L’unique par­ti

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Guy Ko­nop­ni­cki

Les an­ciens par­tis étant par­tis en vrille, fa­ta­le­ment court-cir­cui­tés à force d’être tra­ver­sés de cou­rants contra­dic­toires, le nou­veau par­ti s’af­firme, sans que l’on sache ce qui peut bien uni­fier ses adhé­rents. Les jour­naux pu­blient des por­traits, de belles his­toires de jeunes gens et de jeunes femmes dy­na­miques qui ont un jour dé­ci­dé d’être du par­ti. Quand on leur de­mande ce qui les mo­tive ils in­voquent le dé­sir de « faire bou­ger les choses », ils ré­pètent le mot ré­forme, sans plus de pré­ci­sion. Ils veulent faire, ils vont faire. Ce verbe étant le maître mot de la langue fran­çaise, ils sont la France, et même, la

Ré­pu­blique en marche.

Ce par­ti se trouve dans une po­si­tion in­édite : il a conquis le pou­voir avant d’exis­ter. Quand on songe aux nom­breuses for­ma­tions qui ont oc­cu­pé le champ po­li­tique sans ja­mais par­ve­nir au pou­voir, on peut avoir le sen­ti­ment de vivre une vé­ri­table ré­vo­lu­tion. Etre d’em­blée tout et rien à la fois n’est pas don­né à tout le monde. Nous étions tant ha­bi­tués à ceux qui pro­met­taient tout pour n’ar­ri­ver à rien ! Nous voi­ci sous un par­ti qui dé­tient tout et dont nous ne sa­vons rien. Il y a bien une pré­si­dente, par in­té­rim, Ca­the­rine Bar­ba­roux, char­gée de struc­tu­rer le ma­chin. Le par­ti s’est même réuni, ce n’était pas un con­grès, seu­le­ment une sorte d’as­sem­blée ryth­mée par des ap­plau­dis­se­ments, plus que par des prises de pa­role. Il s’agis­sait d’ap­prou­ver par cla­que­ments des mains la ligne pré­sen­tée par Edouard Phi­lippe, de­ve­nu Pre­mier mi­nistre, parce qu’il n’était pas membre d’En marche et in­car­nait l’ou­ver­ture. Donc Edouard Phi­lippe ani­mait la réunion du par­ti, alors même que le sien pré­pa­rait à son en­contre une pro­cé­dure d’ex­clu­sion. Belle ma­nière de dire aux adhé­rents de La Ré­pu­blique en marche qu’ils ne sont fi­na­le­ment rien. Ils ne versent pas de co­ti­sa­tions et peuvent donc s’en re­mettre à un homme qui les a payées ailleurs. Pour une in­no­va­tion, c’est une in­no­va­tion. L’adhé­sion étant gra­tuite, le mar­cheur de base se­rait mal fon­dé de se plaindre. A ce prix-là, on prend la po­li­tique comme elle vient, du haut de la tri­bune, et on ap­plau­dit.

Em­ma­nuel Ma­cron vient de fon­der le par­ti idéal. Un fi­nan­ce­ment pu­blic co­los­sal, fon­dé sur le nombre de voix aux lé­gis­la­tives aug­men­té de la prime ver­sée pour cha­cun des 309 dé­pu­tés. Au­tre­ment dit, une pompe à fric. Nul be­soin de co­ti­sants, ces gens la ra­mènent à tout pro­pos et se croient pro­prié­taires du par­ti. Ces gens se­raient bien ca­pables de dis­cu­ter les orien­ta­tions po­li­tiques, et même de cri­ti­quer le pré­sident de la Ré­pu­blique ! Les par­tis clas­siques étaient fon­dés sur des pro­jets, des prin­cipes, voire des idéo­lo­gies qui exis­taient avant les plus pres­ti­gieux des lea­ders. Le so­cia­lisme pré­cé­dait Fran­çois Mit­ter­rand et même Jean Jau­rès. La vie de La Ré­pu­blique en marche com­mence avec Em­ma­nuel Ma­cron. Le par­ti ne connaît donc qu’une seule pen­sée, celle du pré­sident. Le simple adhé­rent ne peut pré­tendre pen­ser. Il a le droit de se réunir sous le por­trait du pré­sident et d’ap­plau­dir les ora­teurs.

Le dé­pu­té, lui, a des de­voirs. Etant élu dans la fou­lée de l’élec­tion du pré­sident Ma­cron, il se doit donc de vo­ter les textes lé­gis­la­tifs pro­po­sés par le gou­ver­ne­ment. De quoi se plain­drait-il ? Il touche plus de 7 000 eu­ros men­suels pour vo­ter se­lon les in­di­ca­tions four­nies par le pré­sident de son groupe. Il peut, en cer­taines cir­cons­tances, ex­pri­mer des doutes, peut-être des désac­cords, mais au mo­ment du vote la dis­ci­pline pré­vaut. Ce­la res­semble fu­rieu­se­ment au cen­tra­lisme dé­mo­cra­tique ja­dis en vi­gueur au Par­ti com­mu­niste. Un oxy­more, le cen­tra­lisme dé­mo­cra­tique. L’hu­mour des pays de l’Est en dé­fi­nis­sait par­fai­te­ment le mé­ca­nisme : on vide un seau d’eau par la fe­nêtre, c’est le cen­tra­lisme, pour le rendre dé­mo­cra­tique, il suf­fit de faire re­mon­ter l’eau. Les dé­pu­tés La Ré­pu­blique en marche se conten­te­ront de faire re­mon­ter leurs voix afin d’as­su­rer l’adop­tion de toutes les pro­po­si­tions du gou­ver­ne­ment. Pour com­plé­ter ce dis­po­si­tif, En marche an­nonce le lan­ce­ment d’un or­gane cen­tral, contre­point à la pol­lu­tion cri­tique des mé­dias. La Ré­pu­blique en marche est un par­ti unique… en son genre !

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