LA FIN DE LA TUR­QUIE ?

Nous pu­blions ci-des­sous un ex­trait de son livre “Tur­quie, an­née zé­ro” (Le Cerf, 2016).

Marianne Magazine - - MONDE -

La Tur­quie que nous connais­sions ne re­vien­dra pas. De même que la Ré­pu­blique n’existe plus sur le plan mo­ral. […] Pour moi, une page est en train de se tour­ner, celle d’une Tur­quie ins­pi­rée par les prin­cipes de 1923, qui sont le pro­grès, la science, la rai­son, l’éga­li­té des sexes, la laï­ci­té, afin de s’har­mo­ni­ser avec le monde occidental. Cette ré­vo­lu­tion cultu­relle, je pense au pro­ces­sus de sé­cu­la­ri­sa­tion por­té par Atatürk, s’est ac­com­plie dans une grande dou­leur, ce dont le mou­ve­ment is­la­miste s’est ser­vi par la suite pour la trans­for­mer en une vic­ti­mi­sa­tion de na­ture idéo­lo­gique. Er­do­gan, lui, ne s’y trompe pas : Atatürk est pour lui un mot ta­bou, un nom im­pro­non­çable qu’il rem­place sys­té­ma­ti­que­ment par l’in­ti­tu­lé de Ga­zi, « le Vic­to­rieux », dé­cer­né au com­man­dant en chef Mus­ta­pha Ke­mal, en 1921, en pleine guerre d’in­dé­pen­dance, avant la pro­cla­ma­tion de la Ré­pu­blique. Dans ses dis­cours, il fait ré­gu­liè­re­ment des ré­fé­rences né­ga­tives aux dé­buts de la mo­der­ni­sa­tion de la Tur­quie, qui com­mence au XIXe siècle, à l’époque des tan­zi­mat (« ré­formes »).

Pris dans une re­la­tion de haine amou­reuse, il cherche en fait à rem­pla­cer Atatürk dans l’ima­gi­naire col­lec­tif. Qu’en se­ra-t-il de la Tur­quie d’Er­do­gan ? Où ira-t-elle ? Qui peut en­core l’em­pê­cher de se réa­li­ser ?

L’idée de quit­ter le pays s’étend dra­ma­ti­que­ment dans la classe moyenne, je le constate tous les jours et ce­la me rend triste. J’ai peur de voir notre jeu­nesse par­tir et al­ler gros­sir les rangs de ces mêmes ré­fu­giés qui fondent sur l’Eu­rope oc­ci­den­tale.

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