PAR­VE­NIR À DIRE NON SANS CULPA­BI­LI­TÉ

Magicmaman - - Psycho Bébé et Kids -

Il a en­vie de la grosse glace qu’il a vue à la ter­rasse d’un ca­fé, avec plein de cho­co­lat et de la crème chan­tilly ? C’est ten­tant de dire oui. Mais, avec cette por­tion d’adulte, il risque l’in­di­ges­tion. Qui plus est, à cette heure, ce­la va lui cou­per l’ap­pé­tit. Ex­pli­quez-lui pour­quoi vous re­fu­sez. Pour au­tant pas la peine d’en­trer dans de longues ex­pli­ca­tions, de vous jus­ti­fier ou – pire en­core – de vous ex­cu­ser. Votre tout-pe­tit doit pou­voir sup­por­ter d’en­tendre que non, c’est non. Bien sûr, il en éprou­ve­ra de la peine. « La frus­tra­tion est dif­fi­cile à sup­por­ter par na­ture mais on aide beau­coup son en­fant en l’y ha­bi­tuant pro­gres­si­ve­ment, pour­suit Cé­cile Desmazières-Berlie. La té­lé, les bon­bons, les prises de risque… toute la vie, il va fal­loir mettre des li­mites. C’est une course de longue ha­leine et il ne s’agit pas de lâ­cher l’af­faire ! » Votre rôle de pa­rents est là : mettre un frein à la réa­li­sa­tion im­mé­diate des dé­si­rs de votre en­fant, lui ap­prendre à sup­por­ter l’at­tente. Sa­chez-le : les « non » n’em­pêchent pas le plai­sir de vivre, ils le ren­forcent. « Une glace de temps en temps, c’est la fête, re­prend la psy­cho­logue. Une glace tout le temps, ça crée des be­soins ga­lo­pants. La ra­re­té pré­serve le dé­sir, elle l’en­tre­tient. » Vous croyez faire le bon­heur de votre tout-pe­tit en ne lui re­fu­sant rien ? C’est tout le contraire. Un en­fant à qui on donne tout ce qu’il veut a bien du mal à se sen­tir com­blé, il vit dans l’illu­sion qu’il pour­rait en ob­te­nir plus que ce qu’il a. « C’est dif­fi­cile d’être heu­reux quand on a été un en­fant gâ­té », ré­sume dans un sou­rire Cé­cile Desmazières-Berlie.

UNE PORTE QUI SE FERME, C’EST UNE AUTRE QUI S’OUVRE

Soyez-en per­sua­dés : en li­mi­tant votre tout-pe­tit, vous bâ­tis­sez son dé­sir de de­main, vous lui of­frez du plai­sir pour plus tard. Ce n’est pas tout. Le non a éga­le­ment un as­pect li­bé­ra­teur : il ouvre sur autre chose. Sup­po­sons par exemple que votre en­fant ne veuille man­ger que des pâtes. Si vous vous dé­brouillez pour en faire à tous les re­pas, il de­vient pri­son­nier de son dé­sir et ne dé­couvre pas d’autres ali­ments. Il risque de de­ve­nir un adulte aux goûts li­mi­tés, in­ca­pable de trou­ver du plai­sir dans de nou­velles sa­veurs. De la même fa­çon, si vous ne lui dites ja­mais : « Non, pas de té­lé cet après-mi­di », il reste in­ca­pable de faire autre chose, d’in­ven­ter un jeu nou­veau, de créer un ob­jet de ses mains ou tout sim­ple­ment d’al­ler jouer avec d’autres en­fants. Quand on dit non à un en­fant, il doit faire ap­pel à ses propres res­sources, il est ain­si ame­né à les ex­plo­rer et à les dé­ve­lop­per. On ne dé­couvre de nou­velles pos­si­bi­li­tés que lorsque d’autres sont in­ac­ces­sibles. « Les pa­rents ont sou­vent peur de frus­trer leur en­fant en lui op­po­sant des re­fus mais c’est au contraire une source de ri­chesses, as­sure Cé­cile Desmazières-Berlie. A long terme, c’est leur don­ner une li­ber­té in­té­rieure et une ca­pa­ci­té à vivre en so­cié­té. Parce que vivre avec les autres, c’est être ca­pable de ne pas tou­jours pas­ser en pre­mier et ne pas tou­jours re­ce­voir la plus grosse part du gâ­teau. » * Coau­teure avec Jean Ep­stein de Nous sommes des pa­rents for­mi­dables ! Du­nod.

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