Ce poids in­vi­sible qui pèse sur les mères

Af­faires de pis­cine, vac­cins, courses, de­voirs… ces « to do » listes sans fin portent un nom : la charge men­tale. Au­jourd’hui en­core, elle pèse en large ma­jo­ri­té sur les femmes, qui frôlent sou­vent le burn out. Il est temps de ré­équi­li­brer les res­pon­sa­bil

Magicmaman - - Notre grand dossier - ILLUS­TRA­TIONS : EM­MA

Si vous êtes en couple avec en­fant(s), la charge men­tale vous est for­cé­ment fa­mi­lière. Que vous en soyez consciente ou pas, vous pen­sez à lon­gueur de jour­née à des choses que vous avez à ac­com­plir. Au mo­ment où vous li­sez ces lignes, vous êtes peu­têtre même en train de vous de­man­der si le maillot de foot de votre fils est propre ou s’il reste du beurre dans le fri­go. Au-de­là du fait que les tâches mé­na­gères sont tou­jours ef­fec­tuées pour la plus grande par­tie par les femmes (elles pren­draient en charge 64 % des tâches domestiques et 71 % des tâches pa­ren­tales*), la charge men­tale est le fait de de- voir pen­ser à tout, tout le temps. Em­ma, jeune femme fé­mi­niste de 36 ans, in­gé­nieure in­for­ma­ti­cienne et au­teure**, l’ex­plique à mer­veille dans sa BD Fal­lait de­man­der, par­ta­gée plus de 200 000 fois sur les ré­seaux so­ciaux.

Ce suc­cès s’ex­plique se­lon elle par le fait que « beau­coup de femmes se sont re­trou­vées dans ces anec­dotes du quo­ti­dien et ont en­fin un mot à mettre sur ce sen­ti­ment de crou­ler sous les res­pon­sa­bi­li­tés fa­mi­liales ». Et comme elle le sou­ligne, la charge men­tale pèse sur­tout sur les femmes en couple avec en­fants et se met en place no­tam­ment pen­dant le congé ma­ter­ni­té de la ma­man. C’est en ef­fet à ce

mo­ment-là qu’elle ap­prend à gé­rer les be­soins de son bé­bé, la plu­part du temps quand le pa­pa est dé­jà re­tour­né tra­vailler. Et lors­qu’à son tour elle re­prend le che­min du bou­lot, elle conti­nue de prendre à sa charge ces nou­velles tâches car elle sait les faire et que c’est plus simple pour tout le monde. En­fin presque.

DES SHIVAS ÉPUISÉES

Car quand on liste tout ce que fait une femme dans la jour­née (pen­ser au livre de bi­blio­thèque et au me­nu du soir, ha­biller les en­fants, faire le gâ­teau pour la ker­messe et ache­ter le ca­deau pour l’an­ni­ver­saire du co­pain, ra­che­ter du den­ti­frice, payer la can­tine, ré­ser­ver le res­tau­rant pour sa­me­di soir, lan­cer une ma­chine, la sor­tir en pré­pa­rant une pu­rée pour le pe­tit der­nier…) tout en tra­vaillant 7 heures par jour (au moins !), on com­prend pour­quoi les jeunes ma­mans sont en permanence fa­ti­guées, voire proches du burn out.

Au travail sa­la­rié s’ajoutent donc travail do­mes­tique et travail pa­ren­tal. Sans ou­blier la vie de couple et la vie so­ciale qu’il ne faut pas non plus lais­ser de cô­té. Comment ne pas être épui­sée par ces doubles, voire triples, jour­nées ?

DE L’AIDE À LA CORESPONSABILISATION

Sans ver­ser dans la ca­ri­ca­ture du mâle qui rentre du bu­reau et met les pieds sous la table, 43 % des femmes consi­dèrent tou­jours que leur conjoint ne s’oc­cupe pas suf­fi­sam­ment des tâches domestiques***. Certes, comme le sou­ligne Ch­ris­tine Cas­te­lain Meu­nier, so­cio­logue et cher­cheuse au CNRS « de­puis les an­nées 1970, qui ont va­lo­ri­sé la culture pa­ri­taire, la si­tua­tion est en chan­ge­ment », les hommes par­ti­cipent beau­coup plus que leurs aî­nés aux tâches mé­na­gères. Mais la ré­vo­lu­tion au­ra lieu le jour où ils ar­rê­te­ront d’« ai­der » et qu’ils se sen­ti­ront tout aus­si res­pon­sables de leur foyer que les femmes. Ils sont au­jourd’hui 46 % à avoir le sen­ti­ment d’être res­pon­sables du mé­nage, contre 92 % des femmes en couple.*** Cette amorce de prise de conscience se trans­for­me­ra-t-elle un jour en ce que la so­cio­logue qua­li­fie de « dé­mo­cra­tie de l’in­time » ? C’est-à-dire qu’il n’y au­ra plus un seul ré­fé­rent dans le foyer mais une or­ga­ni­sa­tion fon­dée sur la qua­li­té de la com­mu­ni­ca­tion et du res­pect de l’autre. On ne par­le­ra plus seule­ment de ré­par­ti­tion de l’exécution des tâches mais de ré­par­ti­tion de leur or­ga­ni­sa­tion. Comment y ar­ri­ver ? Les femmes ont elles aus­si leur part de res­pon­sa­bi­li­té. « Elles veulent res­ter les gar­diennes de la mai­son », ex­plique Ch­ris­tine Cas­te­lain Meu­nier. Dans la quête per­ma­nente de la per­fec­tion que s’in­fligent en­core trop de femmes, les hommes peinent à trou­ver leur place dans la ges­tion du foyer. Elles doivent ac­cep­ter qu’être à la fois épouse mo­dèle, maî­tresse de mai­son ir­ré­pro­chable et mère par­faite est tout sim­ple­ment im­pos­sible. Et ap­prendre à se dé­ta­cher de la culpa­bi­li­té. Parce que sous pré­texte que le conjoint fait « moins bien » (ou tout sim­ple­ment dif­fé­rem­ment), elles pré­fèrent prendre à leur charge la plu­part des contraintes. Alors il faut ac­cep­ter que ce soit fait au­tre­ment, et tant pis si les en­fants se couchent trente mi­nutes plus tard, si la marque de les­sive n’est pas la bonne ou si Bé­bé a man­gé un pe­tit pot et pas du fait mai­son !

