Une ferme ré­in­ves­tie

Maison et Travaux - - Sommaire - Texte : So­phie Gia­gno­ni. Pho­tos : An­to­nio Duarte.

dé­pen­dances com­prises

Lors­qu’elle est ra­che­tée, il y a cinq ans, cette ferme tombe en ruine. Les toi­tures des dé­pen­dances se sont ef­fon­drées et un arbre a pous­sé au coeur d’une d’entre elles. La mai­son d’ha­bi­ta­tion elle-même n’est plus hors d’eau et c’est pour ré­gler un pro­blème d’hu­mi­di­té que ses voi­sins mi­toyens dé­cident fi­na­le­ment d’ac­qué­rir les bâ­ti­ments.

Une gra­vure sur un lin­teau de porte at­teste de l’an­née de construc­tion de la mai­son : 1827. Et, de cette époque, elle conserve as­su­ré­ment ses belles ma­çon­ne­ries ro­bustes en pierre gra­ni­tique. Par la suite, deux dé­pen­dances ont été édi­fiées dans le pro­lon­ge­ment de son pi­gnon : une grange qui ser­vait d’es­pace de sto­ckage pour les ou­tils et de sé­chage pour les ré­coltes, puis une écu­rie pour les ani­maux. Les trois bâ­ti­ments forment un ali­gne­ment de 35 m de long ; ils sont dé­ployés sur un ter­rain en pente res­pon­sable d’im­por­tantes dif­fé­rences de hau­teur de sol de l’un à l’autre, voire au sein de cha­cun. Ja­mais ils n’avaient dis­po­sé de cir­cu­la­tion in­té­rieure, et les deux dé­pen­dances – sans eau ni élec­tri­ci­té – conser­vaient sous leur toi­ture ef­fon­drée des sols en terre bat­tue. Lors­qu’Anaïs­et Ni­co­las dé­cident de ra­che­ter l’en­semble, c’est pour mettre fin à un pro­blème d’hu­mi­di­té cau­sé par cette ferme mi­toyenne de leur ré­si­dence se­con­daire. Mais ils ne s’ar­rêtent pas là…

Un pro­jet am­bi­tieux

Après son ac­qui­si­tion, Anaïs et Ni­co­las sou­haitent trans­for­mer la ferme et ses dé­pen­dances en une vaste mai­son d’hôte. Pour ce­la, il leur faut ou­vrir la mai­son sur ses dé­pen­dances, créer des cir­cu­la­tions, in­ven­ter une dis­tri­bu­tion de l’es­pace, per­cer des fe­nêtres, mettre en oeuvre une isolation… Le tra­vail à ac­com­plir ex­cède de beau­coup une simple ré­fec­tion des toi­tures. Après avoir consul­té plu­sieurs ar­chi­tectes, ils pré­fèrent avoir re­cours aux ser­vices d’un maître d’oeuvre, Georges De­bray, qui

les ac­com­pagne de la concep­tion à la réalisation. L’am­pleur du chan­tier est telle que sa du­rée pou­vait in­quié­ter. Dans un sou­ci d’ef­fi­ca­ci­té, ce­lui-ci est di­vi­sé en trois zones, per­met­tant un rou­le­ment per­ma­nent des corps de mé­tier qui passent d’une bâ­tisse à l’autre en fonc­tion de leur avan­ce­ment. Une me­sure qui a per­mis de ra­me­ner la du­rée de la rénovation à un an.

Re­prise d’en­ve­loppe

La phase la plus longue concerne la ma­çon­ne­rie : de nom­breuses re­prises sont né­ces­saires, des ou­ver­tures sont per­cées, toutes les cloi­sons in­té­rieures sont dé­po­sées ; et tous les murs sont dé­crou­tés, pi­que­tés, re­join­toyés. Les ma­çons uti­lisent des sa­voir-faire tra­di­tion­nels. Par exemple, chaque ou­ver­ture pré­sente des lin­teaux

et des jam­bages en pierre. Les dé­pen­dances voient leur char­pente et leur cou­ver­ture éga­le­ment ré­ha­bi­li­tées à l’an­cienne. Seule conces­sion à la mo­der­ni­té, leurs ar­doises sont po­sées au cro­chet, alors que celles de la mai­son d’ha­bi­ta­tion ori­gi­nelle de­meurent po­sées au clou.

Une isolation performante

Cette en­ve­loppe n’avait ja­mais été iso­lée. Sa toi­ture l’est au­jourd’hui grâce à 240 mm de laine de verre Iso­con­fort. Ses murs ont été dou­blés par l’in­té­rieur de 6 cm de mousse de po­ly­uré­thane pro­je­tée, ma­té­riau qui per­met, d’une part, de rat­tra­per les aplombs et, d’autre part, de bou­cher toutes les ca­vi­tés qui au­raient pu lais­ser l’air et les ron­geurs en­trer. Par-des­sus, 10 cm de laine de verre (GR100) sont po­sés, dou­blés en­core de plaques de plâtre. Quant au sol, après la mise en place d’un film sous dalle an­ti­ter­mite, il est re­cou­vert dans les trois bâ­tisses de 4 cm de po­ly­sty­rène, puis d’une dalle de com­pres­sion de 12 cm, re­cou­verte en­core d’une pré­chape de 8 cm en mousse de po­ly­uré­thane li­quide, sur la­quelle on a po­sé les tuyaux d’un sys­tème de chauf­fage ali­men­té à l’eau chaude. Le tout est re­vê­tu d’une chape de fi­ni­tion sur la­quelle sont ap­pli­qués les re­vê­te­ments : par­quet à lattes larges en chêne brut dans

