Mu­sique.

Ils n’ont pas 25 ans et chantent sans dé­tour la fièvre de la vie pos­ta­do­les­cente. Avec leur mé­lange de rock et d’élec­tro, les Pa­ri­siens dé­bri­dés de in­carnent fiè­re­ment la nou­velle scène pop fran­çaise. À dé­cou­vrir à Rock en Seine, le 26 août, au Do­maine de

Magazine M - - Le Sommaire - Par Sté­phane Da­vet — Pho­to Mel­chior Ter­sen

The­ra­pie Taxi. Et aus­si : fes­ti­val de pho­to, cinéma et BD.

ELLE A BEAU SE CA­CHER DER­RIÈRE UNE MOUE DE JO­LIE BLONDE PAS COMMODE et lui se vieillir avec une fine mous­tache de dan­dy brun, Adé­laïde et Ra­phaël peinent à ca­mou­fler qu’ils sortent juste de l’ado­les­cence. Leur mu­sique s’y ac­croche d’ailleurs. Leur groupe, The­ra­pie Taxi, fuit l’âge adulte à coups de chan­sons bor­der­line, tan­guant entre rock et élec­tro, dé­rè­gle­ment des sens et cruau­té lu­cide. En at­ten­dant un pre­mier al­bum pré­vu en jan­vier 2018, EP dé­lu­ré, vi­déos gen­ti­ment trash et concerts es­ti­vaux, no­tam­ment le 26 août à Rock en Seine, per­mettent de faire connais­sance avec ces Pa­ri­siens. « Adé » n’a que 17 ans quand « Raph » – alors 20 ans à peine – ré­pond, en 2013, à la pe­tite an­nonce que la gui­ta­riste-vio­lon­cel­liste a lais­sé sur un site de ren­contre pour mu­si­ciens. « Je suis al­lée au ren­dez-vous sans le dire à mes pa­rents, re­con­naît au­jourd’hui la de­moi­selle. Je suis par­tie de chez moi en ca­chant ma gui­tare. » Elle est d’abord im­pres­sion­née par ce gar­çon plein de pro­jets qui la re­çoit dans son quar­tier de Pi­galle ( même s’il est na­tif d’Avi­gnon). Lui est convain­cu par la ver­sion trem­blo­tante de Jim­my, la bal­lade coun­try-folk de Mo­riar­ty, qu’Adé lui chante, ac­com­pa­gnée d’un har­mo­ni­ca. Les pre­mières ré­pé­ti­tions se font le di­manche, chez pa­pa et ma­man, tâ­ton­nant en mau­vais an­glais dans une trop sage veine acous­tique. Avant une éman­ci­pa­tion fran­co­phone ou­vrant la porte à des dé­si­rs au­tre­ment dé­coin­cés. Quelques mo­dèles convainquent le duo que la langue de Bras­sens peut s’ac­cor­der à leur fièvre. L’in­ten­si­té poé­tique de Fauve ou de Ra­dio El­vis, l’élé­gance noire de Les­cop, le ly­risme cha­ris­ma­tique d’Ar­thur ( « Mon idole ! », s’ex­clame Ra­phaël), chan­teur de Feu ! Chat­ter­ton. Et bien sûr, le swing dé­com­plexant de La Femme qui, au dé­but des an­nées 2010, conteste l’hé­gé­mo­nie de la pop hexa­go­nale mais an­glo­phone. « Avec La Femme, le fran­çais re­de­ve­nait cool et sexy. Ce­la nous a don­né en­vie » , as­sure Adé. D’au­tant que la pre­mière chan­son écrite dans leur langue re­çoit un bien meilleur ac­cueil que tout ce qu’ils avaient bri­co­lé au­pa­ra­vant. « Une bonne chan­son re­pose sur une bonne his­toire et celle-ci de­vient beau­coup plus per­ti­nente ra­con­tée en fran­çais, ex­plique Raph, an­cien élève d’école de jour­na­lisme. C’est ré­jouis­sant de pou­voir se dé­mar­quer par la plume au­tant que par la mé­lo­die. » Quitte à cho­quer cer­taines oreilles. Mise en son pro­vo­cante de la guerre des sexes, Sa­lop(e) ou­vri­ra le bal du buzz en échan­geant les in­sultes. « Un ma­tin de gueule de bois, le len­de­main d’une violente rup­ture amou­reuse, j’ai ou­vert l’or­di, choi­si des beats et ba­lan­cé tout ce que j’avais sur le coeur » , se sou­vient Ra­phaël. Il a en­suite ré­équi­li­bré le mor­ceau en don­nant la pa­role à une fille qui ne s’en laisse pas comp­ter, tout en jouant avec le contraste d’un refrain tendre, chan­té en duo. D’abord bap­ti­sé Mil­ky Way, le groupe de­vient The­ra­pie Taxi à l’ar­ri­vée de Fé­lix (gui­tare et cla­viers) et Re­naud (bat­te­rie). Plus car­ré, le qua­tuor ne reste pas moins voué aux chro­niques dé­bri­dées de la pos­ta­do­les­cence. Nour­ris de concerts de rock au­tant que de club­bing dé­jan­té, Ra­phaël et sa bande plongent dans la fête et les ex­cès, avant de se re­gar­der dans des mi­roirs ren­voyant de vi­lains ré­veils. Ode am­phé­ta­mi­née aux pa­ra­dis ar­ti­fi­ciels (Crys­tal Mem­phis), dé­lire trop ar­ro­sé (Co­ma idyl­lique), dé­rives dans les rues de Pa­ris (Pi­galle), sur­ten­sion amou­reuse (Ade­na) ou zouk af­frio­lant (Jean-Paul)… The­ra­pie Taxi n’a pas l’in­ten­tion de gué­rir de sa jeu­nesse. concerts : le 26 août, à saint- cloud, au fes­ti­val rock en seine ; le 21 oc­tobre, à Vi­try-sur-seine, au Fes­ti’Val de marne ; le 26, à Troyes, au fes­ti­val nuits de champagne.

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