Ren­contre

LES PAYS-BAS CÉ­LÈBRENT LE CEN­TE­NAIRE DU MOU­VE­MENT AR­TIS­TIQUE DE STI­JL À TRA­VERS DES DI­ZAINES D’ÉVÉ­NE­MENTS. À LA HAYE, SOUS LA HOU­LETTE DU COM­MIS­SAIRE D’EX­PO­SI­TION HANS JANS­SEN, LE MU­SÉE D’ART GEMEENTE PART À “LA DÉ­COU­VERTE DE MON­DRIAN”, L’UN DES FON­DA­TEUR

Magazine M - - Le Sommaire - Ma­rie God­frain pro­pos re­cueillis par

Hans Jans­sen, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion « La dé­cou­verte de Mon­drian ».

L’EX­PO­SI­TION PHARE DES CENT ANS DU MOU­VE­MENT DE STI­JL EST CONSA­CRÉE À L’UN DE SES FON­DA­TEURS, PIET MON­DRIAN. COM­MENT AVEZ-VOUS MON­TRÉ SON CHE­MI­NE­MENT VERS L’ABS­TRAC­TION ? Notre mu­sée pos­sède un grand nombre de des­sins et de pein­tures de Mon­drian. Pour cette ex­po­si­tion, nous avons sor­ti des ré­serves plus de 300 pièces, de ses pre­miers tra­vaux clas­siques, pay­sages et na­tures mortes ins­pi­rés de l’âge d’or, à ses toiles aux mo­tifs géo­mé­triques et aux cou­leurs pri­maires. L’ex­po­si­tion, qui nous plonge dans les ori­gines de l’art abs­trait, est le pré­lude à une ins­tal­la­tion per­ma­nente com­po­sée d’ob­jets, de meubles et d’oeuvres em­blé­ma­tiques du mou­ve­ment, que nous inau­gu­re­rons en oc­tobre.

COM­MENT DE STI­JL EST-IL PAS­SÉ D’UN MOU­VE­MENT D’ART NÉER­LAN­DAIS À UN MOU­VE­MENT IN­TER­NA­TIO­NAL ET GLO­BAL, IN­TÉ­GRANT L’AR­CHI­TEC­TURE ET LE DE­SI­GN ? Bart van der Leck (1876-1958) a été le pre­mier peintre à créer des abs­trac­tions à par­tir de si­tua­tions réelles en uti­li­sant des cou­leurs pri­maires sur fond blanc. Au­tour de 1916, il ren­contre Piet Mon­drian. En­semble, ils mettent en place un vo­ca­bu­laire fait de formes géo­mé­triques, d’à-plats de cou­leurs et de lignes ho­ri­zon­tales et ver­ti­cales. Mon­drian théo­rise cette ap­proche en 1917, dans la re­vue De Sti­jl (« Le Style ») , qu’il crée avec le peintre et ar­chi­tecte Theo van Does­burg. Mais dans sa pratique, Mon­drian ne se contente pas de com­po­ser des ta­bleaux. Il peint par exemple des rec­tangles et des car­rés sur les murs de son stu­dio pa­ri­sien, à Mont­par­nasse, que nous avons re­cons­ti­tué en taille réelle dans l’une des salles du mu­sée. Ce type de tra­vaux consti­tue un « pont » qui per­met de com­prendre pour­quoi ce mou­ve­ment a in­fluen­cé, et conti­nue d’in­fluen­cer le de­si­gn (les cé­lèbres as­sises Zig-Zag, Rouge-Bleu, Utrecht de Ger­rit Riet­veld), la mode (la robe Yves Saint Laurent), le gra­phisme (la po­chette de l’al­bum De Sti­jl, des White Stripes) et, bien sûr, l’ar­chi­tec­ture.

OÙ SONT SI­TUÉS LES B­TI­MENTS LES PLUS EM­BLÉ­MA­TIQUES ? Dans les an­nées 1920, Theo van Does­burg se voit confier la con­cep­tion du ci­né­ma­dis­co­thèque L’Au­bette, à Stras­bourg. Il casse la forme cu­bique des halls exis­tants, créant une com­po­si­tion spec­ta­cu­laire de pan­neaux co­lo­rés po­si­tion­nés en dia­go­nale. À Alk­maar, au nord d’Am­ster­dam, le même van Does­burg li­bère la mai­son dite « Huis De Lange » de sa struc­ture clas­sique en in­tro­dui­sant des pa­lettes de cou­leurs vives sur les murs de chaque pièce. Peu après avoir em­mé­na­gé, les oc­cu­pants ont tout re­peint… De­puis vingt ans, les nou­veaux pro­prié­taires tra­vaillent à la res­tau­ra­tion de ces cou­leurs et formes fon­da­trices.

DE STI­JL EST CONTEM­PO­RAIN DU MOU­VE­MENT AL­LE­MAND DU BAUHAUS QUI SE CA­RAC­TÉ­RISE AUS­SI PAR UNE AP­PRO­PRIA­TION DES CHAMPS DE LA CRÉA­TION. OÙ RÉ­SIDE LA DIF­FÉ­RENCE ENTRE CES DEUX ÉCOLES? Contrai­re­ment au Bauhaus, De Sti­jl ne pro­pose pas d’in­no­va­tions tech­niques. En outre, ses membres ne s’in­té­ressent pas à la pro­duc­tion de masse. Ils ne réa­lisent que du sur-me­sure, ce qui leur dé­gage du temps pour se consa­crer à leurs re­cherches. Es­sen­tiel­le­ment tour­nés vers le sens de la cou­leur et de la forme, leurs tra­vaux an­ti­cipent le style in­ter­na­tio­nal et le mo­der­nisme.

« La dé­cou­verte de Mon­drian », Ge­meen­te­mu­seum, La Haye. Jus­qu’au 24 sep­tembre. www.ge­meen­te­mu­seum.nl Et aus­si : www.hol­land.com/fr/tou­risme.htm

L’école De Sti­jl a tou­ché à tout : au mo­bi­lier (fau­teuil de Ger­rit Riet­veld, vers 1918, ci-contre), à la pein­ture (Piet Mon­drian en 1933, ci-des­sous), à l’ar­chi­tec­ture (en bas, des­sin de Theo van Does­burg, 1926-1927, pour un mur de l’Au­bette, à Stras­bourg)… Pour le com­mis­saire d’ex­po­si­tion Hans Jans­sen (à gauche), ses membres ont « mis en place un vo­ca­bu­laire » .

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.