LES VER­TUS THÉ­RA­PEU­TIQUES DU THÉ

Vo­ra­ci­té des la­bos, in­cu­rie éta­tique, scan­dales sa­ni­taires en chaîne ont sé­rieu­se­ment ébran­lé le pres­tige de la mé­de­cine oc­ci­den­tale. A l’in­verse, tout ce qui est na­ture et tra­di­tion sé­duit. On re­dé­couvre avec en­thou­siasme les plantes et leurs an­tiques pr

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Em­ma­nuel Tres­mon­tant

C’est un per­son­nage lé­gen­daire de la ci­vi­li­sa­tion chi­noise, l’em­pe­reur et mé­de­cin Shen­nong, sur­nom­mé « le Grand De­vin », qui au­rait dé­cou­vert les ver­tus du thé, deux mille huit cents ans avant notre ère, de façon for­tuite. S’étant vo­lon­tai­re­ment in­toxi­qué pour tes­ter sur lui-même dif­fé­rentes plantes, il se se­rait éten­du au pied d’un arbre sau­vage de 10 m de haut tout en fai­sant bouillir de l’eau. Trois feuilles se­raient tom­bées dans le bol, qui au­rait chan­gé de cou­leur et dé­ga­gé un par­fum agréable. Shen­nong en but et fut sou­la­gé : il ve­nait de dé­cou­vrir un an­ti­dote, le thé, qui fe­ra plus tard l’ob­jet d’un trai­té de phar­ma­co­pée, le Shen­nong Ben­cao, ré­di­gé au Ier siècle de notre ère. Quelque deux mille ans plus tard, une ar­ma­da de cher­cheurs oc­ci­den­taux est en train de confir­mer, éprou­vettes à l’ap­pui, toute la vé­ra­ci­té et la per­ti­nence de ce trai­té ma­nus­crit consi­dé­ré en Chine comme un tré­sor na­tio­nal. « Le thé, ex­plique le Dr Ri­chard Bé­li­veau, pro­fes­seur de mé­de­cine mo­lé­cu­laire à l’uni­ver­si­té du Qué­bec, est l’un des ali­ments les mieux do­cu­men­tés scien­ti­fi­que­ment. Ses mo­lé­cules ont une po­ly­va­lence d’ac­tion sur les cel­lules et pré­sentent un in­té­rêt cer­tain d’un point de vue mé­di­cal et phar­ma­co­lo­gique. »

IL STI­MULE EN DOU­CEUR

Il est éta­bli que la théine agit d’abord comme un to­ni­fiant et un sti­mu­lant, à la fois pour le corps et l’es­prit. Comme la ca­féine, elle amé­liore la concen­tra­tion in­tel­lec­tuelle (sur­tout

les ré­coltes d’avril) et l’en­du­rance phy­sique, rai­son pour la­quelle les acteurs de théâtre af­fec­tionnent cette bois­son (en par­ti­cu­lier le thé noir, plus riche en théine que les autres va­rié­tés – blanc, rouge, jaune ou vert). Ils y trouvent le moyen de do­per leur mé­moire, mais aus­si une source d’apai­se­ment. Car, contrai­re­ment à la ca­féine, la théine n’agit pas comme « un coup de fouet », mais sti­mule en dou­ceur, sans ex­ci­ter. Autre pro­prié­té dé­mon­trée très ap­pré­ciée des vic­times du trac : des effets diu­ré­tiques et an­ti­diar­rhéiques, grâce aux po­ly­phé­nols an­ti­vi­raux et an­ti­bac­té­riens conte­nus dans la théine, qui agissent ef­fi­ca­ce­ment sur la flore in­tes­ti­nale.

UNE SOURCE DE JOU­VENCE

Les feuilles de thé sont aus­si un concen­tré ex­cep­tion­nel d’an­ti­oxy­dants, ces pré­cieuses mo­lé­cules qui neu­tra­lisent les fu­nestes « ra­di­caux libres » pro­duits avec l’âge par notre corps, sous l’ef­fet des agres­sions ex­té­rieures (stress, pol­lu­tion, mal­bouffe, ta­bac, al­cool, etc.) ac­cé­lé­rant un peu plus le vieillis­se­ment des

