Jar­di­ner au na­tu­rel

Maison et Travaux - - Sommaire - Par Cy­rille Mau­ry.

Les bons ré­flexes

L’époque est au bio et à la fru­ga­li­té. D’au­tant que l’in­ter­dic­tion dé­fi­ni­tive de la vente et de l’uti­li­sa­tion de pro­duits phy­to­sa­ni­taires de syn­thèse in­ter­vient à par­tir du 1er jan­vier 2019. Mais un jar­din na­tu­rel de­mande plus de vi­gi­lance et d’an­ti­ci­pa­tion. Pour réus­sir ce chan­ge­ment, il faut re­don­ner ses droits à la na­ture, uti­li­ser des mé­ca­nismes na­tu­rels, ob­ser­ver et agir au bon mo­ment. Voi­ci un pa­no­ra­ma des moyens et so­lu­tions pos­sibles pour de­ve­nir un éco­jar­di­nier heu­reux.

Jar­di­ner au na­tu­rel re­lève du bon sens et res­pecte quelques prin­cipes : pré­ser­ver les res­sources – le sol et l’eau –, fa­vo­ri­ser la bio­di­ver­si­té vé­gé­tale et ani­male, suivre les sai­sons, pri­vi­lé­gier les va­rié­tés lo­cales et dé­ve­lop­per des ré­flexes an­ti­gas­pillages au quo­ti­dien. Avant tout, la connais­sance de l’en­vi­ron­ne­ment de son jar­din est in­dis­pen­sable. La com­po­si­tion du sol, la plu­vio­mé­trie, les tem­pé­ra­tures, les zones en­so­leillées et om­bra­gées sont des pa­ra­mètres à prendre en compte, en amont de la créa­tion ou du ré­amé­na­ge­ment du jar­din. De ces in­di­ca­tions, dé­pendent la sé­lec­tion des plantes, leurs im­plan­ta­tions, le choix des en­grais et des mé­thodes pré­ven­tives pour s’as­su­rer que cet éco­sys­tème fra­gile et sen­sible pros­père en ne né­ces­si­tant qu’un minimum d’en­tre­tien.

Mi­ser sur le lo­cal pour les es­sences

En jar­din d’agré­ment, il s’agit dé­jà de pri­vi­lé­gier des plantes rus­tiques de­man­dant peu d’en­tre­tien, des es­pèces lo­cales ou spon­ta­nées adap­tées au sol et au cli­mat. Et de li­mi­ter les plantes exo­tiques plus fra­giles et par­fois in­va­sives. En­suite, il faut mixer des plantes aux ra­cines su­per­fi­cielles ou pi­vo­tantes pour oc­cu­per toute la pro­fon­deur du sol et as­so­cier des es­sences qui s’au­to­pro­tègent, in­ter­agissent et ré­sistent aux ma­la­dies. Autres choix stra­té­giques :

rem­pla­cer son ga­zon par une prai­rie fleu­rie né­ces­si­tant moins d’en­tre­tien et d’eau, grâce à des plantes pion­nières spon­ta­nées, c’est-à- dire na­tu­rel­le­ment pré­sentes aux alen­tours. De même, il faut créer des haies vives avec des plantes à feuillage ca­duc pour at­ti­rer les in­sectes et les oi­seaux. Plan­ter des ar­bustes épi­neux est conseiller pour fa­vo­ri­ser la ni­di­fi­ca­tion. Et ins­tal­ler des plantes mel­li­fères est bé­né­fique pour les abeilles, tan­dis que la créa­tion de points d’eau fa­vo­rise la bio­di­ver­si­té. En jar­din nour­ri­cier, l’en­jeu est de sé­lec­tion­ner des lé­gumes bio ( pommes de terre, to­mates...), de mettre en place la ro­ta­tion des cultures pour pré­ser­ver la fer­ti­li­té du sol, d’as­so­cier cer­taines es­pèces ou, au contraire, de les éloi­gner pour évi­ter la trans­mis­sion des ma­la­dies ou fa­ci­li­ter le développement des ra­va­geurs.

