ONT TUé HOL­LANDE

Marianne Magazine - - CET ÉTÉ -

rôle d’un pré­sident de par­ler au­tant à des jour­na­listes ? N’a-t-il pas d’autres af­faires plus ur­gentes à trai­ter ?

Le ma­laise se ré­pand jusque par­mi les plus proches du pré­sident de la Ré­pu­blique. A l’hô­tel de Brienne, son ca­ma­rade Jean-Yves Le Drian, tout-puis­sant mi­nistre de la Dé­fense au cours du quin­quen­nat, ne cache plus sa co­lère au­près de ses conseillers quand il dé­couvre que le Monde a pu­blié un do­cu­ment clas­sé se­cret-dé­fense pour agré­men­ter l’un des ar­ticles de ses deux en­quê­teurs. Par­mi les hol­lan­dais du pre­mier cercle, il n’est pas le seul à ex­pri­mer ses doutes quant au chef de l’Etat et à son ave­nir po­li­tique. Tous guettent les hé­si­ta­tions de Fran­çois Hol­lande. Tous se posent les mêmes ques­tions jus­qu’à l’ob­ses­sion. « Est-il prêt à se re­pré­sen­ter en 2017 ? » « Le veut-il au moins ? » Dans la tor­peur de cette fin d’été, Hol­lande est seul.

Em­ma­nuel Ma­cron l’a très bien com­pris. Le mi­nistre de l’Eco­no­mie, cherche, de­puis juin, à sor­tir du gou­ver­ne­ment sans en­combre pour se concen­trer sur ses am­bi­tions per­son­nelles. Alors qu’il avait en­vi­sa­gé de par­tir à la mi-sep­tembre, à l’oc­ca­sion des jour­nées des ré­for­ma­teurs eu­ro­péens à Lyon, il ac­cé­lère le tem­po pour pro­fi­ter de la fai­blesse pré­si­den­tielle. Le lun­di 29 juin, le mi­nistre est re­çu à l’Ely­sée par Hol­lande. Les deux hommes se jaugent par pé­ri­phrases et al­lu­sions. Le même soir, à Co­lo­miers, près de Tou­louse, les so­cia­listes font leur ren­trée. Ayant eu vent du ren­dez-vous entre Ma­cron et Hol­lande, Jean-Chris­tophe Cam­ba­dé­lis, le pa­tron des so­cia­listes, ose un off avec quelques jour­na­listes sur les des­seins pré­si­den­tiels du jeune am­bi­tieux, his­toire de sa­von­ner sa sor­tie. Lors de son dis­cours, Ma­nuel Valls, de son cô­té, sort l’ar­tille­rie lourde en se pla­çant pour la pre­mière fois comme une al­ter­na­tive à Hol­lande : « Il faut de la res­pon­sa­bi­li­té, de la loyau­té – elle ne m’en­trave pas. »

PILONNAGE MAS­SIF

Mais pour les deux têtes de l’exé­cu­tif, il est dé­jà trop tard (même s’ils ne le savent pas en­core) : le len­de­main, Ma­cron dé­mis­sionne de son poste de mi­nistre. Et, au cours des se­maines qui vont suivre, le trio in­fer­nal va s’af­fron­ter jus­qu’à la mort à coups de pe­tites phrases, de off plus ou moins or­ga­ni­sés, et de cam­pagnes de com­mu­ni­ca­tion plus ou moins pré­mé­di­tées. Dans ce com­bat entre en­tou­rages et spin doc­tors – ces com­mu­ni­cants char­gés de bro­der des his­toires –, le livre de Da­vet et Lhomme va être une arme de choix. Ma­nuel Valls et ses amis vont s’em­pa­rer de la sor­tie de l’ou­vrage à la mi-oc­tobre pour pi­lon­ner le pré­sident de la Ré­pu­blique. Pour Ma­ti­gnon, la guerre est dé­sor­mais ou­verte, il s’agit d’em­pê­cher Hol­lande de se re­pré­sen­ter et de me­ner plus di­rec­te­ment la ba­taille contre Ma­cron. « On sa­vait que Valls avait dé­ci­dé de sai­sir sa chance avant 2016, mais on ne sa­vait pas comment. En fait, il a pris ap­pui sur le livre pour en faire un coup po­li­tique dans le cadre d’une stra­té­gie de har­cè­le­ment, et les mé­dias sont tom­bés dans le piège », ana­lyse un proche de la pre­mière heure de Fran­çois Hol­lande.

Le 1er sep­tembre pour­tant, le len­de­main de la dé­mis­sion de son mi­nistre de l’Eco­no­mie, le chef de l’Etat est loin d’ima­gi­ner un tel scé­na­rio. Il re­çoit Da­vet et Lhomme une der­nière fois à l’Ely­sée. Il com­mente avec pu­deur le dé­part de Ma­cron : « Il a pré­pa­ré son dé­part avec mé­thode. » Sa mau­vaise hu­meur à l’égard des jour­na­listes, il pré­fère la gar­der pour lui, même s’il fait état de son aga­ce­ment sur le titre du fu­tur ou­vrage. Comme s’il pres­sen­tait que ses en­ne­mis al­laient se je­ter sur le pa­vé pour mieux le dé­tour­ner de son ob­jet. C’est tout le pa­ra­doxe de ce livre de 700 pages qui, au fond, ne lui est pas si dé­fa­vo­rable. Mais, à l’heure des pe­tites phrases, les jour­na­listes n’en ont cure. Place au show. Valls l’a com­pris de­puis long­temps. Quelques se­maines après la sor­tie du livre, Ma­nuel Car­cas­sonne, l’édi­teur de Da­vet et Lhomme, pré­fère s’en amu­ser : « Le meilleur at­ta­ché de presse du livre [écou­lé à plus de 172 000 exem­plaires en 2016], ce fut en fait Valls. On de­vrait lui don­ner une com­mis­sion ! » Car, à Saint-Ger­main, les édi­teurs en ont été per­sua­dés du­rant cinq ans : Hol­lande ne fai­sait pas vendre. Sauf, donc, à ses dé­pens.

SO­LI­TUDE

Dès la sor­tie du livre des deux jour­na­listes du Monde en juillet 2016, les doutes au su­jet du pré­sident ont en­va­hi jus­qu’à son pre­mier cercle.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.