MA­RIAGE VÉ­CU

PAULINE ET AN­TOINE ONT CHOI­SI DE SE MA­RIER DANS UN MAS PRO­VEN­ÇAL, LE MAS DE PEINT, POUR KID­NAP­PER LE SO­LEIL DU MOIS DE MAI, ET CONCI­LIER LEURS DEUX PAS­SIONS, LA CHASSE ET LE CHE­VAL.

Mariages - - Sommaire - PAR ANNE CLU­ZEL PHO­TOS MAXIME VAN­TORRE

LA CA­MARGUE AU SON DES CORS

Blanc vir­gi­nal, vert pro­ven­çal, et des bou­gies par mil­liers

Le 17 mai 2014, Pauline et An­toine se re­trouvent en­tou­rés de leur fa­mille et de leurs amis, pour se prê­ter ser­ment dans la somp­tueuse pri­ma­tiale d’Arles. L’al­lée prin­ci­pale était ponc­tuée de grosses têtes d’hor­ten­sias blancs et de branches d’olivier noués d’un ru­ban de sa­tin dont les pans re­tom­baient jus­qu’à terre. Sobres et élé­gants, deux ma­jes­tueux vases dé­bor­dants des mêmes fleurs trô­naient de part et d’autre de l’au­tel. Sur les marches de ce der­nier, une tren­taine de cierges blancs fai­saient va­ciller leurs flammes dans des pho­to­phores en verre, de tailles dif­fé­rentes. Dans cette am­biance à la fois gran­diose par le lieu et fée­rique par la dé­co­ra­tion, Pauline ar­ri­va au bras de son père. Elle por­tait une robe bus­tier, Ro­sa Clara, très près du corps, en­tiè­re­ment en den­telle in­crus­tée de brillants et ter­mi­née par une longue traîne tom­bant en ar­ron­di sur le sol. Un voile bor­dé de la même den­telle avait été fixé avec dex­té­ri­té sur le haut d’un chi­gnon à boucles par Jean Car­los de Blas, coif­feur ve­nu spé­cia­le­ment de Londres et qui re­coif­fa Pauline entre la messe et le cock­tail.

Une cé­ré­mo­nie ori­gi­nale

Pauline, pas­sion­née de chasse, rê­vait d’une messe de ma­riage au son des cors de chasse, telle une messe de Saint-Hu­bert, pa­tron des chas­seurs. Mais la pri­ma­tiale Saint-Tro­phime ne se prê­tait guère à l’in­no­va­tion, pas plus que son oncle Achille qui cé­lé­brait la messe. Il lui fal­lut user de toute sa force de per­sua­sion pour réus­sir à faire son­ner un ma­gni­fique Ave Ma­ria par les son­neurs du Ral­lye-Trompes du Mont-Ven­toux ; vê­tus de leurs te­nues bleu fon­cé contras­tant avec l’or de leurs ins­tru­ments, ils en­tou­raient les ma­riés de­vant l’au­tel avec faste et ma­jes­té, sous les yeux éba­his des en­fants d’hon­neur. Le cor­tège se com­po­sait de trois gar­çons et deux filles en robes et ber­mu­das blancs, ac­ces­soi­ri­sés d’une large cein­ture de smo­king rose pâle, le tout confec­tion­né par Cyrillus. Les pe­tites filles ar­bo­raient aus­si une jo­lie cou­ronne de branches d’olivier et de fleurs blanches, co­or­don­née à la bou­ton­nière des pères et des té­moins. Le rouge pour les femmes et le fuch­sia pour les hommes créaient une sym-

pho­nie au­tour de la ky­rielle de té­moins, au nombre de douze. Pé­tales de roses et son­neurs de trompes ac­cla­mèrent la sor­tie des nou­veaux époux sous le ma­gni­fique porche ro­man du xii siècle.

