DE “BLONDES HUMIDES” À MA­DONE

Bri­gitte Lahaie, l’an­cienne star du X dis­tille au­jourd’hui des conseils de psy­cho­sexo­lo­gie à la ra­dio. Elle ras­sure, elle ex­plique, elle as­sume tout...sauf son pré­nom qu’elle n’a ja­mais ai­mé ! Mais il lui a per­mis de créer un lien fa­mi­lier avec les au­dite

Marianne Magazine - - ÉVÉNEMENT - PAR MA­RIE HURET

Bri­gitte Lahaie l’a échap­pé belle, elle au­rait pu s’ap­pe­ler Hu­guette. Hu­guette Lahaie, star du X, avouez que ça tue un peu le fantasme. Ses pa­rents ont don­né ce pré­nom à leur aî­née. Quand leur fille ca­dette a vu le jour le 12 oc­tobre 1955 à Tour­coing, ils ont op­té pour Bri­gitte bien avant que la sul­fu­reuse BB ne dicte sa mode. « Ma mère, qui m’a trans­mis une édu­ca­tion plu­tôt pieuse, m’a lar­ge­ment ex­pli­qué que son choix n’avait rien à voir avec Bardot », confie l’in­ou­bliable in­ter­prète de Blondes humides.

Au­jourd’hui, Bri­gitte Lahaie vit loin de Pa­ris, à la cam­pagne. Sa voix grave et sen­suelle est la même qu’à l’an­tenne de Sud Ra­dio où elle dis­cute fel­la­tion à l’heure du goû­ter. Ses au­di­teurs en quête de re­mède pour ré­veiller leur li­bi­do lui donnent du « ma­dame Lahaie » ou plus af­fec­tueu­se­ment du « Bri­gitte », ce pré­nom fa­mi­lier que par­tage l’ex-icône blon­dis­sime du por­no des an­nées 70 avec leur mère ou leur bou­lan­gère. Bri­gitte, c’est l’ap­pel­la­tion d’ori­gine contrô­lée d’égé­ries fan­tas­ma­tiques, le sym­bole de la ma­man et la pu­tain. « S’il n’y avait pas eu Bardot ou moi-même, Bri­gitte se­rait res­té un pré­nom désuet à la Jac­que­line, sou­ligne l’an­cienne ac­trice du X. Je suis obli­gée de re­con­naître qu’il porte une part de fantasme à la­quelle je ne suis pas étran­gère. Au­jourd’ hui, ça me pa­raît com­pli­qué d’ap­pe­ler sa fille Bri­gitte, un peu comme Ma­ri­lyn aux Etats-Unis. »

En quatre an­nées à peine – de 1976 à 1980 –, Bri­gitte Lahaie s’est his­sée au fir­ma­ment de l’éro­tisme post-soixante-hui­tard, tour­nant une cen­taine de films, du por­no à la bonne fran­quette (Ca­resses in­fer­nales, Couples en cha­leur, C’est la fête à mon cul) à l’époque où ce genre ci­né­ma­to­gra­phique pro­po­sait en­core une his­toire, un dé­but et une fin. Dans cet uni­vers peu­plé de lo­los sous pseu­do (Lin­da Lo­ve­lace, Cry Tra­cy), Lahaie se dé­marque, en se fai­sant plus qu’un nom, un pré­nom, in­car­nant la french touch sexy : « Les an­nées 70 étaient tel­le­ment un­der­ground que nos noms de­meu­raient to­ta­le­ment in­con­nus dans des salles confi­den­tielles. Je n’ai pas vu l’in­té­rêt de prendre un pré­nom qui fasse fan­tas­mer. »

