Au Pays basque, l’exte per­son­ni­fie la fa­mille

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Us­ta­ritz, ne se trouve d’ailleurs pas sur le lit­to­ral, mais dans les terres. L’exte se trans­met Oc­cu­pée à de nom­breuses re­prises au cours de son his­toire, no­tam­ment par les Vi­kings, puis par les An­glais, cette ré­gion échap­pa au féo­da­lisme du­rant tout le Moyen Âge. Ain­si s’est- elle dé­ve­lop­pée d’une ma­nière sin­gu­lière dans le pay­sage fran­çais. Plu­tôt que par des sei­gneurs ou des prêtres, ses vil­lages et ses pa­roisses étaient ad­mi­nis­trés et gou­ver­nés par des as­sem­blées consti­tuées de pro­prié­taires lo­caux. En la ma­tière, chaque mai­son dis­po­sait d’une voix. Et, ain­si, pro­gres­si­ve­ment, les pro­prié­taires en vinrent à por­ter le nom de leur mai­son, de l’exte, comme elle s’ap­pelle en basque (pro­non­cer etche). L’exte se trans­met se­lon un droit d’aî­nesse qui n’écarte pas les femmes. Elle per­son­ni­fie la fa­mille, sym­bo­lise son or­gueil et consti­tue un legs et une voix à trans­mettre. Une per­son­ni­fi­ca­tion qui ex­plique le lien pas­sion­né en­tre­te­nu par les Basques avec leur ar­chi­tec­ture et l’en­tre­tien de grande qua­li­té dont celle-ci bé­né­fi­cie. Cette exte prend la forme d’une im­po­sante mai­son-bloc, ro­buste, au vo­lume rec­tan­gu­laire, construite ori­gi­nel­le­ment à os­sa­ture bois. Ce mode construc­tif, dont sub­sistent peu d’exemples, est pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cé, à par­tir des XVIe et XVIIe siècles, par une construc­tion toute en pierre. Du­rant cette même époque, le vo­lume in­té­rieur s’or­ga­nise en deux par­ties : l’une consa­crée aux ani­maux, l’autre aux hommes. Des an­nexes spé­cia­li­sées lui sont ad­jointes sous la forme de granges cou­vertes par des ex­ten­sions de toi­ture. Par­fois, l’ex­ten­sion se fait en hau­teur : les ani­maux se trouvent alors au rez-de­chaus­sée, les hommes au pre­mier étage et la grange sous les combles. Or­ne­men­ta­tion de fa­çade Rien que de très clas­siques, fi­na­le­ment, si ce n’est que ces fermes la­bour­dines pré­sentent en fa­çade des ca­rac­té­ris­tiques fortes. Plus larges que les murs

pi­gnons, tou­jours orien­tées à l’est pour se pré­mu­nir contre les pluies, les fa­çades prin­ci­pales abritent un porche d’en­trée pro­fond ap­pe­lé lo­rio. Elles pré­sentent, en outre, des co­lom­bages en bois, peints en rouge ou en vert, de même que les me­nui­se­ries, et, sou­vent, une porte d’en­trée très tra­vaillée, avec, par exemple, de beaux lin­teaux. Au fil des siècles, elles s’agré­mentent de bal­cons en bois, de fe­nêtres croi­sées et d’élé­ments sculp­tés en bois ou en pierre : lin­teaux, arcs, pierres d’angles...

La mai­son trans­fi­gu­rée de­vient un vé­ri­table temple

Mais la sin­gu­la­ri­té de cette mai­son, da­van­tage qu’à sa phy­sio­no­mie, tient à la place qu’elle oc­cupe dans la so­cié­té basque. Per­son­ni­fiée au point de don­ner son nom à la fa­mille qui l’oc­cupe, elle est re­liée par un che­min in­di­vi­duel à l’église et au ca­veau fa­mi­lial qui la prolonge. Vé­ri­table temple, elle est le siège de rites des­ti­nés à pro­té­ger ses ha­bi­tants, cette fa­mille dont les aî­nées se trans­mettent sa pos­ses­sion, dont plu­sieurs gé­né­ra­tions peuvent être abri­tées sous son toit, et dont elle est consi­dé­rée comme une fi­gu­ra­tion sym­bo­lique. De­puis le dé­but du XXe siècle, cette

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3 3.

Au­tour du bas­sin por­tuaire de Saint-Jean-de-Luz, les riches de­meures d’ar­ma­teurs éblouissent, à com­men­cer par la Mai­son Ha­ra­ne­der, dite de l’in­fante, de­puis qu’Anne d’Au­triche y lo­gea à l’oc­ca­sion de son ma­riage avec Louis XIV. Édi­fiée en 1640, la bâ­tisse ar­bore une élé­gante bi­chro­mie qui rap­pelle l’ar­chi­tec­ture vé­ni­tienne.

1 1.

Sur les quais de la Nive, Bayonne, ca­pi­tale du La­bourd, dé­ploie ses fa­çades mar­quées par l’as­so­cia­tion de la pierre grise de Bi­dache et les pans de bois co­lo­rés. Heur­toirs et bal­con­nets en fer for­gé té­moignent d’une so­lide tra­di­tion fer­ron­nière. 2.

À Sare, au pied du mas­sif de la Rhune, dans le quar­tier d’Iha­lar, les mai­sons sont de type ru­ral et forment une « bas­tide-rue ».

2 2.

Très an­cienne avec ses fe­nêtres à me­neaux, cette mai­son de maître pos­sède un lo­rio ou­vert par une double arche en pierre, té­moi­gnage de l’ex­cep­tion­nel sa­voir­faire des tailleurs de pierre et ma­çons basques. 3. 4. et 5.

Si­tuée vers Cam­bo-les-Bains, cette ferme la­bour­dine ar­bore une toi­ture à deux pans avec faible pente, peu de dé­bords, une vo­lu­mé­trie pa­ral­lé­lé­pi­pé­dique mas­sive, une fa­çade prin­ci­pale orien­tée à l’est per­cée de nom­breuses ou­ver­tures, une fa­çade ar­rière très peu ou­verte, des murs en pierre dé­co­rés de bois ap­parents peints en rouge brun, dit rouge basque, des vo­lets pleins en bois à barre.

1 1.

Iso­lée sur des ter­ri­toires peu fer­tiles de pâ­tu­rage, la mai­son est une ber­ge­rie, une bor­da, rat­ta­chée à une etxe, te­nue par des en­fants ca­dets.

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