EF­FETS DE SERRES BO­TA­NIQUES

Maison Côté Ouest - - L’INSTANT - TEXTE Anne- Laure Mu­rier PHO­TOS Jacque Beun

Sous les lu­mières des quatre sai­sons, Jacques Beun a fait éclore une sé­rie pho­to­gra­phique dans le jar­din du Tha­bor, le­quel vé­gé­ta­lise le coeur de Rennes de­puis 150 ans. Fo­ca­li­sée sur ses serres, La Forme du re­gard joue de re­flets et trans­pa­rences, ré­vé­la­teurs na­tu­rels qui in­vitent à un voyage « sur - réa­liste ».

Pho­to­gra­phiée de l’hi­ver 2012 au prin­temps 2016, une sé­rie donne à voir soixante-dix de ses images dans un livre au­toé­di­té en mai der­nier par Jacques Beun. D’un for­mat de 20 x 20 cm, les com­po­si­tions car­rées ori­gi­nelles s’ac­com­pagnent des textes sen­sibles de Gilles Cer­ve­ra.

Ne cher­chez pas de lé­gendes aux pho­to­gra­phies d’au­teur de Jacques Beun. Sans mise en scène avant la prise de vue, ni ma­ni­pu­la­tion hors cadre, ce n’est pas un ha­sard si ses pay­sages af­fran­chissent la pro­fon­deur de champ, es­quis­sant une car­to­gra­phie oni­rique se­lon un her­bier aus­si réa­liste qu’abs­trait. « Je ne veux pas mettre de mots sur mon tra­vail pour lais­ser une libre in­ter­pré­ta­tion à cha­cun » , sou­rit ce Ren­nais d’adop­tion. C’est au coeur de la ca­pi­tale bre­tonne que le jar­din du Tha­bor, ins­ti­tu­tion pa­tri­mo­niale qui a souf­flé ses 150 bou­gies, lui a ins­pi­ré sa der­nière sé­rie fer­ti­li­sée par trois ans de che­mi­ne­ment au rythme des sai­sons. Pour don­ner le point de vue d’un pro­me­neur, ses pas sont res­tés à l’ex­té­rieur des serres, jouant de ce prisme pour cam­per l’in­té­gra­li­té des quelque 11 hec­tares. « J’évoque, je sug­gère, je livre des in­dices, puis à cha­cun de s’ap­pro­prier ce jeu de re­flets et de trans­pa­rences… » Ici, un banc et des sacs de ter­reau, met­tant en lu­mière l’ar­chi­tec­ture du lieu ; là, des vo­lup­tés cac­tées et autres fan­tas­ma­go­ries vé­gé­tales, se­cond fil d’Ariane de cette in­vi­ta­tion à un sin­gu- lier voyage. Au gré de com­po­si­tions à la croi­sée d’au­to­chromes et du mou­ve­ment pic­to­ria­liste, ses na­tures vivantes, hors du temps, convoquent des émo­tions ar­tis­tiques pui­sées dans son en­fance bres­toise et sur les bords fi­nis­té­riens. « Per­cep­tion de ma­tières, de cou­leurs, de lu­mières, de nuances, le monde qui m’en­tou­rait m’émer­veillait. » De cet ami dont il se fait vo­lon­tiers cri­tique d’art, le psy­cha­na­lyste Gilles Cer­ve­ra dit jo­li­ment que « la pho­to­gra­phie lui tombe des yeux (…), à l’in­ter­sec­tion de l’es­prit, de l’âme et jus­qu’aux chairs les plus tendres ». Et d’in­vi­ter d’« autres voyeurs d’in­fi­ni et de lec­teurs du sa­cré dans l’or­di­naire des pas » à avoir des ré­vé­la­tions : « les épines sont des traits de mu­sique »; « les pé­tales tirent la langue » ; « les traces d’eaux font trans­pi­rer (…) » .« Son tra­vail sur le vé­gé­tal est sans li­mite et très exu­bé­rant, comme la sé­rie aus­si éro­tique que pré­cieuse qu’il a consa­crée à des pé­tales de rose », ad­mire éga­le­ment Ghis­laine Eon­net Du­puy, qui re­pré­sente Jacques Beun dans sa ga­le­rie La Bou­che­rie PHO­TO, à Saint - Briac. Une douce fo­lie fo­liée, qui mène à la perte pour se re­trou­ver ailleurs.

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