Fausse joie pour les fans de foot ira­niennes.

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Le match de foot­baLL iran - sy­rie, dis­pu­té Le 5 sep­tembre dans Le cadre des éLi­mi­na­toires du mon­diaL 2018, au­rait dû se dé­rou­ler sans in­ci­dent à Té­hé­ran, l’équipe ira­nienne étant dé­jà qua­li­fiée. C’était comp­ter sans la billet­te­rie en ligne. Deux jours avant le match, des Ira­niennes ont ré­vé­lé sur Twit­ter que leur rêve d’as­sis­ter à un match de foot mas­cu­lin dans leur pays se réa­li­sait en­fin. Elles s’étaient ren­dues sur le site de vente, avaient choi­si l’op­tion « femme », et, pour la pre­mière fois de leur vie, avaient pu ache­ter un billet pour le match du mar­di. Jus­qu’alors, co­cher la case « femme » pro­vo­quait l’af­fi­chage à l’écran d’un mes­sage in­di­quant que l’achat était im­pos­sible. Les Tweet de ces chan­ceuses ont très ra­pi­de­ment fait le tour de la Toile, en­cou­ra­geant d’autres Ira­niennes à suivre leur exemple. Leur eu­pho­rie n’a du­ré qu’une pe­tite heure : la fé­dé­ra­tion ira­nienne de foot­ball a aus­si­tôt an­non­cé qu’il s’agis­sait, non pas d’un signe d’ou­ver­ture po­li­tique, mais d’une simple « er­reur tech­nique ». « En rai­son de l’ab­sence d’espace ré­ser­vé aux femmes dans le stade Aza­di [dans l’ouest de Té­hé­ran], le prix des billets ache­tés se­ra re­ver­sé sur le compte de l’ache­teuse », a ajou­té la fé­dé­ra­tion, en guise de conso­la­tion. Bien qu’il n’y ait pas d’in­ter­dic­tion lé­gale pour les Ira­niennes de se rendre dans les stades lors des matchs mas­cu­lins, les au­to­ri­tés mettent tout en oeuvre pour s’y op­po­ser. « L’am­biance dans les stades – propos vul­gaires et in­jures no­tam­ment – n’est pas pro­pice à une pré­sence fé­mi­nine », mar­tèlent-elles. L’his­toire au­rait pu s’ar­rê­ter là, mais cer­taines femmes, mu­nies de billets, se sont ren­dues de­vant le stade pour ten­ter leur chance. Alors que les po­li­ciers leur de­man­daient de se dis­per­ser, elles ont vu, à leur stu­pé­fac­tion, des sup­por­trices sy­riennes ar­ri­ver en bus et tra­cer leur route vers le stade, sans en­trave. Comble de l’hu­mi­lia­tion pour ces Ira­niennes, à la fin du match – nul 2-2, ce qui per­met à la Sy­rie de res­ter dans la course des éli­mi­na­toires –, a cir­cu­lé sur les ré­seaux la pho­to d’une Sy­rienne sans voile, pour­tant obli­ga­toire dans la Ré­pu­blique is­la­mique. Non seule­ment les Sy­riennes ont pu as­sis­ter au match, tan­dis que les Ira­niennes étaient blo­quées aux portes du stade, mais elles n’ont pas eu à se plier aux règles en vi­gueur dans le pays. L’af­faire a fait ré­agir des femmes, mais aus­si des hommes po­Li­tiques. Le mi­nistre des sports, Ma­soud Sol­ta­ni­far, a pro­mis que les stades se­raient amé­na­gés pour la pré­sence « des fa­milles », au­tre­ment dit celle des femmes. Chose rare : en di­rect sur l’une des chaînes pu­bliques de la té­lé­vi­sion na­tio­nale, l’an­cienne star de foot­ball et ana­lyste spor­tif Amir Haj Re­zaei a de­man­dé au pré­sident et aux autres au­to­ri­tés du pays de « bri­ser ce ta­bou » et de lais­ser les femmes ac­cé­der aux stades. « Notre peuple est tel­le­ment digne que les lignes rouges se­ront res­pec­tées », a-t-il ar­gu­men­té. Bien qu’il soit très peu pro­bable que les Ira­niennes puissent as­sou­vir à court terme leur vo­ca­tion de sup­por­trice, ja­mais leur com­bat dans ce sens, ja­dis igno­ré, si­non mé­pri­sé, n’avait at­ti­ré au­tant de sou­tien en Iran. C’est peut-être dé­jà un suc­cès en soi. Gha­zal Gol­shi­ri

Le 5 sep­tembre, les Sy­riennes ont pu sou­te­nir leur équipe au stade Aza­di, à Té­hé­ran. Mais pas les Ira­niennes, re­fou­lées à l’en­trée.

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