En Al­le­magne, la “cloche d’Hit­ler” sonne le glas du maire.

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si on lui AvAit dit un jour qu’une cloche Au­rAit sA peAu, il ne l’Au­rAit pAs cru. C’est pour­tant à cause de celle de son église que Ro­nald Be­cker a dé­mis­sion­né, mer­cre­di 6 sep­tembre, de son man­dat de maire d’Herx­heim am Berg, un vil­lage de 730 ha­bi­tants si­tué au coeur de la Rhé­na­nie-Pa­la­ti­nat vi­ti­cole, à une cin­quan­taine de ki­lo­mètres de la fron­tière fran­çaise. Pen­dant des dé­cen­nies, cette cloche – qui rythme la vie du vil­lage de­puis 1934 – n’avait dé­ran­gé per­sonne. Jus­qu’au jour où Si­grid Pe­ters, l’or­ga­niste de l’église évan­gé­lique Saint-Ja­kob, a dé­cou­vert ce qui était gra­vé des­sus : une croix gam­mée sur­mon­tée de l’ins­crip­tion « Tout pour la pa­trie. Adolf Hit­ler ». « J’en ai eu des fris­sons dans le dos, a ra­con­té la sep­tua­gé­naire à la té­lé­vi­sion ré­gio­nale, en mai. Une mau­vaise lu­mière va main­te­nant pla­ner sur les ma­riages que [cette cloche] a cé­lé­brés. Une amie de ma fille m’a d’ailleurs dit que, si elle avait su, elle ne se se­rait ja­mais ma­riée ici. » En at­ti­rant l’at­ten­tion des mé­dias, Si­grid Pe­ters a fait au vil­lage une pu­bli­ci­té dont il se se­rait bien pas­sé. De­puis, le nom d’Herx­heim n’est plus as­so­cié dans les jour­naux qu’à une seule ques­tion : que faire de la « cloche d’Hit­ler » ? Pour les uns, comme Si­grid Pe­ters, sa place est au mu­sée. Pour les autres, la ma­jo­ri­té, la cloche doit res­ter là où elle est, à la fois parce que la rem­pla­cer coû­te­rait 50 000 eu­ros, mais sur­tout parce qu’ils ne consi­dèrent pas que son uti­li­sa­tion té­moigne d’une quel­conque in­dul­gence pour le IIIe Reich. C’est l’avis du pas­teur. Pour lui, la cloche est « dé­na­zi­fiée », dans la me­sure où elle ne sert pas au « culte » du na­tio­nal-so­cia­lisme. Ro­nald Be­cker, le maire, lui, sou­hai­tait aus­si conser­ver la cloche. Mais les ar­gu­ments qu’il a mis en avant dans un re­por­tage dif­fu­sé le 31 août sur la chaîne ARD ont plu­tôt éton­né. « Il y a trois cloches de ce type en Al­le­magne, mais c’est la seule, ici, en Rhé­na­nie-Pa­la­ti­nat. De ce­la, nous pou­vons être fiers », a-t-il ex­pli­qué, avant de dé­cla­rer : « Quand on cite le nom d’Adolf Hit­ler, on met en avant la per­sé­cu­tion des juifs et la guerre. Il faut par­ler des choses dans leur in­té­gra­li­té, ce qui veut dire qu’il y a eu des atro­ci­tés mais aus­si qu’[ Hit­ler] a fait des choses qui nous servent en­core au­jourd’hui. » In­ter­ro­gé sur l’idée d’ap­po­ser près de la cloche une plaque ex­pli­ca­tive, où se­rait écrit que tout ce qui date de cette époque n’est pas mau­vais, il a ré­pon­du : « Oui, ce­la me pa­raî­trait bien. » Après lA dif­fu­sion du re­por­tAge, l’in­di­gnA­tion A été gé­né­rAle. Le pré­sident du Conseil cen­tral des juifs d’Al­le­magne s’est éton­né qu’il y ait « en­core des gens qui pensent du bien d’une telle cloche ». Le par­ti de Ro­nald Be­cker, les Freie Wäh­ler (« élec­teurs libres »), une pe­tite for­ma­tion conser­va­trice, a en­ga­gé une pro­cé­dure dis­ci­pli­naire. Quant au conseil mu­ni­ci­pal d’Herx­heim, il a ré­cla­mé sa dé­mis­sion, es­ti­mant que ses dé­cla­ra­tions avaient « gra­ve­ment nui à la ré­pu­ta­tion de la com­mune ». Ro­nald Be­cker a ten­té de se dé­fendre, ex­pli­quant que ses propos avaient été dé­for­més. Rien n’y a fait. Et la cloche dans tout ça ? Afin de cal­mer les es­prits, les élus d’Herx­heim et le pas­teur ont dé­ci­dé, au len­de­main de la dé­mis­sion du maire, de la mettre au repos et de ne plus faire son­ner que les deux autres cloches de l’église. Après toute cette pu­bli­ci­té, ils crai­gnaient que l’af­faire « re­mue l’ex­trême droite » et que la cloche « de­vienne un far­deau pour les gens ». Deux jours plus tard, sa­me­di 9 sep­tembre, une dou­zaine de mi­li­tants d’ex­trême droite se sont don­né ren­dez-vous à Herx­heim. En face, 200 per­sonnes sont ve­nues leur op­po­ser des pan­cartes pro­cla­mant « Non aux na­zis ». Thomas Wie­der

Ro­nald Be­cker, le maire d’Herx­heim, a été contraint à la dé­mis­sion le 6 sep­tembre : in­ter­ro­gé sur la cloche de son vil­lage, sur la­quelle fi­gure une ins­crip­tion na­zie, il a dé­cla­ré : « Hit­ler a fait des choses qui nous servent en­core. »

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