LES MÈCHES IN­DÉ­PEN­DAN­TISTES S’AL­LUMENT DANS TOUTE L’EU­ROPE

Marianne Magazine - - LE VIF DU SUJET - PAR JACK DION

Ma­ria­no Ra­joy a joué avec le feu et c’est l’Es­pagne qui s’est brû­lée. Le Pre­mier mi­nistre d’Es­pagne a cru avoir les in­dé­pen­dan­tistes ca­ta­lans à l’usure, il a pen­sé qu’ils n’iraient pas au bout de leur lo­gique, et il a ré­pon­du de la plus mau­vaise des ma­nières : par une ré­pres­sion bru­tale et aveugle (lire, p. 44). Ré­sul­tat : il a fait le jeu de ceux qui consi­dèrent le sé­pa­ra­tisme comme la voie de l’ave­nir, alors qu’elle n’est qu’une im­passe, en Es­pagne comme ailleurs.

Certes, le droit des peuples à dis­po­ser d’eux-mêmes est un prin­cipe in­tan­gible dès lors qu’il s’ex­prime dans un cadre lé­gal, ce qui n’est pas le cas en Ca­ta­logne. Mais il doit co­exis­ter avec le res­pect des Etats-na­tions et des fron­tières en­fan­tées par l’his­toire. A une époque où les revendications iden­ti­taires et les ex­tré­mismes re­li­gieux se nour­rissent mu­tuel­le­ment, le dan­ger n’est pas né­gli­geable, sur­tout dans un contexte de mon­dia­li­sa­tion folle qui fait ex­plo­ser les re­pères tra­di­tion­nels et les va­leurs com­munes. Il suf­fit de se rap­pe­ler le cal­vaire qui a sui­vi l’ex­plo­sion de l’ex-You­go­sla­vie, lar­ge­ment en­cou­ra­gée de l’ex­té­rieur, pour évi­ter de jouer avec des al­lu­mettes.

Nombre de ré­gions d’Eu­rope sont d’ores et dé­jà tra­vaillées par l’onde sé­pa­ra­tiste. C’est vrai en Es­pagne avec la Ca­ta­logne et le Pays basque, mais aus­si en Ecosse, en Flandre, en Ita­lie, sans ou­blier la France et la ques­tion corse. Ces revendications sont d’au­tant plus vi­vaces que l’Union eu­ro­péenne fait tout pour af­fai­blir les na­tions au nom d’une fuite en avant fé­dé­ra­liste mor­ti­fère sur la­quelle s’ap­puient nombre de forces étran­ge­ment coa­li­sées afin de ra­me­ner les Etats à un rôle su­bal­terne. De ce point de vue, mul­ti­na­tio­nales et in­dé­pen­dan­tistes font cause com­mune, et l’on peut s’éton­ner que ces der­niers trouvent une oreille com­pré­hen­sive dans des mi­lieux qui se contentent de dé­non­cer les pro­vo­ca­tions de Ma­drid sans voir le pé­ril qui vient de Bar­ce­lone.

Or quand la mèche sé­pa­ra­tiste est al­lu­mée, il est fort dif­fi­cile de l’éteindre. Rai­son de plus pour ap­pe­ler le gou­ver­ne­ment es­pa­gnol à ou­vrir des né­go­cia­tions sé­rieuses avec les forces re­pré­sen­ta­tives de la Ca­ta­logne afin d’échap­per à l’en­gre­nage in­fer­nal. On n’en se­rait pas là si les Ca­ta­lans avaient ob­te­nu un sta­tut d’au­to­no­mie com­pa­rable à ce­lui ac­cor­dé aux Basques, d’au­tant que les sou­ve­nirs du fran­quisme éra­di­ca­teur sont en­core dans les mé­moires. Pour se ré­cla­mer de l’Etat de droit, en­core faut-il ne pas se mon­trer in­tran­si­geant au point de pré­fé­rer la ma­traque au dia­logue, alors que l’uni­té de l’Es­pagne ne se­ra sau­vée qu’au prix de conces­sions ré­ci­proques.

Reste à sa­voir s’il n’est pas dé­jà trop tard et si la fo­lie iden­ti­taire ne va pas tout ba­layer et emporter les der­nières digues. Dans ce cas, le vent mau­vais qui souffle sur les côtes d’Es­pagne ba­laie­rait toute l’Eu­rope et le pire se­rait à craindre.

DES REVENDICATIONS AIGUISÉES PAR LA FUITE EN AVANT FÉ­DÉ­RA­LISTE DE L’UE.

CE QUE “MA­RIANNE”

EN PENSE BAR­CE­LONE, le 2 oc­tobre, au len­de­main de l’in­ter­dic­tion du ré­fé­ren­dum.

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