En­grais : pas­ser au vert

Pre­mier conseil éco­lo­gique : il faut uti­li­ser des en­grais or­ga­niques na­tu­rels au prin­temps et à l’au­tomne, pour re­dy­na­mi­ser le sol avec des élé­ments nu­tri­tifs as­su­rant la crois­sance des plan­ta­tions. Il peut s’agir d’en­grais simples, is­sus d’une seule ma­tière pre­mière ap­por­tant l’azote né­ces­saire aux plantes, ou d’en­grais com­plets, éla­bo­rés à par­tir de plu­sieurs ma­tières or­ga­niques ame­nant l’azote, le phos­phore et le po­tas­sium. Sans ou­blier les oli­go­élé­ments né­ces­saires à la crois­sance. Leur temps de dé­com­po­si­tion étant plus lent que les en­grais chi­miques, il faut les mettre plus avant et au bon mo­ment. De même, la pra­tique cultu­rale doit être adap­tée en rem­pla­çant le re­tour­ne­ment de la terre en ma­rai­chage et jar­di­nage par une aé­ra­tion au moyen d’une gre­li­nette ou d’une bi­nette. Cette pré­pa­ra­tion du sol évite d’en­fouir la ma­tière or­ga­nique en mé­lan­geant les dif­fé­rentes couches de terre, fa­ci­lite la pé­né­tra­tion de l’air et de l’eau, li­mite les herbes in­dé­si­rables qui pro­fitent de l’hu­mi­di­té du ter­rain et ne per­turbe pas les or­ga­nismes vi­vants. Les com­posts sont la meilleure so­lu­tion pour en­ri­chir la te­neur en hu­mus du sol et dé­ve­lop­per les ra­cines. Le pro­ces­sus : uti­li­ser des or­ga­nismes vi­vants – bac­té­ries, moi­sis­sures, vers... – pour désa­gré­ger les dé­chets or­ga­niques et vé­gé­taux. Pour le jar­din et le po­ta­ger : les ma­té­riaux bruns (tiges sé­chées, bois broyé, feuilles mortes...) et verts (ma­té­riaux sans struc­ture, herbes, dé­chets de tonte...). Pour la cui­sine : les dé­chets com­pos­tables (éplu­chures, écorces, restes de re­pas...), à l’ex­cep­tion des viandes, du pois­son, des co­quillages ou en­core des li­tières des ani­maux de com­pa­gnie.

Com­pos­tage, le geste com­plé­men­taire

L’en­jeu est de créer les condi­tions de vie né­ces­saires à ces or­ga­nismes en as­so­ciant nour­ri­ture, hu­mi­di­té et aé­ra­tion. Il s’agit de su­per­po­ser les couches de dé­chets pour ré­col­ter le com­post ma­ture au bout de quatre à huit mois, voire plus, en fonc­tion des condi­tions et des in­gré­dients. Ce­la peut se faire d’une ma­nière ar­ti­sa­nale (un simple tas iso­lé) ou en uti­li­sant des équi­pe­ments adap­tés : un fût com­pos­teur de 300 à 500 litres pour des sur­faces de 200 à 400 m2, et des si­los au-de­là. L’idéal est de les pla­cer à proxi­mi­té de la cui­sine, avec de la place pour re­tour­ner ré­gu­liè­re­ment le com­post et sto­cker des ma­té­riaux bruns pour équi­li­brer le mé­lange. Un com­post jeune (se­mi-dé­com­po­sé) amé­liore un sol pauvre et sa­bleux en au­tomne et ap­porte de la consis­tance à la terre. Le com­post mûr est ré­ser­vé au prin­temps pour les sols ar­gi­leux et com­pacts, les plan­ta­tions sen­sibles ; il fer­ti­lise la terre des se­mis ou, en au­tomne, les pe­louses. Il faut épandre un à cinq litres par mètre car­ré et in­cor­po­rer par bi­nage ou mé­lan­ger avec le ter­reau. À no­ter, éga­le­ment, le développement de mi­ni­com­pos­teurs d’une ca­pa­ci­té de trois à quatre litres pour les bal­cons, les pa­tios et les jar­dins ur­bains.

Les en­grais or­ga­niques na­tu­rels sont in­dis­pen­sables au prin­temps et à l’au­tomne pour re­dy­na­mi­ser le sol

1 1. Une très grande di­ver­si­té et l’om­ni­pré­sence des fleurs règnent dans ce po­ta­ger ju­ras­sien.

BOTANIC.

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