PA­TRONS ET PO­LI­TIQUE : UN SIèCLE D’IN­FLUENCE

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Par Jean Garrigues

Du Co­mi­té des forges au XIXe siècle au Me­def d’au­jourd’hui, le pa­tro­nat a tou­jours cher­ché à pe­ser sur les gou­ver­ne­ments.

Du Co­mi­té des forges au XIXe siècle au Me­def de Pierre Gat­taz, le pa­tro­nat a tou­jours cher­ché à pe­ser sur les gou­ver­ne­ments pour faire la loi. Par­fois avec suc­cès.

Le pa­tro­nat est-il un cin­quième pou­voir ? Les pa­trons, di­vi­sés par na­ture, et concur­rents entre eux, par­vien­nen­tils à s’éri­ger en un contre­pou­voir ? Ou en­core, sont-ils, comme le pré­ten­dait Fran­çois Cey­rac, le pa­tron des pa­trons dans les an­nées 70, « l’un des plus sûrs ga­rants de la dé­mo­cra­tie » ? Ce qui est sûr, c’est que leur in­fluence a été constante de­puis un siècle sur les pou­voirs ré­pu­bli­cains. Suc­cé­dant au se­cond Em­pire, qui fut par ex­cel­lence l’époque de l’ar­gent roi, la IIIe Ré­pu­blique a dé­mul­ti­plié les lieux du pou­voir, des an­ti­chambres mi­nis­té­rielles aux bu­reaux des maires en pas­sant par les cou­loirs des as­sem­blées, et les pa­trons se sont adap­tés à cette nou­velle donne, pour faire pres­sion et par­ti­ci­per ain­si à la dé­ci­sion po­li­tique. De­puis cette époque, leur in­fluence ne s’est ja­mais dé­men­tie.

RéELLE IN­CI­DENCE

« Le Co­mi­té des forges com­mande. Le Par­le­ment ca­pi­ta­liste n’a qu’à obéir », écri­vait le so­cia­liste Fran­cis De­lai­si à la veille de la Pre­mière Guerre mon­diale. Au-de­là de l’exa­gé­ra­tion polémique, il met­tait en lu­mière l’in­fluence po­li­tique réelle exer­cée de­puis le dé­but du siècle par les « ba­rons du fer », ces grands in­dus­triels de la mé­tal­lur­gie fran­çaise ras­sem­blés der­rière les Wen­del et les Sch­nei­der. Par le tru­che­ment de leur « agent » Ro­bert Pi­not, pre­mier de nos grands lob­byistes, ils en­ten­daient pe­ser sur la po­li­tique dans tous ses as­pects. Ils s’étaient mo­bi­li­sés dès 1900 contre le dé­cret du mi­nistre so­cia­liste de l’In­dus­trie, Alexandre Mille­rand, ins­tal­lant des conseils ré­gio­naux du travail char­gés de ré­gler les confits so­ciaux. Y voyant une at­teinte à l’au­to­no­mie du pa­tron dans son en­tre­prise, ils avaient sus­ci­té la créa­tion d’une or­ga­ni­sa­tion de com­bat, l’Union des in­dus­tries mé­tal­lur­giques et mi­nières (UIMM), qui avait pris la tête de la ré­volte contre le dé­cret Mille­rand. Ce fut en vain, mais l’UIMM, de­ve­nue en­suite Union des in­dus­tries et mé­tiers de la mé­tal­lur­gie, reste au­jourd’hui en­core un pi­lier de l’in­fluence pa­tro­nale.

On re­trouve les ba­rons du fer à la pointe de la mo­bi­li­sa­tion pa­trio­tique en 1914, lorsque ce même Mille­rand, de­ve­nu mi­nistre de la Guerre, les réunit pour or­ga­ni­ser leur contri­bu­tion à la pro­duc­tion d’ar­me­ment. Cer­tains fi­nan­ciers et en­tre­pre­neurs en ti­re­ront des bé­né­fices ex­cep­tion­nels, tel Louis Re­nault, d’autres se li­vre­ront à des abus, voire à des scan­dales comme ce­lui du non-bom­bar­de­ment des usines Wen­del de Briey, en ter­ri­toire al­le­mand. Cette mo­bi­li­sa­tion due à la guerre re­flète en tout cas une collaboration étroite entre dé­ci­deurs po­li­tiques et pa­tro­naux, concré­ti­sée en 1917 par la créa­tion des consor­tiums in­ven­tés par le mi­nistre du Com­merce, Etienne Clé­men­tel. En 1919, ce der­nier est à l’ori­gine de la Confé­dé­ra­tion gé­né­rale de la pro­duc­tion fran­çaise (CGPF), qui est très di­rec­te­ment l’an­cêtre du Me­def.

