MOS­SOUL. LA VIC­TOIRE EMPOISONNÉE SUR DAECH

L’élite des forces ira­kiennes a re­pris la mos­quée em­blé­ma­tique du vieux Mos­soul, dy­na­mi­tée par Daech. Des­truc­tions, exé­cu­tions et vio­lences dans les quar­tiers li­bé­rés as­som­brissent le triomphe tant at­ten­du.

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Par Jé­ré­my An­dré

Des­truc­tions, exé­cu­tions et vio­lences dans les quar­tiers li­bé­rés de Mos­soul as­som­brissent le triomphe tant at­ten­du.

La fin de la ba­taille de Mos­soul res­semble à un ac­cou­che­ment qui tourne mal. Huit mois et deux se­maines, en ce dé­but d’été, que les Ira­kiens luttent à mort contre l’Etat is­la­mique (EI ou Daech) ! L’as­saut sur la vieille ville a été lan­cé le 18 juin. En quatre jours, les sol­dats du Ser­vice de contre-ter­ro­risme ira­kiens (ICTS) ont in­ci­sé jus­qu’au coeur de ce dé­dale mé­dié­val de 1 km de rayon, et s’ap­prêtent à se sai­sir de la mos­quée Al-Nou­ri en son centre. C’était là qu’Abou Ba­kr al-Bagh­da­di, le chef de l’or­ga­ni­sa­tion, avait fait son ap­pa­ri­tion, il y a trois ans, pour se pro­cla­mer ca­life. Pré­fé­rant dé­truire, Daech a dy­na­mi­té le lieu saint et son mi­na­ret pen­ché, Al-Had­ba, mer­cre­di 21 juin, vers 21 heures. La deuxième ville d’Irak y a per­du ses em­blèmes, des mo­nu­ments vieux de plus de huit siècles.

« Au dé­but, on était triste », ex­plique Ahmed Ka­them, 23 ans, un éphèbe élan­cé aux boucles châ­taines, le bas du vi­sage masqué pour ne pas res­pi­rer l’air vi­cié à cause des ca­davres. C’est un sol­dat du ba­taillon de Di­wa­niya, une des uni­tés de l’ICTS, plus connue sous son sur­nom de « Di­vi­sion d’or ». « Après, on s’est sen­ti sou­la­gé : ça veut dire que Daech consi­dère que c’est fi­ni », pour­suit Ahmed. Son uni­té tient dé­sor­mais les po­si­tions au­tour de l’église Saint-Tho­mas, à 100 m de la mos­quée Al-Nou­ri. De­vant l’église, un pe­tit homme chauve en jean, à l’évi­dence un ci­vil, re­tient ses larmes. « C’est la mai­son de ma fille », ra­conte Dja­mir Mo­ha­med Ahmed, 52 ans. Il ha­bite Er­bil de­puis 2013. En­vers et contre tout, il a fran­chi la ving­taine de check-points de­puis la capitale du Kur­dis­tan ira­kien. « Il y a eu une frappe aé­rienne mer­cre­di. Ma fille est morte, avec un de ses en­fants et trois autres per­sonnes. Cinq de mes proches sont à l’ hô­pi­tal. Pour­quoi ont-ils fait ça ? » in­ter­roge-t-il. Ahmed, le sol­dat de la Di­vi­sion d’or, s’em­porte : « Nous étions là. Il y avait un sni­per. Il a tué l’un des nôtres. » Il mime le corps du frère d’armes qu’on traîne à cou­vert. « Quand l’un de nous est bles­sé, on ne cherche pas à sa­voir s’il y a une fa­mille », re­con­naît-il.

CARCASSES

Dans le centre his­to­rique, les vé­hi­cules ne passent, et de jus­tesse, que dans les rues les plus larges. Comme dans un ca­nyon à la mer­ci d’en­ne­mis per­chés sur des fa­laises, les sol­dats ont mis pied à terre. Ils ont lon­gé les murs en file in­dienne, comp­tant sur les bom­bar­de­ments pour éli­mi­ner les ti­reurs em­bus­qués. Les zones re­prises sont dé­vas­tées, sur­réa­listes, cu­bistes même.