Une ma­nade d’ex­cep­tion

Une ma­nade, en Pro­vence, est le nom don­né à un trou­peau de tau­reaux et de che­vaux ; le Mas de Peint, cé­lèbre hô­tel­res­tau­rant de la ré­gion est ré­pu­té aus­si pour ses pro­me­nades équestres en Ca­margue et sa si­tua­tion au coeur d’une vé­gé­ta­tion luxu­riante et d’une im­mense pièce d’eau ro­man­tique. L’en­droit réunis­sait tous les voeux de Pauline et d’An­toine, une ré­gion en­so­leillée, un lieu insolite et la pré­sence des che­vaux, chère au ma­rié dont le père est éle­veur en Nor­man­die. C’est au vo­lant d’une au­then­tique et ru­ti­lante Coc­ci­nelle dé­ca­po­table que les ma­riés par­cou­rurent les quelques ki­lo­mètres qui séparent Arles du Mas de Peint. Juste le temps d’en­le­ver le voile, de re­tou­cher la coif­fure, et en piste pour une sé­rie de pho­tos en amou­reux, avant l’ar­ri­vée des in­vi­tés pour le cock­tail. Les buf­fets avaient été pla­cés près de l’étang afin de pro­fi­ter d’un su­perbe cou­cher de so­leil ; les Tzi­ganes égre­nèrent leur mu­sique par­mi les convives et ani­mèrent le lan­cer du bou­quet de la ma­riée sous les ap­plau­dis­se­ments.

Le cham­pagne cou­la à flots, les buf­fets tra­di­tion­nels cô­toyèrent ceux de sushis, foie gras et Pa­ta Ne­gra. Dé­jà les en­fants d’hon­neur cou­raient par­mi les in­vi­tés, son­nant une cloche à toute vo­lée ou bran­dis­sant une pancarte : “À table”. Dans l’eu­pho­rie gé­né­rale, les convives se pres­sèrent vers la ber­ge­rie, lieu du dî­ner. De­vant son mo­nu­men­tal por­tail de bois, les plans de tables che­vau­chaient de vé­ri­tables selles de gar­dian. Le ton était don­né, le thème prêt à se dé­cli­ner. Bai brun, ale­zan et isa­belle, cou­leurs des robes de che­vaux don­nèrent leurs noms aux tables. En pé­né­trant dans la ber­ge­rie, la sur­prise était to­tale. Contras­tant avec la lu­mi­no­si­té de l’ex­té­rieur, la longue al­lée qui mène à la salle de re­pas était plon­gée dans la pé­nombre. Une cen­taine de bou­gies éclai­raient les man­geoires et les poutres de bois. Lon­geant un che­min blanc, d’énormes bal­lots de paille sou­te­naient des lan­ternes po­sées sur des mi­roirs re­flé­tant la flamme de bou­gies.

La ma­gie d’un dî­ner aux chan­delles

Sur cinq lustres en fer for­gé noir, une tren­taine de bou­gies dan­saient dans des ver­rines. Au­cune lu­mière ar­ti­fi­cielle, juste la fée­rie du feu. Un dé­cor en­tiè­re­ment réa­li­sé avec la com­pli­ci­té de Bou­gies La Fran­çaise. Tables et chaises étaient so­bre­ment ha­billées de blanc. Au centre de la table, un mi­roir rond ren­voyait les re­flets des ver­rines sus­pen­dues au feuillage d’un bou­quet de ver­dure pi­qué dans un vase fi­li­forme d’un mètre de haut. Au pied de ce vase, bou­gies striées fa­çon soie et fleurs d’hor­ten­sias com­plé­taient cet en­semble aé­rien et spec­ta­cu­laire. La table des ma­riés se vou­lait dif­fé­rente mais en ac­cord, avec des tiges d’hor­ten­sias plan­tées dans de hauts vases cy­lin­driques, in­ter­ca­lés dans un sen­tier de bou­gies. Ce tra­vail pro­di­gieux a été réa­li­sé par le ta­len­tueux Sé­bas­tien, fleu­riste d’Arles. Un étrier d’ar­gent, pa­ré d’un ru­ban gris per­son­na­li­sé aux pré­noms des ma­riés, for­mait un dé­cor raf­fi­né et un ca­deau d’in­vi­té sin­gu­lier.

