Des nou­velles tech­niques por­teuses d’es­poir

L’op­ti­mi­sa­tion des tech­niques d’as­sis­tance mé­di­cale à la pro­créa­tion de­vrait perme re de li­mi­ter cer­tains échecs, tou­jours dif­fi­ciles à ac­cep­ter. Voi­ci quelques pistes (non ex­haus­tives) sur les­quelles tra­vaillent les cher­cheurs.

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On es­time au­jourd’hui que 1 couple sur 6 en­vi­ron est concer­né par l’in­fer­ti­li­té et est ame­né à consul­ter au moins une fois un spé­cia­liste, et que 1 couple sur 10 suit des trai­te­ments pour y re­mé­dier. En 2014, les ten­ta­tives d’AMP, as­sis­tance mé­di­cale à la pro­créa­tion, ont abou­ti à la nais­sance de 25 208 en­fants, ce qui re­pré­sente 3,1 % des naissances en­re­gis­trées cette an­née-là, soit 1 en­fant sur 32. Se­lon l’Agence de la bio­mé­de­cine, les chances de gros­sesse sont en moyenne de 22 % par fé­con­da­tion in vi­tro (FIV) et de 12 % par in­sé­mi­na­tion, des taux qui va­rient en fonc­tion de l’âge de la femme, de l’ori­gine de l’in­fer­ti­li­té et du centre d’AMP. De par le monde, des cher­cheurs tentent d’amé­lio­rer les tech­niques pour contour­ner les dif­fi­cul­tés de pro­créa­tion quelles qu’elles soient et per­mettre au plus grand nombre de connaître la joie d’être pa­rents. Cer­taines sont à nos portes, d’autres en cours de re­cherche…

OVO­CYTES ET UTÉ­RUS SONT AU COEUR DES RE­CHERCHES

«Contrer le pro­ces­sus de vieillis­se­ment ova­rien, re­don­ner de l’es­poir aux pa­tientes dont l’uté­rus est ab­sent ou en­dom­ma­gé, ou en­core dé­ve­lop­per de nou­velles stra­té­gies

de sti­mu­la­tion ova­rienne sont au­tant de thé­ma­tiques au coeur des re­cherches du nou­veau centre d’as­sis­tance mé­di­cale à la pro­créa­tion de l’hô­pi­tal Foch, à Su­resnes», ex­plique le Pr Re­na­to Fan­chin, gy­né­co­logue-obs­té­tri­cien, res­pon­sable cli­nique du centre. La fer­ti­li­té fé­mi­nine baisse inexo­ra­ble­ment avec l’âge, dès 30 ans. Cer­taines femmes ont une ré­serve