Des carcasses de voi­tures ont été pro­je­tées jusque sur les toits. Les fa­çades à terre ex­halent la chair en pu­tré­fac­tion des fa­milles et des com­bat­tants mas­sa­crés par les bom­bar­de­ments. Ici, un ca­davre aux mains car­bo­ni­sées obs­true une porte. Là, un autre a été com­pres­sé dans une gout­tière sous les roues des vé­hi­cules de ra­vi­taille­ment qui peinent à se frayer un che­min. Au mo­ment de re­par­tir, un hur­le­ment de dou­leur s’échappe d’une mai­son oc­cu­pée par le ba­taillon de Di­wa­niya. A l’in­té­rieur, un com­bat­tant de Daech cap­tu­ré est ici mis au sup­plice. Plus tard, un sol­dat d’une autre uni­té fait dé­fi­ler fiè­re­ment ses pho­tos des der­niers jours, puis lance une vi­déo. Elle montre un homme à ge­noux, che­veux longs, les mains li­go­tées dans le dos, les yeux ban­dés, la tête re­lâ­chée de tra­vers, dans une mai­son de la vieille ville. Des heures de tor­ture ont vi­si­ble­ment fait dis­pa­raître toute vo­lon­té en lui. Le sol­dat entre dans le champ de la ca­mé­ra, lève le bras et tire non­cha­lam­ment plu­sieurs fois sur lui au pis­to­let. C’est une exé­cu­tion d’un pri­son­nier de guerre.

SE BATTRE À CHAQUE MÈTRE

Sa­me­di 24 juin, le lieu­te­nant­gé­né­ral Ab­doul Gha­ni al-As­sa­di, un des chefs de l’ICTS, a réuni son état-ma­jor non loin du bou­le­vard qui cein­ture le centre his­to­rique. Les pa­labres des stra­tèges s’éter­nisent. Leurs gardes tuent l’en­nui dans les toi­lettes ex­té­rieures de la cour. Là, un pri­son­nier en qa­mis, tu­nique blanche tra­di­tion­nelle des Arabes, est à ge­noux, les yeux ban­dés. Il dit s’ap­pe­ler Jas­sem Mo­ha­med Ahmed, être né en 1959. Il ha­bi­tait la par­tie est de Mos­soul, li­bé­rée de­puis jan­vier. « Mais alors, que fai­sais-tu dans la vieille ville ? lui hurle un sol­dat. – Je n’ai ja­mais croi­sé un seul membre de l’Etat is­la­mique de ma vie ! » ose le pri­son­nier. Son his­toire ne tient pas la route, mais il est peut-être juste sous le choc. Ses gardes lui mettent des coups, son vi­sage li­vide, son ban­deau et son qa­mis sont ma­cu­lés de sang. Le lieu­te­nant-gé­né­ral Ab­doul Gha­ni al-As­sa­di quitte fi­na­le­ment la salle d’opé­ra­tion pour as­su­rer à la té­lé­vi­sion ira­kienne, en di­rect, que l’EI se­ra vain­cu dans les « pro­chaines heures ». Hors champ, il est moins op­ti­miste. « La Di­vi­sion d’or a avan­cé pen­dant quatre jours vers la mos­quée Al-Nou­ri et a sé­cu­ri­sé ses flancs », ré­sume-t-il. De­puis, ses hommes sont en pause, at­tendent que d’autres uni­tés moins ef­fi­caces, la po­lice fé­dé­rale et l’ar­mée, les rat­trapent. « Nous de­vrons nous battre pour chaque mai­son, pour chaque ruelle, pour chaque mètre », re­con­naît-il. Ses su­bor­don­nés ont long­temps plai­dé pour lais­ser une is­sue à l’en­ne­mi, lui per­mettre de s’en­fuir dans le dé­sert et lui ré­gler son compte plus tard. « C’est pour éli­mi­ner tous les com­bat­tants étran­gers que nous les avons en­cer­clés dans le vieux Mos­soul, se jus­ti­fie le pa­tron. Dé­sor­mais, 80 % des com­bat­tants sont des étran­gers. »

L’as­saut fi­nal n’a ces­sé d’être re­tar­dé. Un des cham­pions de la Di­vi­sion d’or, le lieu­te­nant-co­lo­nel Mun­tadhar, chef du ba­taillon de Mos­soul, n’en peut plus d’at­tendre : « L’at­taque sur la mos­quée a été re­pous­sée parce que les avions amé­ri­cains ne pou­vaient pas

nous ap­puyer. Ils ont trop à faire en Sy­rie. » As­sailli de­puis le 6 juin, Ra­q­qa, l’autre « capitale » de l’EI, vole dé­jà la ve­dette à Mos­soul. La pré­sence des forces spé­ciales amé­ri­caines aux cô­tés des chefs de l’ICTS, dans Mos­soul même, rend les F18 amé­ri­cains plus ré­ac­tifs pour va­li­der les frappes. « Les conseillers amé­ri­cains sont avec nous sur le ter­rain. Quand nous leur de­man­dons de frap­per, il ne faut que de cinq à quinze mi­nutes au bom­bar­dier pour at­teindre sa cible. » Les autres doivent vé­ri­fier les in­for­ma­tions dans leur salle de com­man­de­ment où s’af­fichent les images des drones et des avions d’ob­ser­va­tion. « Pour les Fran­çais, les Aus­tra­liens et les Ca­na­diens, il faut jus­qu’ à trente mi­nutes. » L’of­fi­cier sou­rit, en ti­rant sur son por­te­ci­ga­rette : « Le temps que la cible soit at­teinte, il est trop tard, Daech est pas­sé dans une autre mai­son. Je ne vais pas de­man­der à l’en­ne­mi : “S’il vous plaît, at­ten­dez que mon bom­bar­de­ment vous tue !” »

