EN AN­GLE­TERRE, UN FRISSON FRAN­ÇAIS

Marianne Magazine - - ÉVÉNEMENT - AGNÈS CA­THE­RINE POI­RIER

Achaque gé­né­ra­tion de Bri­tan­niques, son sym­bole fren­chy, et par­mi ces sym­boles les pré­noms fé­mi­nins ca­ra­colent en tête, por­teurs de fan­tasmes et d’es­poirs. Bri­gitte, Mi­chèle ou en­core Ni­cole, dits avec l’ac­cent fran­çais, ont étour­di plu­sieurs gé­né­ra­tions de Bri­tan­niques de dé­si­rs in­as­sou­vis.

« Mi­chelle, ma belle, sont des mots qui vont très bien en­semble… » C’est en 1965 que Paul McCart­ney écrit, en fran­çais, l’une des mé­lo­dies les plus po­pu­laires des Beatles. Gram­my Award de la meilleure chan­son pour l’an­née 1967, su­sur­rée, sur toutes les lèvres, et dans le monde en­tier, Mi­chelle de­vient sy­no­nyme de frisson bien fran­çais. C’est d’ailleurs la jeu­nesse pa­ri­sienne de l’après-guerre qui a ins­pi­ré les Beatles. « Nous al­lions à ces soi­rées à Li­ver­pool et c’était l’époque où tout le monde chan­tait Ju­liette Gré­co et vou­lait être fran­çais, fas­ci­né par Pa­ris et la rive gauche. Alors, moi, j’ar­ri­vais à ces soi­rées et j’es­sayais de me faire pas­ser pour fran­çais en pre­nant l’ac­cent. Et j’avais com­po­sé cette chan­son qui n’avait pas en­core de pa­roles mais qui, pour moi, était ty­pi­que­ment fran­çaise. Un peu plus tard, John Len­non m’a dit : “Tu te sou­viens de ta chan­son fran­çaise, elle était bien, écris donc les pa­roles.” » De même Bri­gitte, en rai­son du mythe Bardot tou­jours bien vi­vace dans les mé­moires, et en­tre­te­nu d’an­née en an­née par la mode et les top mo­dels bri­tan­niques comme Kate Moss, per­son­ni­fie l’éter­nel fé­mi­nin fran­çais. Bri­gitte et Bardot ne font qu’une, et chaque an­ni­ver­saire du sex-sym­bol offre l’oc­ca­sion aux mé­dias bri­tan­niques de se re­pen­cher sur le phé­no­mène et le style Bardot. Bardot en cou­ver­ture, ban­deau noir sur che­veux blonds bouf­fants, lèvres car­min et haut de ma­rin bre­ton, fait tou­jours au­tant vendre. Bri­gitte in­carne l’es­prit fran­çais de l’ir­ré­vé­rence, de la li­ber­té et du li­ber­ti­nage, de la grâce na­tu­relle et sans ef­forts, d’une im­pu­dence et d’une in­sou­ciance ty­pi­que­ment fran­çaise qui font fondre nos voi­sins d’outre-Manche. Plus ré­cem­ment, du­rant les an­nées 90, c’est le pré­nom Ni­cole, pro­non­cé avec l’ac­cent fran­çais, qui a fait rou­gir la gent mas­cu­line bri­tan­nique. Le res­pon­sable : Re­nault et sa

Clio. En 1991, une cam­pagne de pu­bli­ci­té pour la voi­ture fran­çaise met­tait en scène une jeune et jo­lie Fran­çaise du nom de Ni­cole (in­ter­pré­tée par la co­mé­dienne Es­telle Skor­nik) et son « pa­pa », en fran­çais dans le texte. Le suc­cès fut tel que le construc­teur au­to­mo­bile eut l’idée de conce­voir une sé­rie de spots pu­bli­ci­taires comme au­tant d’épi­sodes dans la vie de Ni­cole. Le mythe Ni­cole a du­ré près de dix ans. Ar­ri­vée en tête d’un pal­ma­rès des cam­pagnes pu­bli­ci­taires les plus po­pu­laires du XXe siècle, Clio a pro­pul­sé Ni­cole par­mi les pré­noms les plus don­nés outre-Manche. Mi­chèle, Bri­gitte et Ni­cole : au­tant de sym­boles de la France, plus forts que Ma­rianne, dont la plu­part des Bri­tan­niques ignorent to­ta­le­ment qu’elle est le sym­bole de la Ré­pu­blique…

PRÈS DE 70 ANS après la pre­mière cou­ver­ture de Elle, le mythe Bardot est tou­jours vi­vace.

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