J’y étais.

Lun­di 23 oc­tobre, ci­tyLab, Grand Hô­teL in­tercon­ti­nen­taL Pa­ris

Magazine M - - Le Sommaire - Guille­mette Faure par

Maires de toutes les ba­tailles.

Le pre­mier ma­gis­trat d’Au­ck­land en Nou­velle-Zé­lande a fait un voyage de vingt-six heures pour être là, et re­joindre une tren­taine d’ho­mo­logues de dif­fé­rents bouts du monde, de Qui­to à Kyo­to en pas­sant par Mul­house. Pour l’ins­tant, tous re­gardent des ar­tistes sau­tant et plon­geant sur un grand tram­po­line dans le sa­lon du Grand Hô­tel In­terCon­ti­nen­tal de Pa­ris. Pour inau­gu­rer la pre­mière jour­née de confé­rences Ci­tyLab, une « per­for­mance » ac­cueillait les par­ti­ci­pants en costume-cra­vate. La mode des spec­tacles en ou­ver­ture de con­fé­rence sur n’im­porte quel sujet mé­ri­te­rait d’être si­gna­lée aux en­fants aux­quels des pa­rents disent par­tir au tra­vail alors qu’ils viennent re­gar­der des gens en Ly­cra rouge faire des sauts pé­rilleux sous les lustres d’un 5-étoiles. Ci­tyLab ras­semble quelques cen­taines de par­ti­ci­pants sur trois jours, pour par­ler de l’ave­nir des villes. Cette an­née il se tient à Pa­ris. «Le­seul jour­na­liste fran­çais qui tra­vaille pour notre ré­dac­tion, c’est Ber­nardHen­ri Lé­vy,un­homme que l’on pour­rait ré­su­mer à“Dieu est mort mais mes che­veux sont par­faits”. », blague en ou­ver­ture le pa­tron de The At­lan­tic, la re­vue co­or­di­na­trice de l’évé­ne­ment. L’écri­vaine Chi­ma­man­da Ngo­zi Adi­chie ad­met qu’elle n’est pas fan de la France, contrai­re­ment à beau­coup de vi­si­teurs étran­gers: «Com­ment dire… Les Fran­çais n’ont pas eu le mé­mo in­di­quant qu’ils ne sont plus une puis­sance mon­diale… Ils conti­nuent àse­com­por­ter avec cette es­pèce de rai­deur mé­pri­sante… » Elle est convain­cue que les tra­cas qu’elle a eus à Rois­sy te­naient es­sen­tiel­le­ment à son pas­se­port ni­gé­rian. On est à Pa­ris, mais on pour­rait être dans n’im­porte quelle mé­tro­pole. Comme l’a no­té l’ex-maire de New York Mi­chael Bloom­berg, cer­taines villes sur dif­fé­rents conti­nents ont plus en com­mun que des villes d’un même pays. «Le­vote sur le Brexit amon­tré comme nous étions sé­pa­rés du reste du pays », ob­serve une ad­jointe au maire de Londres. Ste­ven Ad­ler, le maire d’Aus­tin au Texas, par­tage ce sen­ti­ment d’in­su­la­ri­té. «Ce sontdes myr­tilles dans une soupe de to­mate », dit ma voi­sine, en ré­fé­rence aux pe­tites taches bleues dé­mo­crates sur une carte rouge du vote ré­pu­bli­cain à la der­nière élec­tion pré­si­den­tielle amé­ri­caine. «Les villes, c’est là où naissent les pro­blèmes, c’est là dont émergent les so­lu­tions », as­sure Mi­chael Bloom­berg, qui de ses an­nées à la tête de New York a re­te­nu que les mu­ni­ci­pa­li­tés peuvent al­ler plus vite que les gou­ver­ne­ments – de l’in­ter­dic­tion de fu­mer aux ré­duc­tions des gaz à ef­fets de serre. Pre­nant exemple sur les Vé­lib’ de Pa­ris, qui ont ins­pi­ré plein d’autres villes, il in­vite les maires à se pi­quer leurs meilleures idées. Tous ces élus hon­nis dans leurs pays parce qu’ils cherchent à rendre la ville im­pos­sible aux voi­tures peuvent ici se tom­ber dans les bras. Dans toutes les villes, note un élu, les gens consi­dèrent que par­ta­ger son vé­hi­cule, c’est une bonne idée pour les autres mais que pour eux, ce n’est pas pra­tique. «NeufPa­ri­siens­sur dix n’uti­li­sent­pas la­voi­ture pou­ral­ler tra­vailler et les mé­dias fran­çais me ra­mènent tou­jours àl’idée qu’il faille par­ler des un sur dix qui prennent leur voi­ture », se plaint de son cô­té Anne Hil­da­go. Quand les classes créa­tives s’ins­tallent dans des villes, elles chassent trop sou­vent les po­pu­la­tions or­di­naires, re­grette l’écri­vain amé­ri­cain Ta-Ne­hi­si Coates. Preuve que les mé­tro­poles sont toutes dans le même ba­teau, à la con­fé­rence sur les villes face au ter­ro­risme – les maires de Bar­ce­lone et Man­ches­ter sont là aus­si – s’ajoute celle sur les mo­nu­ments du sou­ve­nir à bâ­tir après les tra­gé­dies. Les maires échangent sur la fa­çon d’im­pli­quer les en­tre­prises lo­cales. Même pour ce­lui de San Jo­sé qui couvre une par­tie de la Si­li­con Val­ley, ce n’est pas si évident. «Nombre de ces en­tre­prises ont été fon­dées par des gens qui ne sont pas nés aux États-Unis… Ils n’ont pas le ré­flexede pen­ser aux en­vi­rons im­mé­diats. » Au mi­lieu de ces vestes, un homme porte un pan­ta­lon et une che­mise blanche, deux crayons dans sa poche. Yo­na Fried­man, maître de l’ar­chi­tec­ture par­ti­ci­pa­tive, a 94 ans et il ai­me­rait bien par­ler de l’ave­nir : il fau­drait des Pass Na­vi­go pour les trains à grande vi­tesse pour pou­voir al­ler à Londres, de­ve­nue une ban­lieue de Pa­ris et à Bruxelles, de­ve­nue une ban­lieue de Londres. Puis­qu’on peut tra­vailler de chez soi, il se­rait temps de dis­per­ser les villes… Il fau­drait lais­ser les ré­fu­giés s’ins­tal­ler et mettre des équi­pe­ments à leur dis­po­si­tion et les lais­ser faire. «De­puis Rome, toutes les villes étaient au dé­part des camps de ré­fu­giés qui se sont construites dans l’im­pro­vi­sa­tion… » Il re­part avec sa canne. Sur la mo­quette de l’In­terCon­ti­nen­tal, il a l’air d’un ber­ger.

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