BRI­GITTE, UN FANTASME FRAN­ÇAIS

Bri­gitte Ma­cron en­flamme les es­prits. Et si son pré­nom y était pour quelque chose ? Qua­li­fié de “phé­no­mène”, il évoque tout un ima­gi­naire, de­puis la cou­ra­geuse “Bri­gitte et le de­voir joyeux”, en 1937, jus­qu’aux suaves chan­teuses du duo Bri­gitte en pas­san

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Par Eve Char­rin

Bardot, Lahaie, Ma­cron, Fossey. Ero­tique, en­voû­tant, po­pu­laire… La folle his­toire d’un pré­nom qui évoque tout un ima­gi­naire et ra­conte la France.

Dis-moi pour­quoi/oui toi, oui toi, toi, là-bas/ Tu t’ap­pelles comme ça… Bri­gitte ! » C’est le groupe El­mer Food Beat, po­taches lou­foques de la va­rié­té fran­çaise, qui, il y a près de trente ans, en 1990, lan­çait cette ques­tion cru­ciale. Il se­rait dom­mage au­jourd’hui de ne pas (ré)écou­ter cette chan­son­nette d’une vul­ga­ri­té ré­jouis­sante, in­ti­tu­lée, jus­te­ment, Bri­gitte. Car face à la dé­fer­lante des unes sur l’épouse du pré­sident de la Ré­pu­blique, d’abord dans Pa­ris Match, puis dans l’Ex­press et dans l’Obs, il faut s’in­ter­ro­ger : pour­quoi un tel en­goue­ment pour « Bri­gitte » ? A quoi pen­saient-ils donc, ces mi­li­tants d’En marche, lorsque, au soir du 1er tour, porte de Ver­sailles, ils scan­daient avec en­thou­siasme « Bri­gitte, Bri­gitte » ? Bien sûr, ils pen­saient à Bri­gitte Ma­cron, la­quelle re­joi­gnait à cet ins­tant son ma­ri sur scène. Mais pas que. Au­raient-ils crié de la même fa­çon « Cé­ci­lia », « Car­la », « Va­lé­rie » ou « Ju­lie » ? Ou en­core, au ha­sard, au­raient-ils ac­cla­mé avec au­tant de cha­leur une « Ca­the­rine », une « Lau­rence » ou une « Isa­belle » ? Eh bien, non. Parce qu’avec ses voyelles ré­pé­ti­tives et ai­guës ce pré­nom fé­mi­nin char­rie des flots de fan­tasmes – et avec ça, de sa­crés mor­ceaux d’his­toire contem­po­raine. De qui, de quoi Bri­gitte est-il le (pré)nom ? De l’in­no­cente Bri­gitte Fossey, l’ado­rable pe­tite fille blonde de Jeux in­ter­dits (1952), jus­qu’à la trans­gres­sive Bri­gitte Lahaie, star du por­no dans les an­nées 70, en pas­sant par le mythe Bardot et par les che­mins de tra­verse avec la brune et un­der­ground Bri­gitte Fon­taine, Ma­rianne a ex­plo­ré le ter­ri­toire contras­té des Bri­gitte. Une ba­lade dans l’ima­gi­naire fran­çais.

SAINTE OU DéESSE

Quelle his­toire ! Il faut voir la courbe spec­ta­cu­laire de ce pré­nom, éta­blie par l’In­see : une flèche qui s’élance et culmine à la toute fin des an­nées 50. Inexis­tantes au dé­but du XXe siècle, les Bri­gitte font d’abord une ti­mide ap­pa­ri­tion dans les an­nées 20 : chaque an­née, une cen­taine de Fran­çaises se voient at­tri­buer ce pré­nom plu­tôt exo­tique, ve­nu du Nord. Comme l’ex­pliquent Phi­lippe Bes­nard et Guy Des­planques dans leur cé­lèbre Cote des pré­noms (Bal­land), Bri­gitte est en ef­fet « le nom d’une déesse cel­tique en Ir­lande à rat­ta­cher sans doute à brigh, puis­sance ». Vu l’éty­mo­lo­gie, il n’est pas éton­nant que de nos jours on en trouve à l’Ely­sée… Bri­gitte, c’est aus­si le nom de la sainte pa­tronne de l’Ir­lande (à ne pas confondre avec Pa­trick, cet usur­pa­teur) et ce­lui d’une autre sainte, sué­doise celle-là, ayant vé­cu au XIVe siècle (lire l’ar­ticle de Bru­no Fu­li­gni, p. 16). Cette au­ra de blon­deur et de pu­re­té bo­réale ren­contre-t-elle

Nombre de nais­sances de Bri­gitte par an­née

FI­GURES DE PROUE Scan­da­leuse, bour­geoise, pro­vo­cante ou in­no­cente… Pour­quoi donc la mo­der­ni­té fran­çaise est-elle ja­lon­née de Bri­gitte ?

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