LES RÉ­PU­BLI­CAINS EN PO­SI­TION DÉMISSIONNAIRE

Jean-Pierre Raf­fa­rin quitte la vie po­li­tique, Alain Jup­pé ne donne plus cher du par­ti qu’il a co­fon­dé, Va­lé­rie Pé­cresse et Xa­vier Ber­trand re­noncent à prendre le lea­der­ship. Peu à peu, les élé­ments pa­ci­fi­ca­teurs s’éloignent de la Rue de Vau­gi­rard et laiss

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Par Thi­baut Pé­ze­rat

Les élé­ments pa­ci­fi­ca­teurs, vieux sages ou mo­dé­rés, s’éloignent du par­ti et laissent le champ libre à la ligne dure in­car­née par Laurent Wau­quiez. Avant la scis­sion ?

Ala fin de 2016, il avait été nom­mé là par Fran­çois Fillon car il était consen­suel. Ber­nard Ac­coyer ne fai­sait ni vagues, ni es­clandre, et met­tait à peu près tout le monde d’ac­cord. Cet an­cien pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, fillo­niste rai­son­nable, avait réus­si pen­dant cinq ans, de­puis le Per­choir, à construire l’image d’un homme qui parle à tous. L’un des vieux sages du par­ti, qui se re­trouve de­puis le mois der­nier à ti­rer les oreilles de ceux des siens qui font les yeux doux au gou­ver­ne­ment d’Edouard Phi­lippe. Franck Ries­ter, dé­pu­té de Seine-et-Marne, a ain­si re­çu une lettre d’Ac­coyer, lui don­nant du « mon­sieur le pré­sident » : Ries­ter est, de­puis quelques jours, co­pré­sident du groupe Les Construc­tifs à l’As­sem­blée na­tio­nale. Mais le ton se gâte, ra­pi­de­ment. Voi­là le se­cré­taire gé­né­ral du par­ti Les Ré­pu­bli­cains qui ac­cuse le dé­pu­té de Seine-et-Marne de « ma­noeuvre » et de « faute grave », pour avoir par­ti­ci­pé à « l’opé­ra­tion ques­ture » me­née par Thier­ry So­lère : un sub­til jeu de cou­loirs qui a per­mis au dé­pu­té des Hauts-de-Seine de s’em­pa­rer de l’un des postes les plus pri­sés de l’As­sem­blée na­tio­nale au nez et à la barbe d’Eric Ciot­ti, re­pré­sen­tant de la ligne pure et dure du par­ti. Autre mo­tif de co­lère de Ber­nard Ac­coyer : Franck Ries­ter a, tout comme les quatre mi­nistres is­sus de LR, fait cam­pagne aux lé­gis­la­tives pour d’autres can­di­dats que ceux dé­si­gnés par sa fa­mille po­li­tique. Pous­sé par un bon nombre d’élus plus durs que lui, voi­là Ber­nard Ac­coyer obli­gé de jouer les Père Fouet­tard de la droite. Ceux qui le connaissent l’ad­mettent bien vo­lon­tiers : ce n’est pas la par­ti­tion la plus agréable pour l’an­cien dé­pu­té de Sa­voie.

Au hui­tième étage du par­ti, le bon doc­teur Ac­coyer se re­trouve d’ailleurs bien seul : où sont pas­sés ses vieux amis ? Fran­çois Fillon, lui, est par­ti se faire ou­blier dans la Sarthe. Alain

Jup­pé est re­tran­ché dans sa mai­rie de Bor­deaux. Quant à Jean-Pierre Raf­fa­rin, casque bleu par­mi les casques bleus de cette fa­mille po­li­tique, il a car­ré­ment dé­mis­sion­né pour se lan­cer dans l’hu­ma­ni­taire (le vrai) : l’an­cien Pre­mier mi­nistre doit fon­der une ONG in­ter­na­tio­nale « pour aler­ter contre les risques de guerre qui nous me­nacent ».

ADIEU, SAGES ET MO­DÉ­RÉS

Reste bien Gé­rard Lar­cher, ten­tant bon gré mal gré de plai­der pour l’uni­té, tant que faire se peut, mais là en­core on sent le pré­sident du Sé­nat bien pes­si­miste quant aux chances de sur­vie de son par­ti : « Gé­rard n’a qu’une seule ob­ses­sion, que la scis­sion du par­ti n’in­ter­vienne qu’après les sé­na­to­riales », ré­sume l’un de ses proches. Alain Jup­pé lui-même, dans la ma­ti­nale de « Pu­blic Sé­nat », a ré­cem­ment ti­ré les le­çons de sa dé­faite, ne don­nant que peu d’ave­nir au par­ti qu’il a créé en 2012 : « L’UMP a vé­cu, le centre a re­pris son au­to­no­mie. J’ai es­sayé pen­dant la pri­maire de re­ve­nir à cette construc­tion de la droite et du centre, je n’y suis pas par­ve­nu, la ques­tion se pose à nou­veau au­jourd’hui. Au fond des choses, il y a des sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes. »

Comme l’ex­plique Jup­pé, les an­ciens du par­ti savent que la fin de l’union vou­lue par Jacques Chi­rac est proche, et qu’elle pour­rait trou­ver son épi­logue en dé­cembre pro­chain lors du con­grès du par­ti. Ils par­tagent tous le même diag­nos­tic : Laurent Wau­quiez, la qua­ran­taine vi­vace et les idées très à droite, est au­jourd’hui ac­cla­mé dans toutes les réunions mi­li­tantes aux­quelles il par­ti­cipe. Et ils ne voient pas qui pour­rait le concur­ren­cer.

