AMOUR ÉTER­NEL

RARE, PUR ET AB­SO­LU, LE DIA­MANT EST LE SYM­BOLE UL­TIME DE L’AMOUR.

Mariages - - Sommaire - PAR MOR­GANE SOULARUE

Croyances et lé­gendes

Le dia­mant est de­puis la nuit des temps la plus convoi­tée des pierres pré­cieuses, in­car­na­tion su­prême de l’amour. Les Grecs lui don­nèrent son nom, “ada­mas”, qui si­gni­fie in­vin­cible, in­domp­table et sym­bo­lise l’éter­ni­té de l’amour. Pour les Ro­mains, les dia­mants étaient des “pous­sières d’étoile”, alors que chez les In­diens, ils étaient consi­dé­rés comme des ta­lis­mans. Les rois les ont por­tés comme sym­bole de force, de cou­rage et d’in­vin­ci­bi­li­té. Les reines les ar­bo­raient pour le pou­voir et la pas­sion. La lé­gende dit même que le dia­mant pro­té­geait ce­lui qui le por­tait du feu, des poisons et des vo­leurs… C’est au xve siècle, en Eu­rope, que la tra­di­tion ro­man­tique naît, qui veut qu’on offre une bague avec un dia­mant comme gage d’amour et d’en­ga­ge­ment. En 1477, la prin­cesse Ma­rie de Bour­gogne re­çoit cette pre­mière preuve d’amour de l’ar­chi­duc Maxi­mi­lien d’Autriche. Elle mit l’an­neau au troi­sième doigt de sa main gauche, se­lon la croyance égyp­tienne dite de la “veine d’amour”, qui pré­tend que le coeur est ain­si re­lié à l’an­nu­laire gauche. Des siècles plus tard, le dia­mant in­carne tou­jours l’amour.

Un mys­tère étin­ce­lant

C’est du coeur de la terre que jaillit le dia­mant, ré­sul­tat de la cris­tal­li­sa­tion du car­bone pur. On a dé­cou­vert les pre­miers en Inde, il y a en­vi­ron 2 800 ans. On les trouve au­jourd’hui dans les dé­serts comme dans les fonds ma­rins, en Afrique, en Aus­tra­lie, en Rus­sie et au Ca­na­da. Leur ex­trac­tion est dif­fi­cile et peu nom­breux sont ceux qui valent la peine d’être taillés. Or, leur va­leur tient à leur éclat, c’est-à-dire à la fa­çon dont ils re­flètent la lu­mière. Ici, c’est le sa­voir-faire des la­pi­daires et des joailliers qui font du dia­mant une pierre pré­cieuse. Un tra­vail mi­nu­tieux, pen­dant le­quel le dia­mant va perdre la moi­tié de son poids ini­tial, et qui ré­pond aux cri­tères in­ter­na­tio­naux d’éva­lua­tion, ou les 4C. Les 4C sont ce­lui de Cut (la taille : rond, poire, ovale, coeur, mar­quise…) ; ce­lui de Ca­rat (1 ca­rat vaut 0,20 g ; pour 1 ca­rat il faut ex­traire 250 tonnes de mi­ne­rai) ; ce­lui de Cla­ri­ty (la pu­re­té) et en­fin ce­lui de Co­lor (la cou­leur). La pu­re­té va­rie se­lon les in­clu­sions vi­sibles dans la pierre. Les cou­leurs qui peuvent être ar­ti­fi­ciel­le­ment créées sont, quant à elles, clas­sées de D, pour les plus blanches, à Z, pour les dia­mants tein­tés. Chaque pierre pos­sède un cer­ti­fi­cat d’au­then­ti­ci­té, vé­ri­table carte d’iden­ti­té. D’autre part, le Pro­ces­sus de Kim­ber­ley as­sure, lui, que la pierre n’est pas un “dia­mant du sang”, c’est-à-dire pro­ve­nant de pays en guerre. Les grands noms de la joaille­rie, Car­tier, Pia­get, Tif­fa­ny, Mau­bous­sin, Bul­ga­ri, Van Cleef, l’exigent. Ces mai­sons pres­ti­gieuses donnent nais­sance à des chefs-d’oeuvre qui ra­vissent le coeur des amou­reux.

