D’où ça sort ? L’écharpe de sup­por­teur.

Pri­sé Des fans De foot­BaLL, cet ac­ces­soire ne se can­tonne pLus aux graDins Des tri­Bunes, mais connaît son heure De gLoire sur Les po­Diums.

Magazine M - - Le Sommaire - Va­len­tin Pé­rez par

De­puis que BaL­main, Dries van no­ten ou en­core JW An­der­son ont ima­gi­né des col­lec­tions pour l’Eu­ro 2016, la mode n’a plus peur de frayer avec le foot­ball. Re­mise au goût du jour par Sput­nik 1985 ou Pacc­bet, des griffes confi­den­tielles ve­nues de l’Est, l’écharpe de sup­por­teur connaît cet au­tomne son heure de gloire. Chez Ve­te­ments, les noms des équipes ont été rem­pla­cées par des émo­ti­cônes, chez A.P.C., par un tag « Hi­ver 1987 » pour mar­quer l’an­ni­ver­saire de la marque. Lors du dé­fi­lé au­tomne-hi­ver 2017 du Russe Go­sha Rub­chins­kiy, l’un des de­si­gners les plus en vogue, elle est ap­pa­rue au cou d’un jeune mo­dèle au teint dia­phane et aux che­veux ras. Verte, à lo­go et ins­crip­tion en cy­ril­lique, elle est le fruit d’une col­la­bo­ra­tion avec l’équi­pe­men­tier al­le­mand Adi­das en vue de la Coupe du Monde 2018, qui au­ra lieu en Rus­sie. «L’époque es­tà­la­réap­pro­pria­tion de mou­ve­ments po­pu­laires », af­firme Sé­bas­tien Ly­ky, di­rec­teur ar­tis­tique de Com­mune de Pa­ris, 1871, qui a des­si­né dans sa nou­velle col­lec­tion un mo­dèle bleu nuit bar­ré d’un « Tou­riste » en rouge et blanc, clin d’oeil au mer­chan­di­sing du PSG. « On re­fuse de lais­ser le dra­peau tri­co­lo­reaux na­tio­na­lis­tes­comme on re­fuse de lais­ser l’écharpe aux ul­tras », ex­plique-t-il. S’il est «im­pos­sible de dé­ter­mi­ner qui alan­cé l’écharpe de sup­por­teur », comme le pré­ci­sait en avril Pe­ter Holme, com­mis­saire du Na­tio­nal Foot­ball Mu­seum de Man­ches­ter, au site spé­cia­li­sé Ruff­neck, la plus an­cienne ar­chive vi­déo qui en fait état date de la Coupe d’An­gle­terre de 1934. «Une rup­tu­rea­lieu dans les an­nées 1980­1990, lorsque les ul­tras se l’ap­pro­prient, re­late le so­cio­logue Ni­co­las Hour­cade, en­sei­gnant à l’École cen­trale de Lyon et spé­cia­liste des sup­por­teurs de foot. Ils ont cher­ché àse dis­tin­guer sty­lis­ti­que­ment de la masse.L’écharpe est­de­ve­nue leur si­gna­ture, un signe de re­con­nais­san­ce­qu’ils se sont mis àpro­dui­reeux­mêmes et à nouer au­tour du cou, plu­tôt que la por­ter sur les épaules ou à bout de bras, comme les autres spec­ta­teurs. » Long et Large, en Laine ou acry­Lique, sou­vent fran­gé, cet ac­ces­soire qui se ca­rac­té­rise par des cou­leurs criardes (vert sa­pin, ul­tra­vio­let, jaune mou­tarde…) se laisse au­jourd’hui dé­tour­ner par des marques de mode, comme le la­bel bri­tan­nique Franks­lo­cker avec ses écharpes de tri­bune aux slo­gans crus qui va­lo­risent la fier­té d’être gay ou les­bienne (« Rim Job Ran­gers », « Butch Bitch Uni­ted »…). «Le­foot me ren­voie àde­dou­lou­reux sou­ve­nirs quant àmon ho­mo­sexua­li­té, confie son fon­da­teur, Frank Stra­chan, an­cien de l’école Cen­tral Saint Mar­tins de Londres. J’ai vou­lu me ré­ap­pro­prier ce­tob­jet de stade pour me sen­tir plus fort. » La ver­sion de Y/Pro­ject re­pré­sente les couples his­to­riques Hen­ri VIIIAnne Bo­leyn, Louis XVIMa­rie-An­toi­nette et Na­po­léonJo­sé­phine. Le créa­teur Glenn Mar­tens, qui fut ser­veur à 16 ans dans les loges VIP du club de Bruges, ra­conte : «J’ai choi­si de gar­der l’es­thé­tique de cet­te­piè­ceet­son cô­té mi­li­tant, mais j’ai rem­pla­céles noms des clubs par des ef­fi­gies­de­vieux rois ou d’em­pe­reurs, les pops­tars de leur époque.» Le Belge a jus­te­ment rem­por­té le 30 juin le grand prix de l’An­dam, ar­bi­trée par des pro­fes­sion­nels, qui cou­ronne un es­poir de la mode. Une sorte de Bal­lon d’or du jeune créa­teur.

Cer­tains créa­teurs conservent les codes du foot­ball (2, le Russe Go­sha Rub­chins­kiy pour Adi­das en vue de la Coupe du Monde 2018), d’autres les dé­tournent (1, Y/Pro­ject avec des couples his­to­riques ; 3, Franks­lo­cker avec des slo­gans LGBT ; 4, Com­mune de Pa­ris, 1871 en jouant avec les cou­leurs du PSG). 2

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