CONTRER LE Pé­RIL ROUGE

Le Co­mi­té des forges conti­nue à y jouer un rôle mo­teur du­rant l’entre-deux-guerres, no­tam­ment en contrô­lant la presse d’in­fluence, en par­ti­cu­lier le Temps, le grand quo­ti­dien de ré­fé­rence de l’époque. Face au Car­tel des gauches, coa­li­tion des ra­di­caux et des so­cia­listes qui rem­porte les élec­tions de 1924, les mi­lieux in­dus­triels et fi­nan­ciers érigent un « mur d’ar­gent ». Le con­seil de ré­gence de la Banque de France, contrô­lé par Wen­del et Roth­schild, re­fuse sa collaboration au gou­ver­ne­ment du ra­di­cal Her­riot, ce qui pro­voque sa chute en 1926. Mais, dix ans plus tard, la ré­bel­lion pa­tro­nale est re­lan­cée par la vic­toire du Front po­pu­laire, qui ras­semble ra­di­caux, so­cia­listes et com­mu­nistes. Après le trau­ma-

tisme de la vic­toire des « rouges » et de la grève gé­né­rale vient le temps de la né­go­cia­tion, à l’ini­tia­tive d’Al­fred Lam­bert-Ri­bot, dé­lé­gué gé­né­ral de l’UIMM et se­cré­taire gé­né­ral du Co­mi­té des forges. Ce der­nier prend contact avec le pré­sident du Con­seil, Léon Blum, qui fut son col­lègue au Con­seil d’Etat, pour lui de­man­der d’or­ga­ni­ser sans tar­der une ren­contre avec les syn­di­cats. De leurs dis­cus­sions sortent, le 7 juin 1936, les ac­cords de Ma­ti­gnon sur le re­lè­ve­ment des sa­laires et les contrats col­lec­tifs.

Mais les grou­pe­ments des banques, des as­su­rances et des grands ma­ga­sins re­fusent de sous­crire à ces ac­cords. Paul Bre­not, grand pa­tron des in­dus­tries ra­dio­élec­triques, fonde un Co­mi­té de pré­voyance et d’ac­tion so­ciales des­ti­né à me­ner une lutte sys­té­ma­tique contre le Front po­pu­laire. Il en confie la pré­si­dence à l’an­cien mi­nistre conser­va­teur Louis Ger­main-Mar­tin, qui stig­ma­tise le pé­ril com­mu­niste à lon­gueur d’in­ter­view. Cer­tains pa­trons n’hé­sitent pas à s’aco­qui­ner avec les ligues d’ex­trême droite, à l’ins­tar de Pierre Tait­tin­ger, le mil­lion­naire du cham­pagne et du cho­co­lat Su­chard, du par­fu­meur Fran­çois Co­ty, fi­nan­cier de So­li­da­ri­té fran­çaise, ou en­core d’Eu­gène Schuel­ler, fon­da­teur de L’Oréal, qui pro­tège les ter­ro­ristes de la Ca­goule. Par tous les moyens, l’iner­tie fi­nan­cière, l’obs­truc­tion par­le­men­taire et ré­gle­men­taire, la cam­pagne de presse, la ma­ni­pu­la­tion des or­ga­ni­sa­tions ca­té­go­rielles, les fi­nan­ce­ments oc­cultes, les pa­trons ont ain­si contre­car­ré l’ex­pé­rience du Front po­pu­laire.

LA “GRANDE CA­TAS­TROPHE”

Pa­reille mo­bi­li­sa­tion pa­tro­nale ne se re­trouve que dans les an­nées 70, face au pro­gramme com­mun de la gauche. Entre-temps bien sûr, l’in­fluence po­li­tique des pa­trons ne s’est ja­mais dé­men­tie : à Vi­chy, où les ré­no­va­teurs is­sus du groupe X-Crise, tel Gé­rard Bar­det, ont eu gain de cause pen­dant quelques mois, grâce au sou­tien de l’ami­ral Dar­lan ; sous la IVe Ré­pu­blique, où l’an­cien pré­fet de Vi­chy An­dré Bou­te­my, à la fois bailleur de fonds et lob­byiste du Con­seil na­tio­nal du pa­tro­nat fran­çais (CNPF), a joué un rôle dé­ci­sif dans le fi­nan­ce­ment des cam­pagnes élec­to­rales ; ou en­core sous la pré­si­dence de Georges Pom­pi­dou, qui a fait d’Am­broise Roux – l’un des hommes forts du CNPF – l’un de ses prin­ci­paux conseillers of­fi­cieux.