Les dia­mants de cou­leur, une fan­tai­sie de la terre

Il existe 350 cou­leurs dif­fé­rentes de dia­mants. Des pierres ex­trê­me­ment rares, puisque 1 dia­mant sur 10 000 est de cou­leur, et que chaque an­née sur 7 000 dia­mants qui sont ven­dus chez Ch­ris­tie’s, moins de 25 % sont de cou­leur. Si on note une in­fi­ni­té d’in­ten­si­tés, huit cou­leurs do­minent, celles de l’arc-en-ciel : le jaune, l’orange-jaune, le jaune oran­gé, le rouge oran­gé, le rouge, le rouge vio­la­cé, le bleu et le jaune-vert. Leurs teintes pro­viennent d’im­per­fec­tions et à la pré­sence d’im­pu­re­tés comme le bore qui donne le bleu, l’azote le jaune, l’hy­dro­gène le rose et le rouge, l’uranium le vert, le car­bone gra­phite pur le noir… En­core peu connus, les dia­mants de cou­leur, qu’on ap­pelle aus­si “dia­mants fan­tai­sie” – de l’an­glais “fan­cy co­lo­red dia­monds” ou “Na­tu­ral fan­cy co­lour dia­monds”, l’ad­jec­tif “na­tu­ral” ve­nant sou­li­gner le fait qu’ils n’ont pas su­bi un quel­conque trai­te­ment chi­mique ou tech­nique pour chan­ger de cou­leur – sont très sou­vent uti­li­sés dans la haute joaille­rie pour des pièces uniques, leur grande ra­re­té im­pli­quant une va­leur éle­vée. Ils sont mal­gré tout en­core peu pri­sés du grand pu­blic.

Le pri­vi­lège des rois et des ma­ha­rad­jahs

C’est en Inde, prin­ci­pal pro­duc­teur jusqu’au xviie siècle, que les dia­mants de cou­leur ont d’abord eu un fort at­trait et été par­ti­cu­liè­re­ment re­cher­chés des ma­ha­rad­jahs. La cou­leur du dia­mant entre alors dans le sys­tème des castes. C’est d’Inde que le dia­mant bleu de la Cou­ronne de France se­ra d’ailleurs rap­por­té et ache­té par Louis XIV. Vo­lé en 1792, ce dia­mant ex­cep­tion­nel est le plus gros dia­mant bleu ja­mais dé­cou­vert. On dit qu’il est à l’ori­gine du dia­mant Hope. Fran­çois Ier, Agnès So­rel, le car­di­nal Ma­za­rin ai­maient aus­si ces pierres uniques. Au xxe siècle, le dia­mant blanc est pré­fé­ré aux dia­mants de cou­leur qui sont alors des­ti­nés à des bi­joux d’ex­cep­tion créés par de grands joailliers. Il faut at­tendre 1987 et une vente aux en­chères à New York, lors de la­quelle un dia­mant rouge trou­vé au Bré­sil de 0,95 ca­rat s’est ven­du près d’un

mil­lion de dol­lars au Sul­tan du Bru­nei, grand col­lec­tion­neur de dia­mants de cou­leur, pour que ces joyaux re­trouvent toute leur au­ra et leur at­trait. Le dia­mant Agra, un cous­sin rose de 32 ca­rats da­tant du xviie siècle, qui ap­par­te­nait au pre­mier em­pe­reur Mo­ghol, a été ven­du en 1990 chez Ch­ris­tie’s six mil­lions de dol­lars. De­puis, les dia­mants de cou­leur sont de plus en plus re­cher­chés et si cer­tains se vendent très chers, il existe des mo­dèles tout aus­si splen­dides mais plus abor­dables que les joailliers savent su­bli­mer dans des créa­tions raf­fi­nées.

Une cou­leur na­tu­relle ou ob­te­nue par trai­te­ment

Cer­taines tech­niques per­mettent de chan­ger la cou­leur d’un dia­mant, comme l’ir­ra­dia­tion et le chauf­fage. Les ven­deurs doivent pré­ci­ser cette ma­ni­pu­la­tion chi­mique. Les dia­mants de cou­leur ain­si ob­te­nus sont beau­coup moins chers que les na­tu­rels. Leur cou­leur est alors très ho­mo­gène et vive. Néan­moins, on pré­fé­re­ra, c’est sûr, le mys­tère et la grande ra­re­té d’une cou­leur na­tu­relle.

TIF­FA­NY & CO

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