La grande illu­sion

Bi­joux de tsar.

Magazine M - - Le Sommaire - par Diane Li­sa­reLLi — sty­lisme Fio­na KhaLiFa

Per­çant Le cieL azur, cette ca­thé­draLe de 52 mètres de haut fas­cine tant par ses pro­por­tions que par son raffinement. Cinq cou­poles po­ly­chromes cou­ronnent son tam­bour car­ré, au­quel se greffe le dôme en or du clo­cher. La place Rouge a beau être à 2 500 ki­lo­mètres, on s’y croi­rait si les palmes des arbres alen­tour ne ve­naient s’in­crus­ter non­cha­lam­ment dans le cadre. Éri­gée par Mi­khaïl Preo­bra­jens­ky, pro­fes­seur d’ar­chi­tec­ture à l’Aca­dé­mie im­pé­riale des beaux-arts de Saint-Pé­ters­bourg, la ca­thé­drale or­tho­doxe de Nice trouve ses mo­dèles dans les édi­fices mos­co­vites de la fin du xvie siècle. Elle ra­conte aus­si la longue his­toire de l’im­mi­gra­tion russe sur la Ri­vie­ra. In­ter­dit d’ac­cès en Mer Noire après sa dé­faite lors de la guerre de Cri­mée en 1856, le tsar Alexandre II s’ins­talle dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Aris­to­crates, ar­tistes ou écri­vains prennent alors l’ha­bi­tude de ve­nir y pro­fi­ter de la dou­ceur hi­ver­nale. À la Pen­sion russe de Nice, rue Gou­nod, les ha­bi­tués s’ap­pellent Tche­khov ou Lé­nine. L’af­flux fi­nit par dé­ci­der le tsar à bâ­tir cette ca­thé­drale, bap­ti­sée SaintNi­co­las en hom­mage à son fils mort pré­ma­tu­ré­ment (à cet en­droit pré­cis). Ache­vée en 1912, elle ac­cueille par la suite la vague des Russes blancs. Ren­trée dans le gi­ron de Mos­cou en 2011, à l’is­sue d’une longue pro­cé­dure ju­di­ciaire, la ca­thé­drale, res­tau­rée, se vi­site gra­tui­te­ment en de­hors des of­fices. L’oc­ca­sion de dé­cou­vrir un lieu an­cré dans son temps comme dans la tradition : sous les voûtes dé­co­rées de frises vé­gé­tales très Art nou­veau, trône une su­perbe ico­no­stase en bois agré­men­té de dé­li­cates do­rures aux feuilles d’or, de bronze et de cuivre ci­se­lés. D’autres traces de la pré­sence russe sont à dé­cou­vrir dans les en­vi­rons. Au choix : une is­ba trans­por­tée « ron­din par ron­din » de­puis l’Ukraine à la fin du xixe siècle ou un « ci­me­tière russe » où sont en­ter­rés les membres de dif­fé­rentes fa­milles prin­cières. À l’autre bout de la ville re­pose aus­si, sous une triom­phante sta­tue en bronze, l’un de leurs com­pa­triotes : Alexandre Her­zen, grande fi­gure de l’op­po­si­tion aux tsars et père du so­cia­lisme russe.

Cou­poles iri­sées, dômes do­rés, frises Art nou­veau... On ob­serve le même raffinement dans les ca­thé­drales Saint-Ba­sile de Mos­cou (à gauche) et Saint-Ni­co­las de Nice (à droite).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.