LA RUÉE VERS L’ORNE

Maisons Normandie - - Destination - Texte : M.a.benjamin / Photos : CDT Orne.

Loin des au­to­routes, l'orne a conser­vé nombre de ses pe­tites routes sillon­nant cam­pagnes et bo­cages ver­doyants, abri­tant un riche pa­tri­moine de pe­tites ci­tés et de vil­lages à l'ha­bi­tat an­cien pré­ser­vé. Ni­ché dans un écrin de sous-bois et de fo­rêts, voi­ci le der­nier em­blème de la Gaule che­ve­lue. Ne per­dez pas de temps : ve­nez à sa ren­contre !

Le Perche se pré­sente comme l'es­pace le plus boi­sé entre Seine et Loire et abrite un royaume de fo­rêts denses, d'arbres ma­jes­tueux à fûts éle­vés et d'eau vive abon­dante. C'est aus­si, de toutes les ré­gions or­naises, celle qui est la plus proche de Pa­ris. L'uni­té de cette an­cienne pro­vince a tou­jours été pré­caire et son ter­ri­toire a été le plus sou­vent mor­ce­lé. À l'époque mé­dié­vale, une ligne de fos­sés sé­pa­rait la Nor­man­die du Perche, dans ses fron­tières sep­ten­trio­nales, du cô­té de la val­lée de l'avre. Il est pos­sible que cette mu­raille ait été consti­tuée, en par­tie, lors des guerres qui op­po­sèrent la jeune mo­nar­chie ca­pé­tienne à la Nor­man­die an­glaise, hé­ri­tière des Vi­kings. Bel­lême, jus­qu'en 1789, abri­te­ra le siège des états du Perche. La ré­gion est ca­rac­té­ri­sée par une géo­mor­pho­lo­gie is­sue de l'ère se­con­daire : craies, couches de sable et ar­giles

Bel­lême conserve de nom­breux té­moi­gnages de son pas­sé mil­lé­naire

à si­lex ont consti­tué l'os­sa­ture des bâ­tis en même temps qu'ils per­met­taient, grâce à leur ré­sis­tance à l'éro­sion, de sta­bi­li­ser les re­liefs et de fa­vo­ri­ser le dé­ve­lop­pe­ment des fo­rêts de Se­nonches, Bel­lême et Ré­no-val­dieu. Dans cer­tains sec­teurs, les res­sources en ar­giles ont ali­men­té bri­que­te­ries et tui­le­ries dont les ac­ti­vi­tés furent flo­ris­santes au­tre­fois. Sur les mai­sons de pays, les en­tou­rages de briques au­tour des portes et fe­nêtres, ain­si que les tuiles plates en toi­tures en four­nissent de nom­breux té­moi­gnages, tan­dis que le si­lex se re­trouve dans les sou­bas­se­ments, no­tam­ment dans le sec­teur de Lon­gny-au-perche. La pierre ty­pique du Perche or­nais est le gri­son, une sorte de moel­lon ag­glu­ti­né par du mi­ne­rai de fer.