EX­PERTE EN SEXE

Lahaie n’a ja­mais ai­mé Bri­gitte : « J’au­rais pré­fé­ré quelque chose en a, je n’aime ni le “bri”, ni le “ite”. Avec le temps, je m’y suis faite. » Elle n’a tou­ché qu’à son pa­tro­nyme, l’im­pro­non­çable Van­mee­rhae­ghe, qui si­gni­fie « Der­rière la haie », de­ve­nu Lahaie. Sa ma­nière de cou­ver ses ori­gines ch’ties. Dé­bar­quée à Pa­ris, bac en poche, la re­belle Bri­gitte s’en­nuie. Elle a 21 ans, vend des chaus­sures et rêve d’aven­ture. Une pe­tite an­nonce dans France-Soir pour des pho­tos de charme la pro­pulse dans le X. Rien dans son mi­lieu pri­vi­lé­gié – père ban­quier, mère au foyer et ex-comp­table – ne pré­des­tine la jeune fille à de­ve­nir la star culte des films de cul : « J’ai gran­di avec le Ch­rist au-des­sus de la porte de la chambre. » Quand Lahaie rac­croche, elle tente une in­cur­sion dans le 7e art. « J’ai tour­né de pe­tits rôles dans de grands films et de grands rôles dans de pe­tits films », ré­sume-t-elle. En

“À L’ÉPOQUE DU X, DES GENS NE VOU­LAIENT PAS ME SER­RER LA MAIN. AU­JOURD’HUI, LES COUPLES ME PHOTOGRAPHIENT AVEC LEUR BÉ­BÉ DANS LES BRAS.”

1987, séisme chez les in­tel­los pour la sor­tie de sa bio Moi, la scan­da­leuse : le pa­tron d’« Apo­strophes » in­vite sur son pla­teau le sex-sym­bol en tailleur gris qui montre qu’elle n’a pas qu’un Q mais aus­si un I. A Ber­nard Pi­vot qui, le sour­cil ta­quin, lui de­mande si elle prend un plai­sir par­ti­cu­lier à faire l’amour de­vant les ca­mé­ras, Lahaie opine, puis lâche, ta­quine : « Es­sayez ! »

Comment dra­guer l’été ? Faut-il cou­cher le pre­mier soir ? Le point G existe-t-il vrai­ment ? Quelle est la du­rée moyenne du coït ? C’est à la ra­dio que l’ex-égé­rie du por­no s’est construit une nou­velle car­rière – quinze ans sur RMC (de 2001 à 2016) où « Lahaie, l’amour et vous » bat des re­cords, at­ti­rant jus­qu’à 700 000 au­di­teurs, et au­jourd’hui sur Sud Ra­dio. En­tou­rée de spé­cia­listes ré­pu­tés, psys, gy­né­cos ou sexo­logues, la cro­queuse d’hommes re­con­ver­tie en « ac­cou­cheuse d’ âmes », comme elle se dé­fi­nit, conseille les Fran­çais qui lui livrent leur in­ti­mi­té. Les in­gré­dients du suc­cès : une écoute bien­veillante sans bla-bla mo­ra­li­sa­teur. L’ex­perte en sexe parle de ce qu’elle connaît sans se prendre pour une thé­ra­peute. A Pa­blo qui s’in­ter­roge sur la taille de son pé­nis – un classique –, elle ex­plique : « L’es­sen­tiel, c’est de bien uti­li­ser l’ou­til qu’on a. » A Ma­rie, l’épouse qui s’in­quiète de ne pas jouir à ré­pé­ti­tion, comme ses co­pines, elle tem­père : « Je ne suis pas sûre que toutes les femmes qui vous ont dit ça le vivent vrai­ment. » A un se­rial lo­ver qui la joue dieu du pieu, elle ré­plique : « Un la­pin qui éja­cule six fois, nous les femmes, nous n’ai­mons pas ça, c’est dit. »

