Le di­vorce des Abra­mo­vitch met le monde de l’art en émoi.

4 — Le di­vorce des Abra­mo­vitch met le monde de l’art en émoi.

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pen­dant dix ans, iLs ont for­mé un coupLe gLa­mour, ha­bi­tué des car­nets mon­dains. L’un est connu pour sa for­tune co­los­sale, éva­luée à plus de 9 mil­liards de dol­lars par Forbes, l’autre pour son goût im­mo­dé­ré des soi­rées fré­quen­tées par les cé­lé­bri­tés. L’oli­garque Ro­man Abra­mo­vitch, 50 ans, pro­prié­taire du club de foot de Chel­sea, et sa com­pagne, Da­sha Zhu­ko­va, 36 ans, ont of­fi­cia­li­sé leur sé­pa­ra­tion le 7 août. Ce di­vorce, le troi­sième pour le ma­gnat russe, ne de­vrait a prio­ri émou­voir que les ru­briques people. Mais c’est comp­ter sans l’im­por­tance du couple dans le monde de l’art. À eux deux, ils ont créé quel­que­suns des plus grands centres d’art en Rus­sie et pos­sé­de­raient une col­lec­tion inestimable. Alors, à peine le di­vorce était-il an­non­cé que beau­coup s’in­ter­ro­geaient : leurs tro­phées risquent-ils de se re­trou­ver à l’en­can au terme du par­tage ? Les centres cultu­rels qu’ils ont créés à Mos­cou et à Saint-Pé­ters­bourg pour­raient-ils ré­duire la voi­lure ? Ro­man Abra­mo­vitch et Da­sha Zhu­ko­va ont dé­frayé la chro­nique en mai 2008 en ache­tant le por­trait d’une femme obèse par Lu­cian Freud pour 33,6 mil­lions de dol­lars chez Ch­ris­tie’s. Il s’agis­sait alors du prix le plus éle­vé payé pour un ar­tiste vi­vant. Dans la fou­lée, ils ont rem­por­té chez So­the­by’s un trip­tyque de Fran­cis Ba­con pour le mon­tant re­cord de 86,3 mil­lions de dol­lars. On se fe­rait re­mar­quer pour moins que ça. L’idée de ces achats hy­per­mé­dia­ti­sés viendrait de Da­sha Zu­kho­va, qu’il a ren­con­trée en 2005. Fille d’une bio­lo­giste ré­pu­tée et d’un ba­ron du pé­trole, elle a tâ­té de la mé­de­cine ho­méo­pa­thique avant de bi­fur­quer vers la mode et l’art. Pour la cour­ti­ser, le mil­liar­daire lui au­rait of­fert une sculp­ture de Gia­co­met­ti d’une va­leur de 14 mil­lions de dol­lars, croit sa­voir le ta­bloïd bri­tan­nique Dai­ly Mail. La jo­lie pou­pée russe est d’une ré­serve rare. De leur col­lec­tion com­mune, elle avait bien vou­lu nous lâ­cher quelques noms en 2015 – Dash Snow, John Bal­des­sa­ri, une qua­ran­taine d’oeuvres des Ka­ba­kov, couple d’ar­tistes russes de re­nom­mée mon­diale, ou de la jeune Amé­ri­caine Tau­ba Auer­bach – sans confir­mer d’autres em­plettes qu’on leur prête, no­tam­ment des oeuvres de Mark Ro­th­ko. Moins « nou­veaux Russes » que d’autres oli­garques, ils ne se sont pas conten­tés de bâ­tir une col­lec­tion. Ils ont vou­lu lais­ser leur em­preinte dans le pay­sage cultu­rel de leur pays. En 2008, le couple ouvre le centre d’art Le Ga­rage dans un an­cien ter­mi­nal de bus ap­par­te­nant à la com­mu­nau­té juive de Mos­cou. L’ar­gent n’ayant pas de li­mite, les époux se paient le luxe d’in­vi­ter la chan­teuse Amy Wi­ne­house pour un concert inau­gu­ral, puis de re­prendre des ex­po­si­tions étran­gères comme « Ma­ri­na Abra­mo­vic : the Ar­tist is Present », ori­gi­nel­le­ment conçue par le MoMA de New York. On leur re­proche alors d’agir en caisse de ré­so­nance de l’Oc­ci­dent plu­tôt qu’en pro­mo­teurs des ta­lents russes. La to­na­li­té change lorsque Le Ga­rage migre en 2012 dans un es­pace tem­po­raire d’ins­pi­ra­tion nip­pos­can­di­nave conçu par l’ar­chi­tecte Shi­ge­ru Ban dans le Parc Gor­ki, et bien plus en­core, quand il s’ins­talle en 2015 dans un spec­ta­cu­laire bâ­ti­ment so­vié­tique ré­amé­na­gé pour 27 mil­lions de dol­lars par l’ar­chi­tecte Rem Kool­haas. Ces deux pro­jets sont les plus am­bi­tieux que la Rus­sie a vu fleu­rir dans le champ de l’art. Les an­ciens époux ont dé­cLa­ré qu’iLs conti­nue­raient à oeu­vrer en­sembLe pour la pé­ren­ni­té du Ga­rage et du grand com­plexe cultu­rel et de loisirs de New Hol­land Island, dans le centre de Saint-Pé­ters­bourg, où Ro­man Abra­mo­vitch a in­ves­ti 400 mil­lions d’eu­ros de­puis 2010. Mais d’après Kom­mer­sant, ces quelques hec­tares au­raient été l’ob­jet de la dis­corde. Se­lon un homme d’af­faires russe in­ter­ro­gé par le quo­ti­dien éco­no­mique, Ro­man Abra­mo­vitch au­rait vou­lu don­ner au lieu une co­lo­ra­tion plus cultu­relle, alors que Da­sha Zhu­ko­va vou­lait y construire une boîte de nuit en plein air fa­çon Ibi­za. Quid de la col­lec­tion? Avec les dé­cès et les dettes, les di­vorces ali­mentent ré­gu­liè­re­ment le mar­ché de l’art. Lorsque le ri­chis­sime pro­mo­teur im­mo­bi­lier Har­ry Ma­ck­lowe a an­non­cé en 2016 sa sé­pa­ra­tion avec son épouse, Lin­da, les hy­po­thèses sont al­lées bon train sur le des­tin de sa col­lec­tion éva­luée à 1 mil­liard de dol­lars. Le par­tage des oeuvres après le di­vorce en 2010 d’Elaine et Steve Wynn, ma­gnat des ca­si­nos de as Ve­gas, s’est, lui, ré­glé à l’amiable, les deux époux ayant des goûts dia­mé­tra­le­ment op­po­sés. Roxa­na Azi­mi

Après leur sé­pa­ra­tion, qui va gar­der Le Ga­rage (à gauche) ? Ro­man Abra­mo­vitch et Da­sha Zhu­ko­va (à droite, lors d’un ver­nis­sage, en mars) ont dé­cla­ré vou­loir pé­ren­ni­ser l’ac­ti­vi­té de leur mu­sée d’art contem­po­rain à Mos­cou.

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