vos hashtags. On fi­nit par mar­cher cour­bé(e) der­rière un âne pour évi­ter de se le col­ti­ner à l’heure de l’apé­ro. Trop c’est trop. On peut tou­jours mi­ser sur la fausse géo­lo­ca­li­sa­tion et pu­blier des pho­tos (prises à l’avance) de son bu­reau pour faire croire qu’on est ren­tré. Iro­nie du sort, le seul ha­bi­tué du lieu que l’on ai­me­rait croi­ser ne re­vien­dra plus : il s’ap­pe­lait Leo­nard Co­hen. #rip

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