SELFIE MORBIDE

C’est le jour de l’Aïd-el-Fi­tr, la fin du ra­ma­dan. Mun­tadhar s’ap­prête à ré­ga­ler ses in­vi­tés, mais la fête est sou­dain trou­blée par un ap­pel. Des com­bat­tants de Daech se sont in­fil­trés dans un quar­tier li­bé­ré. Les hommes du ba­taillon de Mos­soul ac­courent, leur chef des­sine un plan à la va­vite sur le 4 x 4 noir ga­ré dans son jar­din, et tous em­barquent dans leurs blin­dés. Ils re­viennent au ma­tin, après une nuit de tirs et d’ex­plo­sions in­ces­sants. Une cin­quan­taine de ka­mi­kazes pas­sés en ca­chette dans un ca­mion fri­go­ri­fique ve­nu de la cam­pagne ont ter­ro­ri­sé trois quar­tiers de l’ouest de Mos­soul, pour­tant re­pris de­puis plu­sieurs se­maines. Les forces ira­kiennes en ont tué 20, cap­tu­ré 15. Il fau­dra toute la jour­née du lun­di pour ve­nir à bout des 15 der­niers. L’at­taque a dé­clen­ché une pa­nique gé­né­rale, les ci­vils re­ve­nus s’ins­tal­ler ont pris leurs voi­tures et ont fui en masse. « Il y a aus­si eu des com­pli­ci­tés par­mi les ha­bi­tants », mau­grée Mun­tadhar. Le conseil de la ville de Mos­soul a vo­té quelques jours plus tôt l’ex­pul­sion de toutes les fa­milles de com­bat­tants de Daech, mais, pour le com­man­dant, ce n’est pas la so­lu­tion : « On ne va pas créer une ville ou un camp spé­cial pour les gens de Daech ! Il faut ar­rê­ter les ter­ro­ristes, et sur­veiller leurs fa­milles. Certes nous avons vain­cu Daech, mais ses idées se­ront tou­jours là. »

Au ma­tin, des ter­ro­ristes abat­tus sont at­ta­chés à des poteaux, à plu­sieurs in­ter­sec­tions. Dans la jour­née, ces ca­davres sont descendus et lapidés par des ci­vils. « Va au diable ! » crache sur l’un d’eux un pas­sant, qui a ar­rê­té son vé­hi­cule pour prendre une photo. Ali, un jeune in­fir­mier de la Di­vi­sion d’or, se juche des­sus et prend un selfie. Puis il re­tourne vers son dis­pen­saire, en sou­pi­rant. Quand les sol­dats de l’ICTS étaient ar­ri­vés par l’est dans la ville, ils avaient été ac­cueillis en li­bé­ra­teurs. Ici, à l’ouest, on leur lance des re­gards de tra­vers. « Tu vois ce quar­tier, Yar­mouk ? Ce sont tous des Daech ! » peste-t-il. Le chef de l’in­fir­me­rie où tra­vaille Ali, le ma­jor Ahmed, ne croit plus, lui, en une vic­toire im­mi­nente. « Je pense que ce­la va prendre en­core trois se­maines, es­time-t-il. Tout d’abord, les autres forces, comme la po­lice fé­dé­rale et l’ar­mée, ne par­viennent pas à te­nir le ter­rain conquis. En­suite, il peut y avoir d’autres sur­prises, comme celle qui est ar­ri­vée la nuit der­nière. » Avant la tom­bée de la nuit, le jeune Ali trans­porte dans son am­bu­lance un ci­vil bles­sé à l’hô­pi­tal. Dans la salle des ur­gences, une femme est ame­née en ca­tas­trophe par sa fa­mille. Elle s’est ef­fon­drée dans la rue, à cô­té de sa soeur, dans un quar­tier, Wa­di Ha­j­jer, sup­po­sé to­ta­le­ment sûr. On lui dé­chire les vê­te­ments pour la ré­ani­mer au dé­fi­bril­la­teur. Une balle lui a trans­per­cé le coeur.

