Le DVD de Sa­muel Blu­men­feld

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« Tuez Char­ley Var­rick! ».

QuanD on reVoit “tuez Char­ley Var­riCk !” (1973) – la plus grande réus­site de Don Sie­gel dans les an­nées 1970, avec L’Ins­pec­teur Har­ry et Les Proies (dont So­fia Cop­po­la vient de réa­li­ser un re­make inepte) – est frap­pante la ma­nière dont le réa­li­sa­teur conce­vait son film comme une réunion de fa­mille. Le ci­néaste a rap­pe­lé les se­conds rôles qui peu­plaient dé­jà ses oeuvres pré­cé­dentes. Après avoir in­car­né le maire de San Fran­cis­co dans L’Ins­pec­teur Har­ry, John Ver­non joue ici un membre de la ma­fia. An­dy Ro­bin­son, in­ou­bliable en tueur en sé­rie dans le même Ins­pec­teur Har­ry, prête de nou­veau son vi­sage in­quié­tant à une pe­tite frappe, stu­pide et in­con­sé­quente. Ce per­son­nage épaule au plus mal Char­ley Var­rick (Wal­ther Mat­thau), or­don­na­teur du cam­brio­lage d’une pe­tite banque du Nou­veau- Mexique. Clint East­wood, l’ac­teur fé­tiche de Don Sie­gel dans Les Proies et L’Ins­pec­teur Har­ry, de­ve­nu une icône aux États-Unis grâce à lui, avait re­fu­sé ce rôle. Il est pour­tant évo­qué dans un dia­logue. « Pour qui te prends- tu ? Pour une ve­dette comme Clint East­wood ? », lâche un des per­son­nages, sou­li­gnant bien le fait que le ci­néaste était contraint de se pas­ser de son ha­bi­tuel centre de gra­vi­té.

Wal­ter Mat­thau as­sure donc l’in­té­rim d’East­wood. Dif­fi­cile d’ima­gi­ner un co­mé­dien plus in­adap­té au sys­tème Sie­gel que cet homme dont le vi­sage res­semble à une com­pres­sion de Cé­sar.

Connu pour son tan­dem à l’écran avec Jack Lem­mon dans La Grande Com­bine ou Drôle de couple, Wal­ter Mat­thau était, en 1973, sur­tout un ac­teur de bou­le­vard, qui ac­cep­tait tous les rôles pour rem­bour­ser ses dettes de jeu. Qu’il s’in­tègre si bien dans l’em­ploi du cam­brio­leur ma­dré avec un ins­tinct hors pair re­lève du mi­racle. Sa ma­nière de com­po­ser avec la lé­gen­daire mi­so­gy­nie de Sie­gel – les femmes, dans Tuez Char­ley Var­rick !, sont en gé­né­ral des traî­nées, obéis­sant à la loi du plus fort, ac­cep­tant avec grâce les paires de baffes qu’on leur ad­mi­nistre – et de s’im­po­ser en sex- sym­bol est à la fois in­ex­pli­cable et pro­bante. D’au­tant que Mat­thau dé­tes­tait le scé­na­rio du film et as­su­rait même ne rien com­prendre à l’his­toire. Don Sie­gel, en re­vanche, sait tout à fait ce qu’il tourne. En l’oc­cur­rence, un au­to­por­trait as­su­mé. Son per­son­nage prin­ci­pal de­vient son al­ter ego, avec d’au­tant plus de fa­ci­li­té que le sta­tut d’an­ti­hé­ros de Wal­ter Mat­thau se prête à cette iden­ti­fi­ca­tion. Char­ley Var­rick est un out­si­der au phy­sique passe-par­tout, en per­ma­nence sou­ses­ti­mé, mais qui par­vient tou­jours à ses fins. À l’ori­gine, le thril­ler de­vait s’in­ti­tu­ler The Last of the In­de­pen­dents, « Le Der­nier des in­dé­pen­dants » . Sie­gel en a fait la de­vise de Var­rick, et la sienne, alors qu’il signe là son der­nier grand film.

Tuez Char­ley Var­rick !, de Don Sie­gel, 1 h 50, édi­té dans un cof­fret Blu-ray ou DVD par Wild­side.

Wal­ter Mat­thau, dans un de ses rares rôles dra­ma­tiques, in­carne l’an­ti­hé­ros Char­ley Var­rick, aux ma­nettes d’un cam­brio­lage de banque.

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