Mais, lorsque l’Union de la gauche, contrac­tée par Fran­çois Mit­ter­rand, Georges Mar­chais et Ro­bert Fabre, me­nace de rem­por­ter les élec­tions de 1973, c’est le branle-bas de com­bat dans l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale. Avec les fonds de l’UIMM, une vé­ri­table « opé­ra­tion propagande » est alors me­née, com­pre­nant le fi­nan­ce­ment d’une cam­pagne té­lé­vi­sée en faveur de la droite, des sé­mi­naires de for­ma­tion pour ses can­di­dats gaul­listes ou gis­car­diens, l’im­pres­sion de plu­sieurs mil­lions d’af­fiches ou en­core la pu­bli­ca­tion de jour­naux et de bro­chures tel le Cau­che­mar

ou l’ap­pli­ca­tion du pro­gramme com­mun comme si vous y étiez. Et l’on re­trouve une cam­pagne si­mi­laire pour les élec­tions de 1978, où la gauche est en­core plus me­na­çante, avec no­tam­ment le lan­ce­ment en 1977 du quo­ti­dien J’in­forme, qui se veut le Monde de droite, et qui est fi­nan­cé par l’UIMM, Pa­ri­bas, la Banque In­do­suez. Ce­pen­dant, ce n’était que re­cu­ler l’échéance de la « grande ca­tas­trophe » qui voit Fran­çois Mit­ter­rand em­por­ter l’élec­tion pré­si­den­tielle en mai 1981.

“PLUS GRAVE QU’EN 1936”

« La si­tua­tion est beau­coup plus grave qu’en 1936 », af­firme Fran­çois Cey­rac. En fait, c’est d’abord la né­go­cia­tion qui pré­vaut face au pro­gramme de na­tio­na­li­sa­tions du chef de l’Etat. On voit par exemple Guy De­joua­ny, PDG de la Gé­né­rale des eaux, ob­te­nir de son ami An­dré Rous­se­let, di­rec­teur de ca­bi­net de Mit­ter­rand, que son groupe reste pri­vé. De même, Pierre de Bé­nou­ville, col­la­bo­ra­teur his­to­rique de Mar­cel Das­sault mais aus­si com­pa­gnon de ré­sis­tance de Mit­ter­rand, ob­tient-il de ce der­nier que la so­cié­té Das­sault conserve au pri­vé la to­ta­li­té de son pa­tri­moine im­mo­bi­lier. Yvon Gat­taz, nou­veau pré­sident du CNPF, se targue d’avoir ob­te­nu sept ren­contres en tête à tête avec le pré­sident so­cia­liste entre 1981 et 1986, un re­cord ab­so­lu dans l’histoire des re­la­tions entre les pa­trons et le pou­voir. En re­vanche, la guerre est dé­cla­rée au Par­le­ment, où des mil­liers d’amen­de­ments is­sus du pa­tro­nat sont dé­po­sés par la droite contre les na­tio­na­li­sa­tions, les lois Au­roux ou la loi contre la presse Her­sant de 1984. De son cô­té, Am­broise Roux lance une As­so­cia­tion fran­çaise des en­tre­prises pri­vées (Afep), com­po­sée des plus grands pa­trons fran­çais, dont l’ob­jec­tif dé­cla­ré est de « re­créer l’es­ta­blish­ment mis à mal par les na­tio­na­li­sa­tions ». Ce sont d’ailleurs Am­broise Roux, Mar­cel Das­sault et quelques autres qui ob­tiennent une ré­con­ci­lia­tion entre Gis­card et Chi­rac en 1984. C’est à par­tir des idées de l’Afep qu’Edouard Bal­la­dur éta­blit le pro­gramme de pri­va­ti­sa­tion de l’op­po­si­tion unie, mar­qué no­tam­ment par le sys­tème des « noyaux durs », en vue des élec­tions lé­gis­la­tives de 1986. C’est ain­si que les pa­trons, après avoir ob­te­nu du so­cia­liste Jacques De­lors le tour­nant de la ri­gueur en 1982, se­ront les mo­teurs du pro­gramme néo­li­bé­ral de la droite au pou­voir sous la pre­mière co­ha­bi­ta­tion.

“LEA­DER­SHIP D’IN­FLUENCE” ?

On re­trouve le pa­tro­nat à l’of­fen­sive sous une autre co­ha­bi­ta­tion, mais cette fois pour com­battre la loi des 35 heures du gou­ver­ne­ment de Lio­nel Jos­pin. L’adop­tion de ce pro­jet en Con­seil des mi­nistres en oc­tobre 1997 pro­voque la dé­mis­sion du pré­sident du CNPF Jean Gan­dois. Son dé­part livre le CNPF aux te­nants d’une ligne plus dure, le ba­ron Er­nest-An­toine Seillière, hé­ri­tier du groupe Wen­del, étant élu pré­sident, se­con­dé par Denis Kess­ler, nou­veau maître à pen­ser de l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale. Un an plus tard, en oc­tobre 1998, ils trans­forment le CNPF en Mou­ve­ment des en­tre­prises de France (Me­def ), afin d’exer­cer un vé­ri­table « lea­der­ship d’in­fluence », avec une doc­trine, un pro­gramme et des convic­tions. D’où la gué­rilla me­née contre la loi Au­bry, qui culmine le 4 oc­tobre 1999 avec le ras­sem­ble­ment de 30 000 chefs d’en­tre­prise à la porte de Ver­sailles pour dire « non aux 35 heures ».