Pé­da­gogue, l’ani­ma­trice de 61 ans per­sua­dée que l’on peut par­ler sexe de fa­çon claire sans cho­quer, ras­sure en com­bat­tant l’ac­tuelle sur­en­chère de per­for­mance qui pousse les jeunes sur YouPorn. « Le por­no qui a beau­coup li­bé­ré les moeurs au dé­but des an­nées 70 est au­jourd’ hui ter­ri­ble­ment no­cif, sou­ligne-t-elle. Les filles sont toutes sté­réo­ty­pées. L’autre jour, un mec m’a ap­pe­lée à l’an­tenne parce qu’ il était tom­bé sur une fille pas ra­sée, ça l’a fait dé­ban­der ! » Fé­rue de psy­cha­na­lyse, de yo­ga et d’as­tro­lo­gie, Bri­gitte s’est éri­gée en grande soeur ran­gée des voi­tures, ma­riée et éle­veuse de che­vaux, qui prend dé­sor­mais la pose pour les sel­fies en fa­mille. « L’autre jour, je dis­cu­tais avec un psy­chiatre qui re­çoit des lettres d’ in­sultes alors que moi, je n’ai que des mots de sym­pa­thie, re­lè­vet-elle. A l’époque du X, des gens ne vou­laient pas me ser­rer la main, mes pa­rents ont re­çu une lettre ano­nyme. Au­jourd’hui, les couples me photographient avec leur bé­bé dans les bras. C’est éton­nant, ce chan­ge­ment, parce que je suis res­tée la même. J’ai tou­jours as­su­mé mon pas­sé. J’ étais la pu­tain et me voi­là la ma­done. Je suis de­ve­nue sainte Bri­gitte ! »

BELLE ET RE­BELLE

Sa fête tombe le 23 juillet. Si l’on en croit les pseu­do­traits de ca­rac­tère at­tri­bués à son pré­nom sur les sites dé­diés aux fu­turs pa­rents, Bri­gitte est « belle » et « re­belle ». Bri­gitte mène sa vie hors des sen­tiers bat­tus. Bri­gitte, « brillante » et « rê­veuse », s’en­gage pour de grandes causes. « Ça vaut ce que ça vaut, mais c’est as­sez juste, ana­lyse l’in­té­res­sée. J’es­saie à ma me­sure d’ai­der les gens à se sen­tir mieux avec eux-mêmes et avec les autres. » En 2015, l’ani­ma­trice a in­vi­té les Bri­gitte à l’an­tenne, ce duo de chan­teuses qui lui res­semble tant : « L’une m’a pa­ru stricte, l’autre, plus dé­lu­rée. Elles cor­res­pondent à deux pé­riodes de ma vie, la pre­mière quand je fai­sais ma com­mu­nion, la se­conde quand je tour­nais. » Mais elle est moins sé­duite par l’épouse du pré­sident de la Ré­pu­blique, Bri­gitte Ma­cron. « Je n’ai­me­rais pas être à sa place, à cause de la dif­fé­rence d’âge : tout le monde va vou­loir lui pi­quer son mec », dit-elle. La pre­mière dame du por­no est convain­cue que des « choses in­croyables » se jouent au­tour d’un pré­nom. Elle y a d’ailleurs consa­cré une émis­sion. « J’ai un ami qui vient d’avoir un fils, il l’a ap­pe­lé Guy. Je lui ai dit : “Tu lui as don­né le pré­nom de l’amant de ta mère.” Son in­cons­cient l’a tra­vaillé. Rien n’est ano­din. » Au bout du fil, on en­tend ses trois chiennes qui aboient. Bri­gitte Lahaie les a ap­pe­lées Lu­na, Flir­tie et De­mo­nia.

SE­CONDE VIE

A la ra­dio, fière de son par­cours, Bri­gitte Lahaie est de­ve­nue celle qui écoute, conseille et par­tage son ex­pé­rience.

CARESSE TEN­DRESSE

En 1987, Bri­gitte Lahaie s’es­saie à la chan­son. Dans un 45 tours, elle su­surre un texte éro­tique, jouant de son image d’égé­rie du X.

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