À l'époque ro­maine, le Perche dé­pend pour une part de Rouen, pour l'autre de Tours et, au Moyen Age, il est un temps où on le dé­signe sous le nom de Cor­bon­nais, le vil­lage de Cor­bon dans l'orne étant alors sa ca­pi­tale. Of­fi­ciel­le­ment, il naît en 1115 de la fu­sion du Com­té de Mor­tagne et des sei­gneu­ries de Bel­lême et Nogent. Mais il est tou­jours im­pos­sible d'en fixer les fron­tières avec pré­ci­sion. Lorsque les sei­gneurs de Ro­trou ac­quièrent la su­pré­ma­tie, l'uni­té po­li­tique semble se des­si­ner, bien que sub­sistent des in­fluences en­core dis­tinctes : Mor­tagne dé­pend de la Cou­ronne, tan­dis que Nogent-le-ro­trou bé­né­fi­cie d'une plus large au­to­no­mie. À la veille de la Ré­vo­lu­tion, le Perche est par­ta­gé en trois gou­ver­ne­ments : Maine et Perche, Ile-de-france et Or­léa­nais. Au­jourd'hui, les ter­roirs his­to­riques se ré­par­tissent sur quatre dé­par­te­ments. Au nord, le Grand Perche, prin­ci­pa­le­ment sur le dé­par­te­ment de l'orne, avec Mor­tagne et Bel­lême, à l'ex­cep­tion no­table, tou­te­fois, de Nogent-le­ro­trou, si­tué en Eure-et-loir. Au sud, le Bas­perche ou Perche Gouët (du nom d'une fa­mille de no­tables), d'au­thon, Mont­mi­rail et Brou, com­munes éga­le­ment im­plan­tées en Eure-et-loir. On compte, aus­si, quelques vil­lages sur la fron­tière nord de la Sarthe, re­grou­pés au­tour de Ma­mers. En­fin, la Pro­vince pos­sède une en­clave au sud de Châ­teau­dun, en Loir-et-cher, il s'agit du Perche ven­dô­mois.

Sept ter­ri­toires com­posent la pa­lette du dé­par­te­ment. À l'est, aux portes de l'orne, s'étend le Perche, ses ma­noirs et ses douces col­lines vertes qui se suc­cèdent. Au-de­là, vous voi­ci dans le Pays d'alen­çon, sa fo­rêt gi­boyeuse, ses tra­di­tions bien vi­vantes et son pa­tri­moine, la den­telle la plus fine du monde. En­suite s'ouvre le Pays du Bo­cage et la Suisse Nor­mande, ses ver­gers de poi­riers au sud tranchent avec les re­liefs ro­cheux au nord. Il vous reste en­core à dé­cou­vrir la Ré­gion des Ha­ras, terre du che­val, émaillée de châ­teaux de ca­rac­tère et de ha­ras, puis l'in­con­tour­nable par­tie or­naise du pays d'auge, terre na­tale du Ca­mem­bert. Ja­mais un fro­mage n'au­ra aus­si bien in­car­né l'image gé­né­reuse du bo­cage nor­mand où les vaches paissent tran­quille­ment et donnent un lait d'une qua­li­té unique, odo­rant et onc­tueux. C'est à Ma­rie Ha­rel que l'on doit l'ori­gine d'une li­gnée de fro­ma­gers qui ont po­pu­la­ri­sé ce pro­duit rus­tique qui se dé­guste cré­meux ou crayeux avec, pour­quoi pas, un bon verre de cidre fer­mier !

La porte Saint Sau­veur à Bel­lême (CDT Orne).

Ci-contre : ju­chée à 225 mètres d'altitude, une po­si­tion do­mi­nante pour le Perche, Bel­lême fut ja­dis une place forte. Les noms de rues du centre an­cien le rap­pellent : rue Ville-close, pas­sage de la Herse, fos­sé de l'hor­loge (Da­vid Com­men­chal). / Ci-des­sous : par la rue Ville-close, on ac­cède au coeur de ville an­cien (Da­vid Com­men­chal).

Ci-des­sus : les cam­pagnes de Sé­ri­gny et au fond la fo­rêt de Bel­lême (Da­vid Com­men­chal). Ci-contre : au fil de ruelles pa­vées ja­lon­nées de mai­sons an­ciennes et d'hô­tels par­ti­cu­liers (Da­vid Com­men­chal).

Mor­tagne au Perche. Au 1er plan, les Halles, à l'ar­rière-plan la Mai­son à la Tou­relle (XVIE s), qui fut ja­dis une au­berge. La tou­relle d'angle en en­cor­bel­le­ment, coif­fée d'un toit en poi­vrière, pré­sente un ca­dran so­laire cor­di­forme (Da­vid Com­men­chal).

Ci-contre : le ma­noir de Beau­mon­cel dans le­quel fut in­ven­tée la re­cette du ca­mem­bert (CDTORNE). Ci-des­sous : dans le Pays du Ca­mem­bert (J.-R. De­key­ser).

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