ova­rienne faible, d’autres souffrent de mé­no­pause pré­coce. La ques­tion cen­trale est: com­ment ac­ti­ver la crois­sance des fol­li­cules – les pe­tits sacs qui contiennent les ovo­cytes au sein des ovaires – à des stades très pré­coces pour qu’ils ar­rivent à ma­tu­ri­té et ce, quel que soit l’âge de la femme ? Des so­lu­tions existent, in vi­tro et in vi­vo. In vi­tro : on met en culture du tis­su ova­rien qu’on pré­lève par biop­sie, puis on sti­mule le dé­ve­lop­pe­ment des pe­tits fol­li­cules à l’aide de fac­teurs de crois­sance jus­qu’à ce qu’ils at­teignent un cer­tain degré de ma­tu­ri­té. En­suite, les ovo­cytes sont ma­tu­rés, tou­jours in vi­tro, et pour­ront être à l’ori­gine d’em­bryons qui se­ront ré­im­plan­tés chez la femme. In vi­vo : on in­jecte des cel­lules souches in­duites (to­ti­po­tentes, c’es­tà-dire qu’elles peuvent se dif­fé­ren­cier en tout type de cel­lule d’un or­ga­nisme adulte) dans la cir­cu­la­tion san­guine après que celles-ci ont été dif­fé­ren­ciées vers la li­gnée ger­mi­nale – les cel­lules à l’ori­gine des ga­mètes. Ain­si, dans le fu­tur, il se­ra peut-être pos­sible d’ob­te­nir des ga­mètes – ovo­cytes et sper­ma­to­zoïdes – à par­tir de cel­lules de peau hu­maine. A l’hô­pi­tal Foch de Su­resnes, on y mène aus­si des tra­vaux de re­cherche sur l’uté­rus. L’en­do­mètre – la mu­queuse qui ta­pisse la pa­roi in­terne de l’uté­rus – est par­fois en­dom­ma­gé, à la suite d’un cu­re­tage par exemple. Abra­sée, elle ne peut pas se ré­gé­né­rer et n’est plus ca­pable d’ac­cueillir un em­bryon. La ni­da­tion ne peut avoir lieu. Dans ce cas aus­si, il est en­vi­sa­geable d’uti­li­ser des cel­lules souches, qui re­co­lo­ni­se­ront l’en­do­mètre et se trans­for­me­ront en cel­lules en­do­mé­triales. La greffe d’en­do­mètre est éga­le­ment du do­maine du pos­sible. Pour les femmes nées sans uté­rus (syn­drome d’agé­né­sie uté­rine) ou ayant su­bi une abla­tion, la greffe d’uté­rus re­pré­sente un vé­ri­table es­poir. Dans les pays nor­diques, plu­sieurs bé­bés sont nés grâce à cette nou­velle tech­nique. En France, la trans­plan­ta­tion uté­rine est en cours d’éva­lua­tion à l’hô­pi­tal Foch, équipe pi­lo­tée par le Pr Ayou­bi. Es­sai trans­for­mé en 2018 ?

La sti­mu­la­tion ova­rienne. Uti­li­sée lors d’une fé­con­da­tion in vi­tro afin de re­cueillir un maxi­mum d’ovo­cytes, elle bé­né­fi­cie elle aus­si de re­cherches. L’ob­jec­tif est d’ar­ri­ver à sti­mu­ler les fol­li­cules tout en main­te­nant la mon­tée du taux d’oes­tro­gènes à un taux ac­cep­table (phy­sio­lo­gique) sans ef­fets né­ga­tifs sur l’uté­rus et donc sur une pos­sible ni­da­tion de l’em­bryon. Le pro­to­cole Na­tos (Na­tu­ral Ova­rian Sti­mu­la­tion) tente d’y ré­pondre. Une étude ran­do­mi­sée mul­ti­cen­trique est en cours à l’hô­pi­tal Foch, les pre­miers ré­sul­tats donnent de meilleurs taux de gros­sesse.

... LES SPER­MA­TO­ZOÏDES NE SONT PAS EN RESTE

Ame­lia Ro­dri­guez, di­rec­trice mé­di­cale du groupe es­pa­gnol Eu­gin – onze cli­niques d’AMP dans cinq pays, dont l’Ita­lie, le Bré­sil et la Colombie –, ex­plique me­ner plu­sieurs re­cherches sur l’en­semble du pro­ces­sus de la gros­sesse, et no­tam­ment,

sur une tech­nique no­va­trice, bien qu’en­core ex­pé­ri­men­tale, de pro­créa­tion as­sis­tée (AOA, Ar­ti­fi­cial oo­cyte ac­ti­va­tion ou

