PHI­LIPPE-JUP­PÉ

À MA­TI­GNON !

Marianne Magazine - - LE VIF DU SUJET - PAR HERVÉ NA­THAN

Ala tri­bune de l’As­sem­blée na­tio­nale, ce mar­di, Edouard Phi­lippe et sa haute sta­ture a eu beau faire ré­fé­rence à Jacques Cha­ban-Del­mas et Mi­chel Ro­card, il n’ap­pe­lait pas au sou­ve­nir de ses pré­dé­ces­seurs. De cette place, le gaul­liste avait an­non­cé une « nou­velle so­cié­té », qui pro­met­tait le par­tage de la pros­pé­ri­té dont les ou­vriers étaient pri­vés et l’ex­ten­sion des li­ber­tés dans un pays cor­se­té. Il n’au­ra eu que le temps de faire naître la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, grâce à Jacques De­lors, avant d’être pro­pre­ment exé­cu­té par la droite ré­ac­tion­naire. Le so­cial-dé­mo­crate avait, lui, por­té des ré­formes qui struc­turent en­core notre fiscalité et notre pro­tec­tion so­ciale :, la CSG et le RMI (de­ve­nu RSA). Mit­ter­rand eut sa peau en trois ans.

On cher­che­rait en vain dans le dis­cours de leur suc­ces­seur à Ma­ti­gnon des am­bi­tions du même ni­veau. Tout au contraire, Edouard Phi­lippe a as­se­né un dis­cours de politique gé­né­rale d’un clas­si­cisme conve­nu, où le res­pect des « en­ga­ge­ments eu­ro­péens » ser­vait comme d’ha­bi­tude d’ex­cuse au re­nie­ment des en­ga­ge­ments de­vant les Fran­çais à la fa­çon dé­plo­rable d’un Fran­çois Hol­lande.

Avant d’être élu, Em­ma­nuel Ma­cron pro­met­tait d’exo­né­rer 80 % des mé­nages de la taxe d’ha­bi­ta­tion, une me­sure qui re­pré­sente 10 mil­liards d’eu­ros de ré­duc­tion de la fiscalité et qui était pré­sen­tée ex­pli­ci­te­ment comme une com­pen­sa­tion de l’aug­men­ta­tion de la CSG (+1,7 %), no­tam­ment pour les « re­trai­tés moyens ». Au nom de la né­ces­si­té de ra­me­ner les dé­fi­cits pu­blics sous les 3 % du PIB, voi­ci que son Pre­mier mi­nistre an­nonce que la taxe d’ha­bi­ta­tion est main­te­nue jus­qu’à une date in­dé­ter­mi­née du quin­quen­nat. En re­vanche, l’aug­men­ta­tion de la CSG se­ra ef­fec­tive au 1er jan­vier 2018. A cette date, le pou­voir d’achat des pen­sions su­pé­rieures à 1 200 € se­ra am­pu­té de 1,7 %. En 2012, les en­tre­pre­neurs s’étaient pro­cla­més « les pigeons de Hol­lande » ; en 2017, les re­trai­tés sont bien les « pigeons de Ma­cron ».

Loin de la « ré­vo­lu­tion » pro­cla­mée par Em­ma­nuel Ma­cron la veille à Ver­sailles, Edouard Phi­lippe pro­met des coupes dans toutes les dé­penses, en­vi­ron 60 mil­liards d’eu­ros, sans dire où pas­se­ra le ra­bot, dans toutes les niches fis­cales sans en dé­si­gner au­cune, l’équi­libre de la Sé­cu­ri­té so­ciale en 2022 sans dire les ré­formes, la vac­ci­na­tion obli­ga­toire pour les en­fants sans dé­bat, la sé­lec­tion à l’uni­ver­si­té sans dire le mot et la neu­tra­li­té car­bone sans ex­pli­quer comment ! Toutes an­nonces qui rap­pellent un autre Pre­mier mi­nistre, qui lui aus­si cam­pait droit dans les bottes de la ri­gueur : Alain Jup­pé. Ceux qui pen­saient que le maire de Bor­deaux avait été bat­tu dans une élec­tion en no­vembre 2016 savent main­te­nant qu’il a res­sus­ci­té dans le corps de son dis­ciple.

EN 2017, LES RE­TRAI­TÉS SONT BIEN LES “PIGEONS DE MA­CRON”.

CE QUE “MA­RIANNE”

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