RÉUS­SIR À COM­MU­NI­QUER

La com­mu­ni­ca­tion est l’autre clef. Trop sou­vent, les hommes se cachent der­rière le fa­meux « fal­lait de­man­der » que l’illus­tra­trice dé­nonce dans sa BD ! Alors, on n’hé­site pas, on de­mande ! Mais pas seule­ment de sor­tir le bi­be­ron du lave-vais­selle pour être en­suite dé­çue qu’il ne l’ait pas en­tiè­re­ment vi­dé. De­man­der, c’est dire ce dont on a be­soin, de ma­nière ponc­tuelle (tu peux gé­rer les re­pas cette se­maine ?) mais aus­si glo­bale (je vou­drais que tu t’im­pliques dans la ges­tion des courses), sans at­tendre que l’autre de­vine et de­vance ses be­soins. Et la bonne nou­velle, c’est que ça aus­si ça s’ap­prend !

LA CA­PA­CI­TÉ À NÉ­GO­CIER EN COUPLE

Avec des mil­liers d’an­nées de tra­di­tions an­crées dans la so­cié­té avec des rôles bien dé­fi­nis, le che­min est long et la­bo­rieux. Alors que les nou­velles gé­né­ra­tions d’hommes s’im­pliquent de plus en plus dans les tâches domestiques et fa­mi­liales, ils ont du mal à ac­cep­ter qu’on leur fasse en­core des re­proches. Pour évi­ter les in­com­pré­hen­sions des deux cô­tés, il faut ap­prendre à né­go­cier en couple.

En se po­sant au­tour d’une table ré­gu­liè­re­ment pour re­dé­fi­nir les rôles.

Les deux membres du couple doivent cha­cun avoir leurs uni­vers at­ti­trés : je gère les en­fants le ma­tin et toi le soir, je m’oc­cupe des courses et toi du linge, je trie les pa­piers ad­mi­nis­tra­tifs et tu fais les de­voirs…

ÉDU­QUER ET TRANS­METTRE

Pour que cette éga­li­té ne soit plus un rêve (un combat !), il est pri­mor­dial de trans­mettre les bonnes va­leurs à nos en­fants. Eduquer nos filles au­tre­ment qu’avec des as­pi­ra­teurs dans les mains, res­pon­sa­bi­li­ser nos gar­çons le plus tôt pos­sible… et mon­trer l’exemple à la mai­son !

LE RÔLE DU CONGÉ PATERNITÉ

Et, comme le sou­ligne Em­ma, « il se­rait dé­jà bien utile que les pères re­ven­diquent le droit d’être au­près de leur fa­mille pen­dant les pre­miers mois de leur en­fant ». Ac­tuel­le­ment, les pères bé­né­fi­cient de onze pe­tits jours à la nais­sance, et seule­ment deux tiers d’entre eux les prennent (cer­tains n’osent pas de peur d’être mal vus dans leur en­tre­prise). Rendre obli­ga­toire ce congé paternité, et même l’al­lon­ger, pour­rait être le point de dé­part d’un chan­ge­ment pro­fond de la so­cié­té face aux inégalités hommes-femmes, en im­pac­tant di­rec­te­ment l’or­ga­ni­sa­tion de la vie de fa­mille. La preuve avec l’Is­lande, le pays le plus éga­li­taire : les pa­rents y ont droit cha­cun à trois mois de congé pa­ren­tal à la suite, plus trois autres mois à par­ta­ger.

* Se­lon l’In­see, en 2010.

** au­teure du blog em­ma­clit.com et du livre Un autre regard, Mas­sot Edi­tions.

*** Etude réa­li­sée en mai 2017 par Opi­nionWay pour La Bou­lan­gère.

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