Des­sous de sable

Magazine M - - Le Sommaire - Par fran­çois si­mon

La baie des co­quins.

L’ac­cueil au té­lé­phone n’est pas des plus plai­sants, un peu rêche, pas fran­che­ment gen­til. Les ap­pré­cia­tions sur les ré­seaux so­ciaux n’y vont pas par quatre che­mins ( «nasse àpi­geons » , «beau mais désa­gréable » , «at­trape-tou­ristes» ). Ré­gu­liè­re­ment, des anec­dotes té­moignent de la pro­pen­sion un peu ca­va­lière de La Baie des singes à pous­ser à la consom­ma­tion. Par­fois, ce n’est pas plus mal d’être au par­fum et d’ar­ri­ver ain­si cui­ras­sé. D’au­tant que la pe­tite pro­me­nade dans les ro­chers entre les par­kings et ce res­tau­rant de crique vous ouvre un ap­pé­tit de chien. À l’ar­ri­vée, un co­quin en cha­peau vous toise, vous jauge, im­pose son aplomb, vous re­file une table de deuxième ri­deau. Avant d’es­sayer de vous vendre son pla­teau de pois­sons le plus gros, mas­quant les spé­ci­mens abor­dables (at­ten­tion, ça peut dé­vis­ser dans les 320 € pour deux). Heu­reu­se­ment, les ser­veurs sont pré­ve­nants et com­pré­hen­sifs, une chance que notre com­pa­gnon de dé­jeu­ner porte un tee-shirt de l’OM (le club de foot lo­cal, par­don, mon­dial), et parle avec l’ac­cent. Le rap­port de force est ain­si pla­cé, et le co­quin re­ca­dré. Ne suf­fit plus qu’à se pen­cher sur cette énigme ma­gni­fique. Pour­quoi diable se col­le­ter de la sorte, la beau­té rend-elle marteau ? La ré­ponse est dans le pay­sage. Oui, il est ma­gni­fique. Les calanques sont splen­dides, in­ouïes dans leur fraî­cheur, l’as­saut des roches et de l’azur fu­mant. Il y a de quoi être ivre de fier­té et un brin per­ché. Quelle ville au monde peut ser­vir pa­reil chaud-froid, aus­si exal­tant, sti­mu­lant ? On ima­gine ici que la terre en­tière est en­vieuse. Les ta­blées semblent pros­pères, en tout cas elles le sug­gèrent, même en maillot de bain (grosses pa­tates au poi­gnet, bi­jou­te­ries va­riées). Juste à cô­té, huit lous­tics bien ba­ra­qués ont l’air de par­ti­ci­per à une sorte de sé­mi­naire de tra­vail. Fronts sé­rieux, men­tons vo­lon­taires. Ten­dons l’oreille : «Lors­qu’elle m’a dit “Je­suis ma­riée”, ex­plique l’un d’eux, j’ai tout de sui­te­com­pris que j’avais ma chance. » L’as­sem­blée opine gra­ve­ment du bon­net. De­vant eux, de ma­gni­fiques plats : bom­bar­diers dé­bor­dant de pâtes sauce to­mate, de lan­goustes, de ci­gales de mer, des fla­cons em­bués. Et le ser­vice bouillon­nant de fer­veur ma­drée. La cui­sine ? Ba­nale.

Cô­té mer, des calanques splen­dides. Cô­té cui­sine, des plats ma­gni­fiques à vue de nez mais ba­nals au pa­lais et... sur­tout très sa­lés (320€ le pla­teau de gros pois­sons pour deux, ci-contre au centre).

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