ac­ti­va­tion ovo­cy­taire as­sis­tée) en col­la­bo­ra­tion avec l’uni­ver­si­té de Gand, en Bel­gique. Elle est ré­ser­vée aux couples dont la femme ne par­vient pas à tom­ber en­ceinte mal­gré une bonne ré­serve ova­rienne. FIV, ICSI (in­jec­tion d’un seul sper­ma­to­zoïde dans l’ovo­cyte), don d’ovo­cytes… rien ne marche. Pour­quoi? Cer­tains sper­ma­to­zoïdes ou cer­tains ovo­cytes ne sont pas ca­pables de par­ti­ci­per à un phé­no­mène ap­pe­lé ac­ti­va­tion, qui se fait phy­sio­lo­gi­que­ment par le biais de la pé­né­tra­tion du sper­ma­to­zoïde dans l’ovo­cyte après une suc­ces­sion d’étapes. L’AOA consiste à mettre les ovo­cytes, au mo­ment de l’ICSI, en contact avec une sub­stance qui imi­te­ra l’ac­tion du sper­ma­to­zoïde afin d’ac­ti­ver l’ovo­cyte. La ma­tu­ra­tion de l’ovo­cyte, la fé­con­da­tion et les pre­miers stades du dé­ve­lop­pe­ment em­bryon­naire peuvent alors se dé­rou­ler nor­ma­le­ment.

Par ailleurs, une tech­nique ex­pé­ri­men­tale ana­lyse pour la pre­mière fois le fonc­tion­ne­ment des sper­ma­to­zoïdes hu­mains au contact (in vi­tro) du conte­nu cel­lu­laire d’ovules de gre­nouilles afri­caines grif­fues, un or­ga­nisme mo­dèle uti­li­sé en re­cherche bio­mé­di­cale. Est ain­si étu­dié le rap­port entre les ca­rac­té­ris­tiques vi­sibles (mor­pho­lo­gie, concen­tra­tion et mo­bi­li­té) des sper­ma­to­zoïdes et leur ca­pa­ci­té fonc­tion­nelle au mo­ment du dé­ve­lop­pe­ment de l’em­bryon lors des pre­mières di­vi­sions cel­lu­laires. On en dé­duit s’ils sont per­for­mants ou pas. Une autre piste de re­cherche se concentre sur le mi­cro­biote va­gi­nal et uté­rin (en­semble de mi­cro-or­ga­nismes qui consti­tuent la flore va­gi­nale et uté­rine) dans le but d’iden­ti­fier s’il y a un rap­port entre la flore va­gi­nale et la pos­si­bi­li­té que l’em­bryon s’im­plante dans l’en­do­mètre.

«La tech­no­lo­gie Time-Lapse (ou ima­ge­rie en temps réel) per­met de vi­sua­li­ser mi­nute par mi­nute le dé­ve­lop­pe­ment d’un em­bryon en 2D et ré­cem­ment 3D grâce à une ca­mé­ra em­bar­quée dans l’in­cu­ba­teur », ex­plique Thi­baut Goulvent, consul­tant chez Al­ci­med, société de conseil en in­no­va­tion spé­cia­li­sée dans les sciences de la vie. Les condi­tions op­ti­males de son dé­ve­lop­pe­ment sont pré­ser­vées puisque la prise d’images – de­puis les pre­mières heures de l’em­bryon jus­qu’au mo­ment de son trans­fert dans l’uté­rus de la femme – se fait de l’in­té­rieur de l’in­cu­ba­teur sans avoir be­soin d’ou­vrir la porte (geste per­çu comme source de stress pour l’em­bryon). Cette tech­no­lo­gie per­met de me­su­rer son « état de santé » et d’éva­luer le po­ten­tiel suc­cès de la gros­sesse. Autre tech­no­lo­gie en cours de dé­ve­lop­pe­ment es­sen­tiel­le­ment aux USA, la mi­cro­flui­dique per­met­tra d’ana­ly­ser en conti­nu, dans le mi­lieu de culture dans le­quel baigne l’em­bryon, un cer­tain nombre de ses pa­ra­mètres phy­sio­lo­giques (l’ex­pres­sion des gènes et des pro­téines, la mor­pho­lo­gie, la consom­ma­tion de nu­tri­ments, etc.).

Image de syn­thèse de sper­ma­to­zoïdes ten­tant de pé­né­trer un ovule.

L’oeuf fé­con­dé com­mence à se di­vi­ser.

Le dé­ve­lop­pe­ment mi­nute par mi­nute de l’em­bryon.

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