cel­lules. Les an­ti­oxy­dants conte­nus dans le thé vert agissent trois heures après une tasse, ceux conte­nus dans le thé noir, une heure après seule­ment. Bref, une bé­né­dic­tion ! Les mé­chants « ra­di­caux » fa­vo­risent aus­si l’ap­pa­ri­tion du can­cer, du dia­bète, de la ca­ta­racte et des ma­la­dies de Par­kin­son et d’Alz­hei­mer. Des études me­nées sé­pa­ré­ment dans plu­sieurs uni­ver­si­tés à tra­vers le monde (aux Etats-Unis, en Chine, en Afrique du Sud et au Ja­pon) ont dé­mon­tré ce qu’à vrai dire les vieux mé­de­cins chi­nois sa­vaient déjà : le thé contient plus d’an­ti­oxy­dants que le rai­sin, l’oi­gnon, l’épi­nard et l’ail réunis, et il peut frei­ner l’ap­pa­ri­tion de ces re­dou­tables ma­la­dies. A l’uni­ver­si­té de Bos­ton, on a prou­vé que boire 19 tasses de thé par se­maine en­di­guait le risque de ma­la­die car­dio-vas­cu­laire, en fai­sant bais­ser la ten­sion ar­té­rielle et en ré­dui­sant le taux de cho­les­té­rol. A celle de Pé­kin, l’ac­tion du thé comme agent pré­ven­tif per­met­tant d’écar­ter le risque de can­cer du cô­lon, du pan­créas et du rec­tum a aus­si été mise en évi­dence : le thé agit di­rec­te­ment sur les bac­té­ries né­fastes de l’in­tes­tin qui pro­duisent de l’am­mo­niac.

Si les pro­prié­tés mé­di­ci­nales de la théine sont dé­sor­mais connues et ad­mises, en re­vanche, le grand public doit sa­voir que n’im­porte quel thé n’est pas, en soi, bon pour la san­té. Pour avoir une ef­fi­ca­ci­té pro­bante, ses feuilles ne sont pas des­ti­nées à vieillir, mais doivent être consom­mées les plus jeunes pos­sibles, quelques mois après la ré­colte.

UN BIEN­FAI­TEUR FRA­GILE

Le théier, qui est un arbre à feuillage per­sis­tant, donne au moins trois ré­coltes an­nuelles : prin­temps, été, au­tomne. Et cha­cune se dé­roule en plu­sieurs cueillettes, qui donnent une feuille dif­fé­rente. Les connais­seurs savent que les feuilles de la pre­mière cueillette sont tou­jours plus riches en goût, en vi­ta­mines et en sels mi­né­raux. Aus­si­tôt cueillie, la feuille de thé doit être conser­vée au frais, au sec, à l’abri de l’air et de la lu­mière. Un thé se consomme dans l’an­née, après quoi, il s’oxyde et perd sa ri­chesse et ses ver­tus in­trin­sèques. Seul le pue­rh (un thé noir de Chine post­fer­men­té et pres­sé en ga­lettes) est ca­pable de ré­sis­ter au temps (on peut le conser­ver plu­sieurs dé­cen­nies). Bref, sur le plan aus­si bien gus­ta­tif que mé­di­ci­nal, la feuille de thé est donc une mer­veille fu­gace.

CÉ­RÉ­MO­NIE

Il y a plus de sa­gesse dans le si­lence d’une tasse de thé que dans les dia­tribes de Mi­chel On­fray ! Mo­ment de grâce et d’élé­gance, pour le­quel la beauté des ob­jets uti­li­sés (bol, tasse, théière, fouet, pince, cuillère, pas­soire, pla­teau, sou­coupe, ta­ta­mi, table basse, ki­mo­no…) est aus­si importante que la qua­li­té du thé ser­vi.

RI­TUEL SÉ­CU­LAIRE

Le temps dé­dié à la pré­pa­ra­tion du breu­vage et à sa dé­gus­ta­tion, le res­pect des règles, le sen­ti­ment d’ac­com­plir un ri­tuel im­mé­mo­rial des­ti­né au par­tage, tout ce­la concourt à nous abs­traire de la bar­ba­rie am­biante et à nous faire du bien !

LYNE WANG, LA DÉCOUVREUSE

Née en 1966 à Shan­ghai, elle a fait mé­de­cine à la Sor­bonne. Sa bou­tique, dans le Marais, est de­ve­nue une ins­ti­tu­tion. Même les Chi­nois viennent y re­dé­cou­vrir leurs thés.

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