Fi­na­le­ment, les ruines de la grande mos­quée ont été re­prises

lors d’un as­saut le 28 juin. Son dôme vert tient mys­té­rieu­se­ment en équi­libre sur des co­lonnes fen­dues par les ex­plo­sifs. Tout le reste est à terre. Di­manche 2 juillet, de­vant, il y a une voi­ture pié­gée aban­don­née dans un ga­rage, un ca­davre cal­ci­né, et même un mort, face contre terre, torse nu. Il a été li­go­té par les sol­dats ira­kiens, les liens ont été en­le­vés, mais à cause de la ri­gi­di­té ca­da­vé­rique ses bras sont res­tés croisés. Son dos est cri­blé de balles. Le flot des ci­vils res­ca­pés qui s’échappe des der­nières rues te­nues par Daech zig­zague juste de­vant. Un homme et des femmes se traînent de­puis une rue qui donne sur le mi­na­ret. « Les sol­dats ira­kiens nous ont sor­tis des ruines de notre mai­son, ex­plique une brune en larmes. Nous avons été bom­bar­dés trois fois. Mal­gré ce­la, le com­bat­tant de Daech qui était sur notre toit a réus­si à s’en­fuir ! Quand nous sommes sor­tis, nous avons dé­cou­vert que la

DES TER­RO­RISTES ABAT­TUS SONT AT­TA­CHÉS À DES POTEAUX. DANS LA JOUR­NÉE, CES CA­DAVRES SONT DESCENDUS ET LAPIDÉS PAR DES CI­VILS.

mos­quée avait été détruite. Nous étions en­fer­més de­puis des jours et il y avait tel­le­ment d’ex­plo­sions ! » Une vieille s’ef­fondre à terre. Per­sonne ne lui vient en aide. Les sol­dats n’ap­prochent pas les ci­vils. La veille, une fa­mille en­tière se se­rait fait sau­ter en ar­ri­vant sur leurs lignes. Un of­fi­cier fi­na­le­ment s’ap­proche len­te­ment, elle n’a pas de veste ex­plo­sive, alors il la porte jus­qu’à un blin­dé.

UNE VILLE EN RUINE

Pen­dant ce temps-là, des sol­dats de toutes les forces qui ont par­ti­ci­pé à la ba­taille, ICTS, ar­mée, po­lice fé­dé­rale, di­vi­sion de ré­ac­tion ra­pide du mi­nis­tère de l’In­té­rieur et même des mi­lices chiites pour­tant en prin­cipe in­ter­dites dans la ville, viennent po­ser de­vant la cou­pole verte pour la photo. Des bombes tombent à quelques di­zaines de mètres sur les lignes de Daech. « Main­te­nant, ça se règle au corps à corps ou à la gre­nade », dit Ay­man Wa­di, 30 ans. Ce sol­dat du ba­taillon de Kir­kouk de l’ICTS, pe­tit et ner­veux, montre le bout d’une rue qui donne sur la mos­quée. A une cen­taine de mètres, un bâ­ti­ment est noyé dans une fu­mée rose : « Vous voyez cet im­meuble ? Daech est là. Ils n’ont plus de sni­pers, nous les avons bom­bar­dés. » Mal­gré les com­bats tout proches, le com­man­de­ment se risque jus­qu’ici. C’est le tour du lieu­te­nant-gé­né­ral Ab­doul Gha­ni al-As­sa­di, ac­com­pa­gné de quelques autres poin­tures des ICTS, le lieu­te­nant-gé­né­ral Sa­mi al-Arid­hi et le ma­jor-gé­né­ral Fa­thel Bar­wa­ri, et sur­tout du chef d’état-ma­jor des forces ira­kiennes, Oth­man al-Gha­ni­mi. Gardes, re­por­ters té­lé et photo les en­tourent sous le dôme, un sol­dat tente un chant à la gloire des of­fi­ciers, mais le tout re­tombe comme un souf­flé, et tout ce monde dis­pa­raît dans un nuage de pous­sière. Mun­tadhar, de re­pos à sa base, pré­pare les tout der­niers com­bats, pré­vus pour le lun­di 3 juillet : « On de­vrait en avoir fi­ni mar­di soir. Ce­la fait presque neuf mois. C’est un hon­neur d’avoir com­bat­tu dans l’une des plus grandes ba­tailles ur­baines de­puis la Se­conde Guerre mon­diale. La ville est en ruine, certes, mais toutes les grandes ba­tailles font ça. L’Irak se re­cons­trui­ra. Mais rien ne fe­ra re­ve­nir les morts. »

APRÈS LES BOMBES Une fillette qui a per­du ses pa­rents fuit la vieille ville avec une voi­sine, le 24 juin.

LA VIEILLE VILLE

EST DÉTRUITE

Le 26 juin, le dôme vert de la mos­quée Al-Nou­ri est tou­jours vi­sible et les ruines de l’édi­fice abritent en­core des com­bat­tants de Daech.

SCÈNE OR­DI­NAIRE

Un dji­ha­diste abat­tu a été dis­po­sé à la vue de tous. Comme 80 % des com­bat­tants de Daech à Mos­soul, ce­lui-là est étran­ger.

PRI­SON­NIER

Ar­rê­té par les forces spé­ciales ira­kiennes, cet homme est sup­po­sé faire par­tie des troupes de l’Etat is­la­mique.

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