Avant même d’avoir dé­cla­ré sa can­di­da­ture, voi­là ses ad­ver­saires po­ten­tiels tom­ber comme des mouches : Xa­vier Ber­trand avait an­non­cé, il y a quelques se­maines, qu’il lais­sait Va­lé­rie Pé­cresse af­fron­ter le pré­sident de la ré­gion Rhône-Alpes. La pré­si­dente de la ré­gion Ile-deF­rance a dé­cli­né l’offre le week-end der­nier. Of­fi­ciel­le­ment, celle-ci re­fuse de « par­ti­ci­per à une guerre des chefs ». Mais au­tour de Wau­quiez, on ri­cane bien : « Ils savent sur­tout qu’ils vont perdre à tous les coups. » Dans un élan de pro­vo­ca­tion, Thier­ry So­lère a bien fait sa­voir qu’il s’in­té­res­sait à la pré­si­dence du par­ti, mais, en cou­lisses, il est du­bi­ta­tif : « Je ne vois pas bien l’in­té­rêt de prendre un par­ti aus­si en­det­té et aus­si à droite », ex­pli­quai­til il y a en­core quelques se­maines. En réa­li­té, le dé­pu­té des Hauts-deSeine sou­haite lais­ser les mi­li­tants cla­ri­fier la ligne : iden­ti­taires contre eu­ro­péens. Mais tout in­dique qu’en dé­cembre pro­chain l’an­cien maire du Puy-en-Ve­lay em­por­te­ra la mise. « Ce­la fait des an­nées qu’on ra­di­ca­lise nos mi­li­tants, les plus mo­dé­rés sont par­tis chez Ma­cron dès le pre­mier tour, mais les pa­trons du par­ti ne l’ont tou­jours pas com­pris ! » s’agace une « construc­tive ».

Bye bye les vieux sages, les pa­ci­fi­ca­teurs, les casques bleus. Bon­jour les jeunes fous du par­ti. Une fois élu, Laurent Wau­quiez de­vrait, si l’on en croit cette jup­péiste, faire fuir en­core pas mal de monde : « Il se­ra in­ca­pable de faire le ras­sem­ble­ment de toutes les sen­si­bi­li­tés, du coup, l’aile hu­ma­niste, qui a tou­jours été la va­riable d’ajus­te­ment de l’UMP, s’en ira. Le lea­der de la droite mo­derne, ce se­ra le Pre­mier mi­nistre. » Un re­tour au vieux mo­dèle UDF contre RPR, que les ob­ser­va­teurs les plus aguer­ris ont vu per­cer lors de l’af­faire « So­lère contre Ciot­ti » : « Thier­ry So­lère a fait ce que les no­tables de l’UDF n’ont ja­mais osé faire : avoir une at­ti­tude RPR pour une cause UDF. Moi, ce­la m’a ra­vi », s’en­thou­siasme-t-on chez Les Construc­tifs. « Ça a dû faire tout bi­zarre à Ciot­ti de voir qu’on pou­vait adop­ter les mêmes mé­thodes que lui », ri­gole un dé­pu­té fa­vo­rable au gou­ver­ne­ment d’Edouard Phi­lippe. Qu’on se le dise : les plus jeunes cadres du par­ti ne se fe­ront plus au­cun ca­deau.

LA PEUR DU CHAN­GE­MENT

L’ob­jec­tif des Construc­tifs ? Ras­sem­bler à terme toute la droite mo­dé­rée. Pour le mo­ment, ce but est loin d’être at­teint. Vingt-trois dé­pu­tés de leur groupe se sont abs­te­nus lors du vote de confiance au gou­ver­ne­ment Phi­lippe, contre seu­le­ment 12 qui ont vo­té pour (dont So­lère et Ries­ter). Une pre­mière étape, se­lon un spé­cia­liste du par­ti : « La ma­jo­ri­té d’Edouard Phi­lippe a vo­ca­tion à s’élar­gir sur sa droite », pré­dit-il, as­su­rant que nombre de dé­pu­tés LR ont re­fu­sé de re­joindre Les Construc­tifs par peur du chan­ge­ment. « Ce se­rait plu­tôt bien de ne pas avoir que des gau­chistes dans notre groupe », s’amuse un dé­pu­té proche d’Edouard Phi­lippe. Se­lon un col­la­bo­ra­teur de l’As­sem­blée na­tio­nale, plu­sieurs dé­pu­tés res­tés dans le groupe his­to­rique, comme l’an­cien jup­péiste Phi­lippe Gos­se­lin, ont pré­ve­nu leur hié­rar­chie : « Au moindre pro­blème, ils partent chez Les Construc­tifs. » En l’ab­sence de leurs tu­teurs, les herbes folles des Ré­pu­bli­cains n’ont pas fi­ni leur guerre de ter­rain. Dans l’en­tou­rage de Raf­fa­rin, on en plai­sante ou­ver­te­ment : « Oh, mais il y en au­ra d’autres, des sages, il y au­ra les sar­ko­zystes ! »

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