DIEPPE

Construite sur un amas de ga­lets à l'em­bou­chure du fleuve qui lui don­na son nom, la ville de Dieppe s'est en­suite éten­due sur les hautes fa­laises qui la do­minent.

Maisons Normandie - - Sommaire - Re­por­tage : M. A. Benjamin – Cré­dit Pho­tos : Yann Pel­cat sauf men­tions contraires

Ce n'est qu'après la conquête de l'an­gle­terre (1066) que se créée là une vé­ri­table ville : les Nor­mands ont be­soin de dé­ve­lop­per les ports en Manche de chaque cô­té de leur royaume. At­ta­quée par le roi de France, Phi­lippe Au­guste, Dieppe est ra­sée en 1195. Re­cons­truite, la ville se dote de for­ti­fi­ca­tions au XIVE. Dieppe est li­mi­tée à l'ouest par la fa­laise sur la­quelle s'ins­talle le châ­teau-fort (XVE), au nord par la mer, à l'est par la rive du fleuve (de­ve­nu l'arques) et au sud par des ma­ré­cages. Sur l'autre rive de l'arques, au pied de la fa­laise d'amont, s'étend le fau­bourg du Pol­let ; un pont le re­lie à Dieppe au XVIE siècle. En 1616, à la suite d'une vio­lente tem­pête, un amas de ga­lets s'ac­cu­mule à l'est, pro­vo­quant le dé­pla­ce­ment du che­nal. C'est la nais­sance d'un nou­veau fau­bourg, dès 1620, dont les mai­sons, mo­destes, s'ap­puient le long de la mu­raille. Ce quar­tier prend le nom de “pe­tit Veules” quand, après l'in­cen­die de leur vil­lage en 1640, les pê­cheurs de Veules-les-roses s'y ins­tallent. C'est au “Pe­tit Veules”, voué, comme Le Pol­let, à l'ac­ti­vi­té des pê­cheurs, que des cor­de­ries s'ins­tallent dès le XVIIE siècle. En 1694, Dieppe est dé­truite, à nou­veau, par une flotte an­glo-hol­lan­daise ; seuls le Pol­let et une par­tie du pe­tit Veules sont épar­gnés. Louis XIV exige la re­cons­truc­tion im­mé­diate de la ci­té, se­lon les normes de l'ur­ba­nisme clas­sique. Écar­tant le pro­jet de l'in­gé­nieur Pei­ro­net, qui pré­voyait la re­cons­truc­tion de Dieppe dans la plaine proche de Roux­mes­nil-bou­teilles, le Roi ac­cepte le plan de Vau­ban, qui re­prend le tra­cé de la ville an­cienne en la ré­gu­la­ri­sant mais élar­git sys­té­ma­ti­que­ment les rues et les places.

À par­tir d'un don­jon (XIVE siècle), le châ­teau en si­lex et grès fut construit par le ca­pi­taine Des­ma­rets après 1435 pour dé­fendre la ville contre les An­glais au cours de la guerre de Cent Ans. Il était re­lié aux for­ti­fi­ca­tions qui en­ser­raient Dieppe. Le châ­teau fort de Dieppe est le siège du pou­voir royal, du XVE siècle à la Ré­vo­lu­tion fran­çaise ; d'un point de vue stra­té­gique, il peut être consi­dé­ré comme un avant-poste du châ­teau si­tué à Arques. Il conserve un rôle dé­fen­sif et mi­li­taire jus­qu'en 1886, rôle qu'il re­trou­ve­ra pen­dant les deux guerres mon­diales. Siège du gou­ver­neur de la ci­té jus­qu'à la Ré­vo­lu­tion Fran­çaise, lieu de gar­ni­son jus­qu'en 1820, le châ­teau a été agran­di et re­ma­nié à plu­sieurs re­prises au cours des siècles. Ra­che­té par la Ville, il de­vient mu­sée en 1923 et abrite, en outre, une ex­cep­tion­nelle collection d'ivoires sculp­tés. Au XVIIE siècle, ca­drans so­laires, sta­tuettes, râpes à ta­bac, por­traits en mé­daillons at­testent d'une ac­ti­vi­té flo­ris­sante. Au siècle sui­vant, la pro­duc­tion connaît une va­rié­té et un raf­fi­ne­ment in­éga­lés. L'ère tou­ris­tique du XIXE siècle, avec sa cen­taine d'ivoi­riers, amène une pro­duc­tion tant po­pu­laire que de grands chefs d'oeuvre, tels les voi­liers ou les pièces prin­cières.

Le châ­teau de Dieppe, siège du pou­voir royal

Dieppe fi­gure en tête des plus grands ports co­quillards de France avec plus de 2000 tonnes de co­quilles Saint-jacques dé­bar­quées chaque an­née. Une flotte de 80 co­quillards, cha­lu­tiers et fi­leyeurs et plus de 5000 tonnes de pro­duits dé­bar­qués co­quille Saint-jacques, bar, do­rade grise, ha­reng, ho­mard, sole, ca­billaud, bu­lot, ma­que­reau… - font la re­nom­mée de la place diep­poise. La pêche au ha­reng est aus­si à l'ori­gine d'une ac­ti­vi­té qui oc­cu­pait toute une par­tie de la po­pu­la­tion : le sau­ris­sage (ou fu­mage). Chaque an­née, la foire au ha­reng et à la co­quille Saint-jacques se dé­roule en no­vembre. Dès le Moyen Âge, la pêche au ha­reng, qui, ve­nu de la mer du Nord, longe les côtes de la Manche en no­vembre, re­vêt une im­por­tance consi­dé­rable dans un monde ch­ré­tien qui to­ta­lise plus de 120 jours de jeûne an­nuels : ain­si, les An­glais le sur­nomment “le roi des pois­sons”, les ha­bi­tants du Pays de Caux “le pou­let de Dieppe”. On or­ga­nise à par­tir du XIE siècle l'ache­mi­ne­ment du ha­reng vers Pa­ris par le “chasse-ma­rée” ti­ré par 4 à 6 che­vaux ; ce voyage se fait en train à par­tir de 1848. Au­jourd'hui, Dieppe, Bou­logne et Fé­camp re­pré­sentent 98 % de la pro­duc­tion fran­çaise de ha­reng.

Mai­sons ty­piques du quar­tier du Pol­let, le quar­tier des pê­cheurs de­puis le Moyen Âge.

Le Puits sa­lé et le Ca­fé des Tri­bu­naux.

La cour in­té­rieure du châ­teau-mu­sée de Dieppe.

Ci-des­sus : re­tour de pêche : co­quilles Saint Jacques (Jean De­caux). Ci-des­sous : re­tour de pêche : bu­lots (Jean De­caux).

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