Le courage de la PMA pour toutes

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Re­naud Dé­ly

Le can­di­dat Ma­cron s’y était en­ga­gé pen­dant sa cam­pagne. Le pré­sident tient ses pro­messes. Il faut l’en fé­li­ci­ter, l’en­cou­ra­ger, et le sou­te­nir. On ne parle pas là de la pé­rilleuse ré­forme du code du tra­vail que Jean-Luc Mé­len­chon, op­po­sant en chef au nou­veau ré­gime, pour­fend avec vi­gueur tout au long de l’en­tre­tien évé­ne­ment que nous pu­blions dans ce nu­mé­ro. Non, il faut se ré­jouir d’une autre ini­tia­tive gou­ver­ne­men­tale, celle an­non­cée par Mar­lène Schiap­pa, l’éner­gique se­cré­taire d’Etat char­gée de l’Ega­li­té entre les femmes et les hommes, qui a confir­mé cette se­maine que la pro­créa­tion mé­di­cale as­sis­tée (PMA) se­rait bien­tôt ou­verte à toutes les femmes. Mar­lène Schiap­pa a pla­cé cette dé­ci­sion sous le sceau de la « jus­tice so­ciale », ma­ni­fes­tant sa vo­lon­té de sup­pri­mer toute « dis­cri­mi­na­tion à l’égard des femmes les­biennes ou cé­li­ba­taires ». L’ar­gu­ment est im­pa­rable. Il a convain­cu le Co­mi­té consul­ta­tif na­tio­nal d’éthique qui a ren­du un avis fa­vo­rable préa­lable à l’an­nonce gou­ver­ne­men­tale. Va­li­dée par cette ins­tance re­con­nue et plu­ra­liste, et ré­pon­dant à une lé­gi­time quête d’éga­li­té, la PMA pour toutes n’est pas une re­ven­di­ca­tion d’idéo­logues illu­mi­né(e)s. C’est au contraire une ré­forme de bon sens qui vise à adap­ter notre droit au réel. Plu­sieurs mil­liers de femmes fran­çaises se rendent chaque an­née à l’étran­ger, no­tam­ment en Es­pagne ou en Bel­gique, où l’in­sé­mi­na­tion ar­ti­fi­cielle avec don­neur est lé­ga­li­sée.

Evi­dem­ment, la pro­cé­dure est longue, com­plexe et coû­teuse, et seules les plus for­tu­nées peuvent se per­mettre d’y re­cou­rir. Alors, au nom de quelle hy­po­cri­sie conti­nuer à re­gar­der ailleurs ? Comment jus­ti­fier la per­pé­tua­tion de telles in­éga­li­tés au pro­fit de quelques pri­vi­lé­giées ? On en­tend dé­jà les co­hortes de La Ma­nif pour tous et de ses sa­tel­lites ra­di­ca­li­sés dé­gai­ner leur in­usable ar­gu­ment : le fa­meux « in­té­rêt de l’en­fant »… In­dé­cente dé­fausse. Eux qui s’ar­rogent le mo­no­pole de l’en­fant s’ap­prêtent une fois en­core à ins­tru­men­ta­li­ser les leurs. Ils font chauf­fer les roues de leurs pous­settes pour traî­ner leur pro­gé­ni­ture sur le pa­vé. Et res­sortent leurs pots de pein­ture rose et bleu pour bar­bouiller leurs pan­cartes d’im­pro­bables ad­di­tions : « 1 pa­pa + 1 ma­man =… » Au fond, ces gre- nouilles qui s’ébrouent hors de leurs bé­ni­tiers ne se sou­cient pas du bien-être de leur des­cen­dance, mais de la seule pré­ser­va­tion d’un ordre qu’ils pré­tendent im­muable alors qu’il n’a ja­mais ces­sé de chan­ger. Il y a belle lu­rette que la réa­li­té de la fa­mille, et non les fan­tasmes qu’elle col­porte, jus­ti­fie l’au­to­ri­sa­tion de la PMA pour toutes. Le risque d’une éven­tuelle mar­chan­di­sa­tion de cette pra­tique existe, c’est vrai. Il doit être ban­ni et il y a bien des ver­rous lé­gis­la­tifs pour s’en pré­mu­nir de fa­çon claire, nette et pé­renne.

Pour le reste, cette ré­forme est af­faire d’équi­té, d’hu­ma­nisme, de jus­tice, donc, et, en dé­fi­ni­tive, de courage. Il en faut beau­coup à ces femmes qui se lancent dans ce dif­fi­cile pro­ces­sus parce qu’elles ont en elles un beau rêve d’en­fant. Il en fau­dra à Mar­lène Schiap­pa, cible de la fa­cho­sphère de­puis sa no­mi­na­tion, pour ré­sis­ter à l’hys­té­rie d’op­po­sants chauf­fés à blanc. Il en fau­dra en­fin aus­si à Em­ma­nuel Ma­cron pour sou­te­nir sa mi­nistre. Re­con­nais­sons qu’il sait par­fois en faire preuve. On peut contes­ter le cap de sa politique, s’exas­pé­rer de la mise en scène égo­cen­trique de sa com­mu­ni­ca­tion, et ad­mettre que l’homme a du cran et ne re­doute pas l’affrontement. Le can­di­dat l’avait mon­tré en pas­sant outre un ac­cueil hos­tile pour al­ler dis­cu­ter lon­gue­ment avec les ou­vriers de l’usine Whirl­pool à Amiens. Ce site in­dus­triel en per­di­tion est d’ailleurs en passe d’être sau­vé par un re­pre­neur dont l’in­ves­tis­se­ment doit da­van­tage à l’im­pli­ca­tion des pou­voirs pu­blics qu’aux sel­fies que Ma­rine Le Pen était ve­nue prendre sur le par­king avec quelques ou­vrières en dé­tresse. Le pré­sident a aus­si fait preuve de cran en al­lant se heur­ter à la co­lère des res­ca­pés d’Ir­ma, à Saint-Mar­tin et à Saint-Bar­thé­le­my. Plu­tôt que de cher­cher à im­po­ser ses or­don­nances sur le code du tra­vail, il fe­rait mieux d’uti­li­ser son au­to­ri­té à l’en­droit des op­po­sants à la PMA pour toutes qui sont prêts à en dé­coudre.

Tou­jours prêtes à ron­chon­ner, les mau­vaises langues hurlent au sub­ter­fuge, au ri­deau de fu­mée en­tre­te­nu par le chef de l’Etat pour dé­tour­ner le re­gard de l’opi­nion de la lé­gi­time co­lère sus­ci­tée par la loi Tra­vail. Si c’est le cas, il y a pour les an­ti-Ma­cron un moyen très simple d’évi­ter de tom­ber dans ce piège gros­sier. Il leur suf­fit d’ap­prou­ver en un rien de temps la PMA pour toutes, l’una­ni­misme em­pê­chant dès lors le gou­ver­ne­ment d’es­pé­rer ti­rer un quel­conque pro­fit politique de l’adop­tion de cette ré­forme juste. Chiche ?

ON PEUT CONTES­TER LE CAP DE LA POLITIQUE D’EM­MA­NUEL MA­CRON ET AD­METTRE QUE L’HOMME A DU CRAN ET NE RE­DOUTE PAS L’AFFRONTEMENT.

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