PRÉ­CIEUX PLATINE

IL FAIT L’UNA­NI­MI­TÉ CHEZ LES JOAILLIERS ET DANS LE COEUR DES AMOU­REUX. RARE ET MYS­TÉ­RIEUX, IL EST DO­TÉ DE NOM­BREUX POU­VOIRS, DONT CE­LUI DE SUBLIMER LES DIA­MANTS.

Mariages - - Sommaire - PAR MOR­GANE SOULARUE

Le plus pré­cieux et le plus pri­sé

Rare donc pré­cieux, éco­lo­gique et hy­po­al­ler­gé­nique, pur et so­lide – no­tam­ment très ré­sis­tant à la cor­ro­sion –, mais aus­si mal­léable, élas­tique et duc­tile, élé­gant et mo­derne, en­fin le meilleur ami des dia­mants… Les qua­li­tés du platine ne manquent pas. D’ailleurs, ses uti­li­sa­tions sont aus­si mul­tiples : pour les équi­pe­ments de la­bo­ra­toire, en mé­de­cine den­taire, dans l’in­dus­trie au­to­mo­bile, car il est éga­le­ment conduc­teur d’élec­tri­ci­té… et en joaille­rie d’ex­cep­tion, bien sûr ! Les joailliers et les amou­reux l’ap­pré­cient pour son as­pect sobre, sa ré­sis­tance ab­so­lue au ter­nis­se­ment et parce qu’il fait scin­tiller l’éclat des dia­mants comme au­cun autre mé­tal grâce à sa cou­leur gris blanc unique, lus­trée, mate ou brillante. S’il peut se rayer (on doit donc en prendre grand soin), il ne s’use pas. C’est sans doute pour ce­la qu’il est le sym­bole des 70 ans de

ma­riage, au­tre­ment dit l’em­blème de la sta­bi­li­té, de l’at­ta­che­ment pro­fond et vi­vace. C’est aus­si le sym­bole de l’éter­ni­té, tout comme les dia­mants, et leur union ma­gique, d’une beau­té folle, est in­des­truc­tible. On dit aus­si de lui qu’il est trente fois plus rare que l’or. Rare donc cher, mais aus­si exi­geant et raf­fi­né. Ain­si le de­gré de pu­re­té du platine est unique au monde : 95 %, une ex­cep­tion. Dès les an­nées quatre-vingt, les joailliers ne s’y sont pas trom­pés et ont fait du platine leur chou­chou. Il est alors de­ve­nu l’at­tri­but de pré­di­lec­tion de la bague de fiançailles et de l’al­liance. En 2000, la de­mande en platine de la bi­jou­te­rie at­teint 50 % de la de­mande mon­diale glo­bale. Mais, re­vers de la mé­daille, sa grande ra­re­té fra­gi­lise le platine. Pri­sé, il est vic­time de son suc­cès, car l’offre est confi­née et la de­mande ne cesse d’aug­men­ter. En outre, sa ra­re­té et son prix sont aus­si liés aux dif­fi­cul­tés de son ex­ploi­ta­tion et à la com­plexi­té de son raf­fi­nage. Dé­fi­ni­ti­ve­ment, le platine se mé­rite : à l’image de l’amour, il est ex­clu­sif, im­mor­tel et pré­cieux. L’his­toire du platine rap­pelle que ce dis­cret mé­tal est digne de res­pect.

Un des­tin unique

Le platine fut long­temps mé­con­nu et in­ex­ploi­té. Il a échap­pé aux Es­pa­gnols qui l’ont mé­pri­sé et ce n’est qu’au xixe siècle que ses ver­tus, ses ca­pa­ci­tés et sa vraie va­leur ont été re­con­nues. Les pre­mières traces de platine au­raient été dé­ce­lées sur terre voi­là deux mil­liards d’an­nées. Cer­taines vieilles ci­vi­li­sa­tions, l’an­cienne Égypte et les In­diens pré­co­lom­biens, se ser­vaient de ce mé­tal, qu’elles es­ti­maient dé­jà comme im­por­tant. En le dé­cou­vrant en Co­lom­bie, les conquis­ta­dors es­pa­gnols le bap­ti­sèrent “pla­ti­na”, soit “pe­tit ar­gent” dans leur langue, le consi­dé­rant comme un er­satz de l’ar­gent. Mé­con­nu,

mys­té­rieux et rare, le platine ne les in­té­res­sait pas, ou peu, et il faut at­tendre quelques an­nées pour que les choses évo­luent. Au xviie siècle, deux as­tro­nomes ex­plo­ra­teurs es­pa­gnols, Antonio de Ul­loa et Don Jorge Juan y San­ta­ci­lia, le sortent de l’ano­ny­mat lors d’une ex­pé­di­tion au Pé­rou. Mais une fois en­core, le des­tin s’en mêle, car sur la route ma­ri­time du re­tour vers l’Eu­rope, le na­vire d’Ul­loa est abor­dé et cap­tu­ré par des cor­saires an­glais. Les Bri­tan­niques in­ter­disent à Ul­loa de com­mu­ni­quer sur ses dé­cou­vertes, et no­tam­ment de dé­crire le platine. C’est l’An­glais Charles Wood et le Sué­dois Schef­fer qui isolent l’élé­ment chi­mique platine. C’est en re­vanche le phy­si­cien fran­çais Cha­ba­neau qui, le pre­mier, réus­sit à ob­te­nir du platine mal­léable, en 1789. Il en fit un ca­lice pour le pape Pie VI. C’est à cette époque aus­si que le sym­bole du platine est dé­fi­ni, is­su de la fu­sion des sym­boles de l’or et de l’ar­gent. Au cours du xxe siècle, la de­mande en platine ex­plose, on parle même de lui en tant que “mé­tal stra­té­gique”. Les tra­vaux et les dé­cou­vertes des scien­ti­fiques ai­dant, toutes les in­dus­tries s’en servent. Au­jourd’hui, plus de 90 % de la pro­duc­tion mon­diale se fait en Afrique du Sud et en Rus­sie, le reste des ex­trac­tions a lieu en Co­lom­bie, dans l’Ou­ral et dans l’ouest des États-Unis. Mais les tech­niques de trans­for­ma­tion res­tent com­plexes et la fu­sion du platine, qui n’est pos­sible qu’à de très hautes tem­pé­ra­tures, ne fa­ci­lite pas son tra­vail. L’es­poir ré­side dans la dé­cou­verte de nou­velles mines et de tech­niques d’ex­ploi­ta­tion plus mo­dernes. Ain­si, le sym­bole ab­so­lu du bi­jou d’amour éter­nel sur­prend en­core, gar­dant à ja­mais sa part de mys­tère et ré­vé­lant tou­jours sa beau­té à ceux qui savent l’ap­pré­cier.

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