Faux vam­pires mais vrais lyn­chages au Ma­la­wi.

Magazine M - - Le Sommaire -

Pe­tit état en­cla­vé d’afrique aus­trale, le Ma­la­wi est ré­Pu­té Pour l’iM­Por­tance que ses ha­bi­tants ac­cordent à la sor­cel­le­rie. Ré­gu­liè­re­ment, les al­bi­nos y sont pour­chas­sés et tués, et leurs or­ganes uti­li­sés dans des ri­tuels ma­giques. Tout au­tant sor­dides, ce sont cette fois des ru­meurs por­tant sur l’exis­tence de vam­pires bu­veurs de sang hu­main qui sèment le chaos. Tout com­mence le 16 sep­tembre, lorsque trois hommes ac­cu­sés de vam­pi­risme se font lyn­cher et tuer par une foule en co­lère. Dans la moi­tié sud du pays, les com­mu­nau­tés sont per­sua­dées que rodent des « su­ceurs de sang », comme les nomment les mé­dias lo­caux, qui s’adon­ne­raient à des rites sa­ta­niques vi­sant à leur ap­por­ter ri­chesse et réus­site. Le phé­no­mène a pris des pro­por­tions in­quié­tantes : des mi­lices d’au­to­dé­fense se sont consti­tuées pour tra­quer les sus­pects et les sou­mettre à la vin­dicte po­pu­laire. Des bar­rages rou­tiers sont ré­gu­liè­re­ment dres­sés dans les villages pour ins­pec­ter les vé­hi­cules à la re­cherche de pièces de mé­tal, qui se­raient un signe dis­tinc­tif des vam­pires. Les pro­fes­sion­nels de la san­té sont par­ti­cu­liè­re­ment vi­sés : un sté­tho­scope, bien qu’in­of­fen­sif, peut être fa­tal à ce­lui qui le porte. Des am­bu­lances ont été caillas­sées. Les Na­tions unies et des or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires ont été contraintes de re­ti­rer leurs per­son­nels des zones concer­nées, dé­but oc­tobre. « Ces dis­tricts ont été sé­vè­re­ment af­fec­tés par des his­toires ré­cur­rentes de su­ceurs de sang et la pos­sible exis­tence de vam­pires », note ain­si un rap­port du dé­par­te­ment de sé­cu­ri­té de l’ONU, rap­por­té par l’agence Reu­ters. Dans ce coin d’Afrique, les his­toires de vam­pires re­font sur­face de temps à autre, de­puis plusieurs an­nées. Elles se­raient im­por­tées du Mo­zam­bique voi­sin, qui borde toute la par­tie sud du Ma­la­wi. Les deux pays fonc­tionnent comme des vases com­mu­ni­cants pour tout ce qui est pra­tiques sur­pre­nantes et ri­tuels ma­giques. Les fron­tières ne sont pas ma­té­ria­li­sées, les po­pu­la­tions sont mo­biles, et les sor­ciers ont pi­gnon sur rue. Ain­si, mi-oc­tobre, des émeutes an­ti-vam­pires ont éga­le­ment se­coué la ville de Gi­lé, dans la pro­vince mo­zam­bi­caine de Zam­bé­zie, for­çant l’ad­mi­nis­tra­teur lo­cal à fuir et la po­lice à ti­rer sur la foule. Des bou­tiques et des bâ­ti­ments pu­blics ont été van­da­li­sés, alors que les res­pon­sables lo­caux sont ac­cu­sés de col­la­bo­rer avec les vam­pires et de dis­si­mu­ler leurs iden­ti­tés. Des ac­cu­sa­tions aus­si vieilles que l’in­dé­pen­dance du pays, en 1975, lorsque la nou­velle élite au pou­voir s’était vue ac­cu­sée de pac­ti­ser avec des « su­ceurs de sang » pour im­po­ser ses nou­velles règles. À Gi­lé, la si­tua­tion frise dé­sor­mais le « chaos to­tal », se­lon l’aveu même de la po­lice, qui y voit une dés­in­for­ma­tion pro­vo­quée par des in­di­vi­dus sou­hai­tant pro­fi­ter du désordre pour com­mettre des vols. cô­té Ma­la­wite, la fré­né­sie a dé­sor­Mais ga­gné blan­tyre, la ca­Pi­tale éco­no­Mique du pays. Le 16 oc­tobre, deux hommes ont été tués : l’un a été la­pi­dé, et l’autre, han­di­ca­pé men­tal, a été bat­tu puis brû­lé vif. Au to­tal, neuf per­sonnes ac­cu­sées de vam­pi­risme ont trou­vé la mort en un mois dans tout le pays. Les forces de po­lice ont de­puis im­po­sé un couvre-feu et pro­cé­dé à plus de 140 ar­res­ta­tions. Au-de­là des ru­meurs, les pré­ten­dus vam­pires n’ont lais­sé pour l’ins­tant au­cune trace. Les postes de san­té n’ont ac­cueilli per­sonne pré­sen­tant des mor­sures ou ayant in­gé­ré du sang hu­main, sou­ligne la So­cié­té des doc­teurs en mé­de­cine du Ma­la­wi. « Les in­ci­dents ini­tiaux, pris de fa­çon iso­lée, ont cer­tai­ne­ment eu des élé­ments as­so­ciés à un trouble dé­li­rant col­lec­tif, ce qui est d’ha­bi­tude confi­né à une lo­ca­li­té », a ex­pli­qué le doc­teur Amos Sa­li­man­da, en con­fé­rence de presse le 23 oc­tobre. Il blâme le « sen­sa­tion­na­lisme ir­res­pon­sable des mé­dias », qui a me­né le pays à « l’hys­té­rie col­lec­tive » . Adrien Bar­bier

Le 16 oc­tobre, à Blan­tyre, un homme a été la­pi­dé et un autre brû­lé vif. Comme sept autres per­sonnes tuées en un mois, ac­cu­sées d’être des « su­ceurs de sang ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.