LA FOIRE AUX VINS DE “MA­RIANNE”

LA FOIRE AU VIN DE “MA­RIANNE”

Marianne Magazine - - SOMMAIRE - Par Périco Légasse

La grande ker­messe an­nuelle bat son plein de fla­cons à tous les prix et en tout genre et dé­clenche une fré­né­sie ba­chique face à la­quelle il faut rai­son gar­der pour ne pas ache­ter n’im­porte quoi, n’im­porte com­ment. Certes, des oc­ca­sions se pré­sentent, mais il faut sa­voir que le temps des vraies bonnes af­faires, à l’époque où le né­goce bor­de­lais bra­dait pour moi­tié prix ses stocks de grands crus clas­sés in­ven­dus pour cause de pe­tit mil­lé­sime, est ré­vo­lu. Avec les nou­velles tech­no­lo­gies, il n’y a plus de « pe­tit » mil­lé­sime, puisque l’on peut cor­ri­ger les ef­fets d’une mau­vaise mé­téo grâce au pro­cé­dé de l’os­mose in­verse, qui consiste à re­ti­rer du vin les gouttes de pluie in­dé­si­rables. C’est cou­teux mais très ef­fi­cace, donc ré­ser­vé aux do­maines les plus riches. Le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, évident pour ce qui touche à la ma­tu­ri­té de la vigne, a par ailleurs écar­té de­puis une ving­taine d’an­nées les mau­vaises ré­coltes. Qu’im­porte, les grands crus bor­de­lais font l’ob­jet d’un tel en­goue­ment mon­dial que même s’ils ve­naient à dou­bler leurs ta­rifs pro­hi­bi­tifs ils trou­ve­raient en­core pre­neurs.

Les marges consen­ties par le mar­ché sont donc de­ve­nues dé­ri­soires pour les vins de pres­tige et in­exis­tantes pour les autres, les foires aux vins n’étant plus des bra­de­ries, comme à l’ori­gine, mais une im­mense opé­ra­tion de pro­mo­tion ins­ti­tuée par le né­goce et la dis­tri­bu­tion pour rem­plir les cha­riots du consom­ma­teur. Ce­la ne veut pas dire que l’ama­teur

vi­gi­lant ne puisse pas trou­ver son bon­heur à bon prix. Plus im­por­tant en­core est l’es­prit avec le­quel on dé­cide d’ache­ter son vin à cette oc­ca­sion. Rien de plus la­men­table que ces car­tons de bou­teilles em­por­tés à la va-vite sans que le vin ait été préa­la­ble­ment goû­té. Une re­com­man­da­tion lue dans la presse ou une bonne note dans un guide des vins et, hop, on rem­plit le coffre de la voi­ture.

Ce­la ne si­gni­fie pas que l’on fasse un mau­vais choix, même s’il est re­gret­table que l’on puisse ache­ter un vin sans s’être d’abord as­su­ré qu’on l’aime. Se conten­ter d’un la­bel ac­cor­dé à un do­maine ou un châ­teau pour gar­nir sa cave ou son ca­sier à bou­teilles re­vient en quelque sorte à ache­ter un vê­te­ment pour sa griffe sans l’avoir es­sayé. Veillons à ne pas de­ve­nir de simples bu­veurs d’éti­quettes à l’écoute des ten­dances et des co­ta­tions du mo­ment, le vin est un pro­duit vi­vant qui mé­rite une dé­marche per­son­nelle, ré­flé­chie, étu­diée, en fonc­tion de phé­no­mènes cultu­rels et sen­so­riels qui donnent de la no­blesse au geste, même pour les grands crus. Rien n’est plus émou­vant que de choi­sir une bou­teille de vin, de la ser­vir à table en la dé­gus­tant au­tour d’un plat, en fa­mille ou entre amis, avant d’en faire une car­gai­son. Dès lors que l’on veut bien in­tro­duire du ra­tion­nel dans la dé­marche, il n’y a au­cune rai­son de ne pas pro­fi­ter des foires aux vins pour ache­ter la ou les bou­teilles qui agré­men­te­ront les ins­tants de gour­man­dise bien ar­ro­sés ou rem­pli­ront le verre de vin du re­pas quo­ti­dien. Un pa­ra­doxe so­cié­tal veut que ja­mais les Fran­çais ne se soient au­tant in­té­res­sés au vin alors qu’ils en boivent de moins en moins. Sou­sen­ten­du, bu­vons moins mais bu­vons mieux. Quel dom­mage !

RES­TER VI­GI­LANT Les foires aux vins ne sont plus des bra­de­ries, mais d’im­menses opé­ra­tions de pro­mo­tion où il convient de faire son choix comme chez un ca­viste. Ici, 1862 Wines & Spi­rits à Cannes.

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