Les aveux désa­voués de Sture Berg­wall pour­raient coû­ter cher à la Suède.

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Son nom reS­te­ra aS­So­cié à ja­maiS au pluS grand Scan­dale ju­di­ciaire de l’HiS­toire de Suède. Long­temps consi­dé­ré comme un tueur en sé­rie sa­dique, Sture Berg­wall, qui s’est fait ap­pe­ler Tho­mas Quick pen­dant les dix ans du­rant les­quels il a avoué 33 meurtres entre 1991 et 2001, de­puis l’hô­pi­tal psy­chia­trique de Sä­ter, en Da­lé­car­lie, où il était in­ter­né, a été condam­né pour huit d’entre eux. Après s’être ré­trac­té dans un do­cu­men­taire dif­fu­sé en 2008 sur la chaîne de té­lé pu­blique SVT, il a fi­na­le­ment été blan­chi par la jus­tice et re­mis en li­ber­té en 2015. Ven­dre­di 20 oc­tobre, il vient de dé­po­ser une de­mande re­cord d’in­dem­ni­sa­tion de 15 mil­lions de cou­ronnes (1,5 mil­lion d’eu­ros) au­près de l’État sué­dois. Comme pour ten­ter de clore cette in­ter­mi­nable et sor­dide af­faire. Dans l’au­to­bio­gra­phie qu’il a pu­bliée en 2016, Ara jag vet vem jag är (« il n’y a que moi qui sache qui je suis ») , Sture Berg­wall, âgé dé­sor­mais de 67 ans, ra­conte une ado­les­cence dou­lou­reuse. Pour « soi­gner » son ho­mo­sexua­li­té, il su­bit une thé­ra­pie de choc à l’in­su­line, qui le plonge plusieurs fois dans le co­ma. À 19 ans, il est condam­né une pre­mière fois à l’in­ter­ne­ment psy­chia­trique, après avoir agres­sé sexuel­le­ment quatre jeunes gar­çons. Re­mis en li­ber­té sept ans plus tard, il se drogue et s’en­fonce dans la dé­lin­quance, jus­qu’à son ar­res­ta­tion, après le bra­quage d’une banque. Le 29 avril 1991, il est de re­tour à l’hô­pi­tal psy­chia­trique de Sä­ter. Il n’en sor­ti­ra que vingt-quatre ans plus tard. Car, entre-temps, il se ré­pand en ré­vé­la­tions, à com­men­cer par les abus que ses pa­rents lui au­raient fait su­bir, en­fant. Ses six frères et soeur ont beau dé­men­tir, sa psy­cha­na­lyste est convain­cue qu’il dit la vé­ri­té, y com­pris lors­qu’il dé­crit le meurtre de ce pe­tit frère qu’il ap­pelle Si­mon, sur le pa­lier de sa chambre, où sa mère ve­nait d’ac­cou­cher alors que son père le vio­lait… Pour elle, il s’agit de sou­ve­nirs refoulés, qui re­montent en­fin à la sur­face, grâce aux séances de psy­cho­thé­ra­pie. Au jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion Hannes Ras­tam, à qui il ac­cepte de se confier en 2008 et qui fi­ni­ra par mettre en évi­dence les mul­tiples dys­fonc­tion­ne­ments de la ma­chine ju­di­ciaire, Sture Berg­wall dé­crit un mé­ca­nisme per­vers qui l’en­cou­rage aux aveux : chaque confes­sion est cé­lé­brée par le per­son­nel soi­gnant et lui ga­ran­tit un ac­cès qua­si­ment illi­mi­té à de puis­sants an­xio­ly­tiques. En fé­vrier 1993, il s’ac­cuse du meurtre d’un gar­çon de 11 ans, dis­pa­ru de chez lui dix ans plus tôt. Sa thé­ra­peute contacte la po­lice. Sture Berg­wall ne s’ar­rête plus. Il se­ra condam­né pour huit meurtres, par six tri­bu­naux, mal­gré l’ab­sence to­tale de preuves phy­siques et de té­moins. Il a pour­tant un ali­bi pour plusieurs d’entre eux et on fi­ni­ra même par re­trou­ver en vie deux ré­fu­giés afri­cains, dis­pa­rus d’un centre d’asile en Nor­vège, qu’il pré­ten­dait avoir tués. Plus tard, il ré­vé­le­ra que, bé­né­fi­ciant de per­mis­sions avant sa pre­mière con­dam­na­tion, il s’est ren­du plusieurs fois à la Bi­blio­thèque royale de Stock­holm, pour consul­ter les ar­chives des jour­naux, à la re­cherche d’af­faires non ré­so­lues, dont il pou­vait s’ac­cu­ser, sa­tis­fai­sant ain­si les at­tentes de ses mé­de­cins. Ses con­fes­sions sont im­pré­cises, bour­rées d’er­reurs. Au fil des ans, des per­sonnes proches de l’en­quête té­moignent de nom­breuses ir­ré­gu­la­ri­tés : un sus­pect gra­ve­ment in­toxi­qué, des in­ter­ro­ga­toires très di­rec­tifs et le re­fus de prendre en compte tous les té­moi­gnages qui pour­raient le dis­cul­per. Même les proches des vic­times fi­nissent par de­man­der qu’il soit blan­chi, pour per­mettre la ré­ou­ver­ture d’en­quêtes dé­sor­mais closes. Fi­na­le­ment, en 2001, sobre pour la pre­mière fois de­puis des an­nées, Sture Berg­wall s’ar­rête de par­ler. Il lui fau­dra en­core qua­torze ans pour ob­te­nir sa re­mise en li­ber­té. Les huit condam­na­tions se­ront cas­sées les unes après les autres. Au cours d’un dif­fi­cile pro­ces­sus, ceux qui dé­noncent un dé­ni de jus­tice et ac­cusent la psy­cha­na­lyste, l’ins­pec­teur prin­ci­pal, le pro­cu­reur et même son avo­cat, ain­si que le chan­ce­lier de la jus­tice de Suède, d’avoir « créé de toutes pièces un tueur en sé­rie » ont dû af­fron­ter ceux qui sont tou­jours convain­cus de sa culpa­bi­li­té. Anne-Fran­çoise Hi­vert

In­ter­né dix ans en hô­pi­tal psy­chia­trique, Sture Berg­wall était ré­com­pen­sé par de fortes doses d’an­xio­ly­tiques à cha­cun de ses aveux.

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