La Nou­velle-Zélande at­teinte de “ja­cin­da­ma­nia”.

Magazine M - - Le Sommaire -

che­veux bruns tombAnt en cAs­cAde sur ses épAules, sou­rire frAnc, rire fA­cile, JA­cindA Ar­dern prend toute lA lu­mière sous les spots du pla­teau de té­lé­vi­sion néo-zé­lan­dais qui ac­cueille, lun­di 4 sep­tembre, le dé­bat entre les deux can­di­dats au poste de pre­mier mi­nistre. En face, son ad­ver­saire, l’ac­tuel chef du gou­ver­ne­ment conser­va­teur, Bill En­glish, ri­gide dans son cos­tume, fait grise mine. La jeune femme de 37 ans, pro­pul­sée à la tête du Par­ti tra­vailliste le 1er août, pro­met­tait de faire souf­fler un vent nou­veau sur la scène po­li­tique, elle a ren­ver­sé la table en of­frant, dans les son­dages, une re­mon­tée spec­ta­cu­laire à sa for­ma­tion. À tel point que, don­née lar­ge­ment per­dante il y a six se­maines, elle est dé­sor­mais en po­si­tion d’em­por­ter les élec­tions lé­gis­la­tives du 23 sep­tembre. Et les ob­ser­va­teurs ont in­ven­té un nou­veau mot pour qua­li­fier l’en­goue­ment sus­ci­té par la can­di­date : la « ja­cin­da­ma­nia ». « Il s’agit d’une ex­plo­sion d’in­té­rêt et de sou­tien to­ta­le­ment in­at­ten­due pour le Par­ti tra­vailliste, pro­vo­quée par la per­son­na­li­té de Ja­cinda Ar­dern », ex­plique Bryce Ed­wards, ana­lyste po­li­tique. DJ à ses heures, la dé­pu­tée d’Au­ck­land, qui n’a ja­mais exer­cé de fonc­tion mi­nis­té­rielle, a pris la tête de la cam­pagne, au pied le­vé, à moins de deux mois du scru­tin, à la suite de la dé­mis­sion sur­prise du lea­der de l’op­po­si­tion, An­drew Little, au plus bas dans les son­dages. Elle a im­mé­dia­te­ment sé­duit par sa spon­ta­néi­té et sa re­par­tie. No­tam­ment quand, ques­tion­née avec in­sis­tance par un ani­ma­teur de té­lé­vi­sion sur ses pro­jets de ma­ter­ni­té, elle a dé­non­cé avec fougue les dis­cri­mi­na­tions dont les femmes sont en­core vic­times à l’em­bauche. Ori­gi­naire d’une pe­tite ville ru­rale, ac­ces­sible et proche des gens, elle a sur­tout réus­si à re­don­ner vie à une cam­pagne jusque-là atone, tan­dis que son cha­risme et son pro­fil aty­pique ont char­mé une po­pu­la­tion en quête de re­nou­veau. Aus­si à l’Aise der­rière des plA­tines que sur les ré­seAux so­ciAux, l’élue, née en 1980, est un ob­jet po­li­tique non iden­ti­fié qui dé­route ses ad­ver­saires. L’un d’eux, le lea­der du Op­por­tu­ni­ties Par­ty, Ga­reth Mor­gan, aga­cé qu’un simple chan­ge­ment de vi­sage vaille un tel re­gain d’in­té­rêt pour l’op­po­si­tion, n’a pas hé­si­té à écrire, sur Twit­ter, qu’elle de­vait prou­ver qu’elle était da­van­tage que du « rouge à lèvres sur un co­chon », se­lon une ex­pres­sion an­glaise. Bill En­glish pré­fère quant à lui évo­quer une « pous­sière d’étoile » qui aveu­gle­rait mo­men­ta­né­ment des élec­teurs ap­pe­lés à re­ve­nir à la rai­son dès qu’ils s’at­ta­che­ront au fond du dé­bat. L’homme de 55 ans, qui di­rige l’exé­cu­tif de­puis fin 2016, n’en a pas moins été contraint de re­tra­vailler son image. Dans un nou­veau clip de cam­pagne, son épouse ra­conte comment ce père de six en­fants a un temps joué les hommes au foyer en charge du seau à couches. Mais c’est sur­tout le bi­lan de ce­lui qui fut, après la crise fi­nan­cière de 2007-2008, le mi­nistre des fi­nances du pays pen­dant huit ans que le Par­ti na­tio­nal met en avant. Non seule­ment la Nou­velle-Zélande est sor­tie de la ré­ces­sion, mais, après trois man­dats de la for­ma­tion de centre droit, elle af­fiche un en­viable ex­cé­dent bud­gé­taire et en­re­gistre une crois­sance sou­te­nue. Néan­moins, le ta­bleau n’est pas par­fait et l’ex­plo­sion des prix de l’im­mo­bi­lier donne, en par­ti­cu­lier, prise aux at­taques de Ja­cinda Ar­dern. Se­ra-t-elle la pro­chaine pre­mière mi­nistre ? Le sys­tème élec­to­ral, com­plexe (pro­por­tion­nelle mixte), qui né­ces­site sou­vent des al­liances avec des par­tis mi­no­ri­taires, pro­met de pré­ser­ver le sus­pense jus­qu’au bout. Isa­belle Del­ler­ba

Nom­mée chef du par­ti tra­vailliste le 1er août, la lea­der de l’op­po­si­tion Ja­cinda Ar­dern (ici, à Na­pier, le 11 sep­tembre), 37 ans, brigue le poste de pre­mier mi­nistre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.