RETRAITES : L’ILLU­SION DE LA RÉ­FORME SANS PEINE

Avec son “sys­tème uni­ver­sel des retraites”, le can­di­dat Ma­cron pro­met­tait une ré­forme sys­té­mique sans per­dants dès 2018. Il va fal­loir dé­chan­ter.

Marianne Magazine - - Événement - HER­VÉ NATHAN

Il y a deux mois, Em­ma­nuel Ma­cron de­vi­sait dans un TGV avec un « pa­nel » de « che­mi­nots ». Sûr de lui (on ajou­te­rait au­jourd’hui « et do­mi­na­teur »), le pré­sident van­tait sa fu­ture ré­forme des retraites dont il sou­haite don­ner

« le top dé­part […] à la mi-2018 ».

A cette date, as­su­rait-il, « tout le monde rentre dans le sys­tème ». Ré­vé­lée par le Monde, la vo­lon­té pré­si­den­tielle ap­pa­rais­sait d’abord comme une sur­pre­nante dé­cla­ra­tion de guerre à la cor­po­ra­tion des che­mi­nots, dont le ré­gime a dé­jà été ré­for­mé par Sar­ko­zy en 2010. En fait, le pré­sident ne fai­sait que la pé­da­go­gie de son pro­gramme élec­to­ral qui com­prend le pas­sage à « un sys­tème uni­ver­sel des retraites ». Il est ré­su­mé ain­si : « Les co­ti­sa­tions […] se­ront ins­crites sur un compte in­di­vi­duel et re­va­lo­ri­sées chaque an­née se­lon la crois­sance des sa­laires. Ain­si, chaque eu­ro co­ti­sé ac­croî­tra de la même ma­nière la pen­sion fu­ture, quels que soient le sta­tut du tra­vailleur et l’ori­gine de cette co­ti­sa­tion. » La « retraite en comptes no­tion­nels » (nom sa­vant d’un sys­tème qui ne vient pas de nulle part) a été adop­tée en Suède où elle est de­ve­nue un mo­dèle pour la CFDT au­tant que pour l’éco­no­miste Tho­mas Pi­ket­ty. Les avan­tages ap­pa­rents sont nom­breux : le ré­gime res­te­rait de ré­par­ti­tion et so­li­daire (les ac­tifs payent pour les re­trai­tés) et per­met­trait de gé­rer des car­rières mul­tiples, ce qui sé­duit les syn­di­ca­listes.

Les li­bé­raux ap­plau­dissent, pour leur part, la fin de l’ex­cep­tion so­ciale fran­çaise, quand les énarques et les po­li­tiques ap­pré­cient un sys­tème qui, ap­pa­rem­ment, se­rait sous pi­lo­tage au­to­ma­tique et leur évi­te­rait d’af­fron­ter des ré­formes po­li­ti­que­ment ha­sar­deuses… Em­ma­nuel Ma­cron es­pé­rait pro­fi­ter d’une fe­nêtre de tir fa­vo­rable : son prin­ci­pal conseiller, Jean Pi­sa­ni-Fer­ry, avait re­pé­ré qu’en 2020, se­lon les pro­jec­tions du

Conseil d’orien­ta­tion des retraites (COR), les prin­ci­paux ré­gimes de retraite se­raient en­fin à l’équi­libre, per­met­tant d’en­vi­sa­ger « avec une sé­ré­ni­té rai­son­nable », une ré­forme sans trop de per­dants. « L’en­jeu au­jourd’hui n’est donc pas de re­pous­ser l’âge de dé­part ou d’aug­men­ter la du­rée de co­ti­sa­tion », pou­vait an­non­cer le can­di­dat à la pré­si­den­tielle !

Mieux en­core, les taux et les du­rées des co­ti­sa­tions pour­raient va­rier se­lon les mé­tiers et les sta­tuts. Ré­gimes spé­ciaux, même pas mal ! Pa­ta­tras ! Fin juin, de nou­velles pré­vi­sions du COR ont re­pous­sé l’équi­libre tant at­ten­du à

2040. En 2021, le gou­ver­ne­ment de­vrait avoir à trou­ver 9 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies ! La faute à un taux de chô­mage per­sis­tant à 7 %. Ré­sul­tat, la ré­forme sans peine de­vrait com­por­ter des me­sures pour le moins im­po­pu­laires : soit la baisse des pen­sions, dé­li­cate après la ponc­tion de 1,7 % de CSG sup­plé­men­taire dès 2018, soit un nou­veau re­port au­to­ri­taire de dé­part à la retraite au-de­là de 62 ans… Il va fal­loir beau­coup de pé­da­go­gie pour ex­pli­quer ça aux « fai­néants »…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.