Sur le me­nu en pa­pier co­ton écru, aux ini­tiales en­tre­la­cées des ma­riés, le chef du Mas de Peint, Olivier Rayon, pro­po­sait son ho­mard, sui­vi d’un fi­let de ca­nette et d’un crous­tillant au cho­co­lat.

Un spec­tacle in­at­ten­du

Aux douze coups de mi­nuit, lors de la mise en place des des­serts, les ma­riés et les convives furent in­vi­tés à sor­tir de­hors. Et quel ne fut pas leur éton­ne­ment de dé­cou­vrir un tout autre cadre que ce­lui qu’ils avaient lais­sé à la fin du cock­tail. Pen­dant le dî­ner, des far­fa­dets avaient al­lu­mé des lu­cioles tout au long des al­lées, des mas­sifs, et des re­bords de fe­nêtres ; de chaque arbre pen­daient des guir­landes de lu­mi­gnons dont les flammes dan­saient au vent. Des cen­taines de bou­gies ac­cro­chées aux branches d’un bos­quet for­maient une sorte d’abri où l’on pou­vait s’al­lon­ger sur un ta­pis blanc, le nez dans les étoiles. Sur l’étang, les coeurs des né­nu­phars bou­gies je­taient çà et là leurs lu­mières va­cillantes. Puis, tout à coup, dans ce dé­cor ma­gique, le si­lence fut in­ter­rom­pu par une ca­val­cade fra­cas­sante et, du fond de la nuit, ap­pa­rurent trois gar­dians en te­nue d’ap­pa­rat, sur leurs che­vaux lan­cés au ga­lop. Ils s’ar­rê­tèrent net dans un ha­lo de pous­sière, juste de­vant Pauline et An­toine, pour “rendre les hon­neurs” : l’un of­frit un bou­quet à la ma­riée, un autre une plaque de concours aux pré­noms des ma­riés et da­tée du jour J.

Pis­cine et ca­no­tier de ri­gueur

Bien que la nuit fût très courte, le len­de­main un brunch était or­ga­ni­sé au­tour de la pis­cine, bien ca­chée dans un nid de ver­dure et don­nant sur des prai­ries où les che­vaux de Ca­margue, à la jo­lie robe perle, brou­taient tran­quille­ment. Les in­vi­tés avaient tous joué le jeu, en ar­bo­rant des ca­no­tiers blancs aux ru­bans de cou­leurs dif­fé­rentes. Après le re­pas, cer­tains pa­res­sèrent au so­leil sur des chaises longues, tan­dis que les plus cou­ra­geux al­lèrent faire une pro­me­nade à che­val à tra­vers la Ca­margue.

UN SER­MENT D’AMOUR, EN TOUTE

CONFI­DEN­TIA­LI­TÉ.

SUR LES MARCHES DE L’AU­TEL, UNE TREN­TAINE DE CIERGES DANS DES PHO­TO­PHORES DE VERRE AP­PORTENT LA TOUCHE DE SÉ­RÉ­NI­TÉ,

AP­PRO­PRIÉE AU LIEU.

MA­RIÉS

ET EN­FANTS D’HON­NEUR, FAS­CI­NÉS PAR LES SON­NEURS DE CORS.

SI­GNA­TURE

AN­TOINE,

ET

AP­PLI­QUÉE DE

PAULINE

COR­RO­BO­RÉE PAR LEURS DOUZE TÉ­MOINS.

SEULE

SOURCE DE LU­MIÈRE, DES MIL­LIERS DE BOU­GIES SCIN­TILLENT DE­DANS ET DE­HORS.

À

MI­NUIT, LES GAR­DIANS À CHE­VAL VIENNENT RENDRE LES HON­NEURS AUX MA­RIÉS.

SUR

LES TABLES ET LES LUSTRES, LES LU­MI­GNONS DONNENT UNE AM­BIANCE FÉE­RIQUE. DE CHARME, L’ÉTRIER D’AR­GENT AUX PRÉ­NOMS DES MA­RIÉS

COMME CA­DEAU D’IN­VI­TÉ.

DÉ­TAIL

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