A court terme, cette re­con­quête pa­tro­nale est ap­pa­rue comme un échec, Seillière ayant lais­sé à son dé­part du Me­def, en 2005, l’image d’un « ba­ron » un peu désuet et mo­qué par les hu­mo­ristes. Lau-

LA PRé­SI­DENCE MA­CRON SE­RA-T-ELLE LE TRIOMPHE DU LI­Bé­RA­LISME PA­TRO­NAL DANS LE CADRE D’UN éTAT-PROVIDENCE ADAP­Té À LA MON­DIA­LI­SA­TION ?

rence Pa­ri­sot, qui lui a suc­cé­dé à la tête de l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale, est au contraire une jeune chef d’en­tre­prise, di­rec­trice de l’ins­ti­tut de son­dage Ifop, mi­li­tante de la mixi­té hommes-femmes, du dia­logue so­cial et de la lutte contre le Front na­tio­nal. Mais elle re­ven­dique comme ses pré­dé­ces­seurs l’al­lé­ge­ment des charges sur les en­tre­prises, prône la flexi­bi­li­té du travail et la re­traite par ca­pi­ta­li­sa­tion, et se fé­li­cite du « bou­clier fis­cal » ins­tau­ré par Ni­co­las Sar­ko­zy en 2007 puis de la ré­forme des re­traites en 2010. Pre­mier pré­sident de la Ve Ré­pu­blique à s’être ren­du à l’uni­ver­si­té d’été du Me­def, le 31 août 2007, et adepte d’un li­bé­ra­lisme dé­com­plexé, le nou­veau chef de la droite est vite ap­pa­ru à l’opi­nion comme « le pré­sident des riches », voire ce­lui des pa­trons.

Sa dé­faite en 2012 face au so­cia­liste Fran­çois Hol­lande, qui avait fait de la fi­nance son « ad­ver­saire », avant de taxer lour­de­ment les en­tre­prises, pou­vait ap­pa­raître comme un nou­vel échec pour le pa­tro­nat. Mais son ral­lie­ment à la « po­li­tique de l’offre », qui s’est tra­duite dès no­vembre 2012 par un « pacte de com­pé­ti­ti­vi­té » puis en jan­vier 2014 par un « pacte de res­pon­sa­bi­li­té », oc­troyant 30 mil­liards d’al­lé­ge­ment des coûts aux en­tre­prises sans réelle contrepartie sur l’em­ploi, re­pré­sente ob­jec­ti­ve­ment une vic­toire de l’in­fluence pa­tro­nale.

La pré­si­dence d’Em­ma­nuel Ma­cron mar­que­ra-t-elle le triomphe dé­fi­ni­tif du li­bé­ra­lisme pa­tro­nal dans le cadre d’un Etat­pro­vi­dence adap­té à la mon­dia­li­sa­tion ? Les pre­mières me­sures du gou­ver­ne­ment d’Edouard Philippe et les or­don­nances ré­for­mant le code du travail semblent al­ler dans ce sens. Mais la lo­gique po­li­tique n’est pas tou­jours celle des pa­trons…

LE PA­TRON

DES PA­TRONS FRAN­ÇOIS CEY­RAC

– ici, à Pa­ris, le 20 jan­vier 1981 – consi­dère sa fonc­tion comme “l’un des plus sûrs ga­rants de la dé­mo­cra­tie”.

CONTRECARRER LE FRONT PO­PU­LAIRE Les dis­cus­sions entre les dé­lé­gués de la Confé­dé­ra­tion gé­né­rale de la pro­duc­tion fran­çaise – ici, le 7 juin 1936 –, les syn­di­cats et le pré­sident du Con­seil, Léon

Blum, abou­tissent aux ac­cords de Ma­ti­gnon sur le re­lè­ve­ment des sa­laires et les contrats col­lec­tifs. Mais les grou­pe­ments des banques, des as­su­rances et des grands ma­ga­sins re­fusent d’y sous­crire.

FACE AU PRO­GRAMME DE NA­TIO­NA­LI­SA­TIONS vou­lu par Fran­çois Mit­ter­rand, les dé­lé­gués du CNPF

– ici, à l’Ely­sée, le 29 mai 1981 – semblent jouer la né­go­cia­tion. Mais la guerre est dé­cla­rée au Par­le­ment, où des mil­liers d’amen­de­ments ins­pi­rés par le pa­tro­nat sont dé­po­sés.

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