Le mé­tal, le bois et la pierre créent une at­mo­sphère mo­derne et cha­leu­reuse

cer­taines pièces, car­re­lage dans d’autres. Une chau­dière à gra­nu­lé ul­tra­per­for­mante, de marque Öko­fen, ali­mente en eau chaude les sys­tèmes de chauf­fage par le sol, au rez-de-chaus­sée, et les ra­dia­teurs si­tués à l’étage.

Ali­gne­ment cor­ri­gé et cir­cu­la­tion fa­ci­li­tée

La cir­cu­la­tion entre les trois bâ­tisses s’ef­fec­tuait jus­qu’alors par l’ex­té­rieur. Ren­due in­dis­pen­sable, la créa­tion d’une cir­cu­la­tion in­té­rieure a né­ces­si­té l’ou­ver­ture de portes dans les épais pi­gnons qui les sé­pa­raient. Ces ou­ver­tures sont concen­trées le long de la fa­çade sud, au rez-de-chaus­sée, le long de la fa­çade nord, au pre­mier étage ; un parti pris qui per­met de mul­ti­plier les pers­pec­tives et les échap­pées pour le re­gard. Dans le bâ­ti­ment cen­tral, l’an­cienne grange, le plan­cher d’étage a été par­tiel­le­ment dé­cou­pé, ses pou­trelles uni­que­ment conser­vées sur la lar­geur portent, au­jourd’hui, la pas­se­relle. Entre les deux étages, la cir­cu­la­tion se fait grâce à un es­ca­lier unique, ouvrage fa­çon­né sur me­sure en mé­tal et bois. Cet es­ca­lier est consti­tué d’une pre­mière vo­lée qui des­sert un pa­lier in­ter­mé­diaire, à par­tir du­quel s’élèvent deux vo­lées dis­tinctes qui dis­tri­buent l’étage en le di­vi­sant en deux zones. Portes et fe­nêtres com­prises, la ferme et ses dé­pen­dances pré­sen­taient à l’ori­gine un to­tal de huit ou­ver­tures. Elles en comptent au­jourd’hui 23, portes ou­vertes dans les pi­gnons com­prises. La lu­mière, au­tant que les per­sonnes et les re­gards cir­culent do­ré­na­vant avec flui­di­té ●

Le su­perbe es­ca­lier est au coeur de l’agen­ce­ment des es­paces

À gauche, éle­vée sur deux étages, se trouve l’an­cienne ha­bi­ta­tion de la ferme. Ados­sées à l’un de ses pi­gnons, moins hautes, ses dé­pen­dances ont été construites dans son pro­lon­ge­ment. Celle qui est mi­toyenne de l’ha­bi­ta­tion était au­tre­fois une grange de sto­ckage pour les ré­coltes et les ou­tils ; la deuxième abri­tait les ani­maux. Les dif­fé­rences de hau­teur et de pente de toi­ture, ain­si que leur vo­lu­mé­trie, per­mettent de les dis­tin­guer net­te­ment.

3. L’épais mur pi­gnon entre l’an­cienne ha­bi­ta­tion et la grange de sto­ckage a été ou­vert de part et d’autre de la che­mi­née pour ac­cen­tuer la flui­di­té entre les deux bâ­tisses, et mul­ti­plier les points de vue de l’une sur l’autre. 3

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Dans la cui­sine, le plan de tra­vail et la vasque sont en pierre bleue du Hai­naut, un ma­té­riau noble de belle fac­ture.

Ils sont as­so­ciés à des meubles fa­bri­qués sur me­sure, en chêne.

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Avant d’ac­cueillir cette chambre, l’an­cienne écu­rie a dû être iso­lée. Ses murs en pierre ont été re­cou­verts de mousse po­ly­uré­thane pour rat­tra­per les aplombs et bou­cher les trous d’ac­cès ou­verts aux ron­geurs, puis dou­blés de 10 cm de laine de verre, ha­billés de 2 plaques de plâtre. Plaques de plâtre qui re­couvrent éga­le­ment les 240 cm de laine de verre Iso­con­fort qui isolent la toi­ture.

2. Toutes les chambres créées dis­posent de leur salle de bains. Dans l’an­cienne écu­rie, celle-ci a trou­vé place der­rière une tête de lit ma­çon­née qui struc­ture la pièce.

3. Le pa­lier du pre­mier étage des­sert, d’un cô­té, la pas­se­relle ; de l’autre, une chambre et un nou­vel es­ca­lier à quart tour­nant qui s’élève tout en fi­nesse et aé­rien que l’es­pace ré­duit qui lui est at­tri­bué.

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