CEUX QUI NE VEULENT PAS VOIR

Marianne Magazine - - EVENEMENT - PAR RE­NAUD DÉ­LY

L’is­la­misme avance, le ter­ro­risme frappe par­tout dans le monde. En France, les mêmes in­cons­cients conti­nuent de s’aveu­gler, les mêmes au­truches conti­nuent de ne vou­loir ni voir, ni en­tendre, ni com­prendre.

Deux cent qua­rante-huit vic­times du ter­ro­risme is­la­miste en France de­puis mars 2012 ! Deux cent qua­ran­te­huit morts, hommes, femmes et en­fants as­sas­si­nés à Tou­louse, Pa­ris, Nice ou Mar­seille, et comme une ter­rible im­pres­sion de rou­tine : d’in­vrai­sem­blables failles po­li­cières ou ad­mi­nis­tra­tives qui conduisent à re­lâ­cher un sans-pa­piers à la veille de son crime, un mi­nistre de l’In­té­rieur fé­brile et dé­pas­sé (lire p. 16), et deux camps qui s’in­vec­tivent, à coups d’in­jures pué­riles et dé­pla­cées, « dé­mo­cra­ture li­ber­ti­cide » contre « laxisme cou­pable » au­tour d’une énième loi an­ti­ter­ro­riste dont on me­sure à l’avance qu’elle ne chan­ge­ra rien. Pis en­core, 248 morts donc, et au mo­ment où s’ouvre le pro­cès du frère de Mo­ha­med Me­rah, pion­nier de cette vague ter­ro­riste, les mêmes in­cons­cients conti­nuent de s’aveu­gler, les mêmes in­dé­cents conti­nuent de pa­ra­der, les mêmes au­truches conti­nuent de ne vou­loir ni voir, ni en­tendre, ni com­prendre.

Di­manche der­nier, à Mar­seille, deux jeunes et brillantes étu­diantes, Lau­ra, 21 ans, Mau­ranne, 20 ans, ont été as­sas­si­nées à la gare Saint-Charles par un Tu­ni­sien sans pa­piers. L’homme s’est su­bi­te­ment le­vé de son banc et les a at­ta­quées par-der­rière en hur­lant « Al­lah ak­bar ». Au même mo­ment, une dé­pu­tée du groupe La France in­sou­mise, Da­nièle Obo­no (lire p. 19), ex­pli­quait doc­te­ment sur un pla­teau de té­lé que le re­fus d’un conduc­teur de bus de suc­cé­der à une femme au vo­lant d’un vé­hi­cule de la RATP n’était qu’un simple in­dice de sexisme et non de ra­di­ca­li­sa­tion is­la­miste… Quelques jours plus tôt, la même élue avait lu dans l’hé­mi­cycle de l’As­sem­blée na­tio­nale un pas­sage san­glant de l’An­cien Tes­ta­ment

pour dé­mon- trer que, dans « n’im­porte quelle re­li­gion, on peut trou­ver des idées et théo­ries ex­trê­me­ment vio­lentes ». Dès lors, a-t-elle plai­dé, l’ar­ticle 2 de la loi an­ti­ter­ro­riste, qui sti­pule que des pré­fets peuvent fer­mer des lieux de culte ra­di­ca­li­sés, ne de­vrait pas vi­ser que des mos­quées – ce que le texte de loi ne fait d’ailleurs pas –, mais aus­si des églises ou des sy­na­gogues. In­dé­cente dé­fausse… Tout se vau­drait donc, toutes les me­naces se­raient équi­va­lentes dans l’es­pace pu­blic, comme si des in­té­gristes ca­tho­liques ou juifs avaient ré­cem­ment tué sur le sol fran­çais au nom de leur re­li­gion… Re­la­ti­vi­ser, mi­ni­mi­ser, ex­cu­ser et ren­voyer dos à dos tous les in­té­grismes en fai­sant mine de ne pas com­prendre qu’il en est un qui fait da­van­tage de morts dans le monde de­puis le 11 sep­tembre 2001 au nom d’un pro­jet ra­di­cal qui vise à nous as­ser­vir, telle est la gros­sière mé­thode de ces « idiots utiles » de l’is­la­misme. Leur cé­ci­té confine à la com­pli­ci­té.

VIC­TI­MI­SA­TION Dé­PLA­CéE

Au len­de­main de l’at­ten­tat de Mar­seille, So­nya Nour, col­la­bo­ra­trice du maire PCF de La Cour­neuve (Seine-Saint-De­nis), en a fait l’écla­tante dé­mons­tra­tion en pos­tant sur Fa­ce­book un mes­sage in­digne : « Quand un mar­tyr égorge une femme et poi­gnarde une autre, là, ça fait du bruit. Ter­ro­risme du sang, ci­vi­li­sa­tion Bla bla bla… Par contre que le ter­ro­risme pa­triar­cal nous tue tous les deux jours, on l’en­tend moins votre grande gueule. » Le maire de La Cour­neuve, Gilles Poux, a aus­si­tôt sus­pen­du sa col­la­bo­ra­trice. Une dé­ci­sion cou­ra­geuse qui a sus­ci­té l’in­di­gna­tion de Zoé Des­bu­reaux, sup­pléante du dé­pu­té de la Somme Fran­çois Ruf­fin (LFI) qui a twee­té : « Sou­tien to­tal à So­nya Nour qui su­bit les pres­sions de la fa­cho­sphère et de la gauche cas­sou­let. »

Ils en sont là… Ré­sis­ter à la bar­ba­rie ter­ro­riste, dé­fendre la laïcité, confor­ter les va­leurs ré­pu­bli­caines, ce se­rait cé­der à la fa­cho­sphère et se ran­ger à l’ex­trême droite… C’est l’acte d’ac­cu­sa­tion que le dé­pu­té Alexis Cor­bière (LFI) a dres­sé à l’en­droit de Ma­nuel Valls, en re­pro­chant à l’ex-Pre­mier mi­nistre d’être ap­plau­di par des dé­pu­tés FN lors­qu’il dé­nonce le pé­ril de « l’is­la­mo-gau­chisme ». En­cou­ra­gé par toute une mou­vance de la gauche ra­di­cale, por­té, no­tam­ment, par le Par­ti des in­di­gènes de la Ré­pu­blique (PIR), l’is­la­mo-gau­chisme n’est pas un fan­tasme. C’est un hé­ri­tage, la dé­rive d’une cer­taine gauche pour la­quelle le lourd pas­sé co­lo­nial de l’Oc­ci­dent jus­ti­fie­rait la bar­ba­rie qui le vise. Une gauche du re­mords et de la pé­ni­tence pour la­quelle, comme l’ex­plique Jean Birn­baum (lire l’in­ter­view, p. 22), l’is­lam, même radicalisé, même meur­trier, reste la re­li­gion des op­pri­més aux­quels tout est par­don­né…

Cet is­la­mo-gau­chisme n’est pas seule­ment une me­nace com­mu­nau­ta­riste pour le pacte ré­pu­bli­cain. C’est aus­si une mor­telle as­si­gna­tion à ré­si­dence pour les po­pu­la­tions de culture mu­sul­mane elles-mêmes. Elles sont ren­voyées par leurs faux amis à une hy­po­thé­tique iden­ti­té re­li­gieuse, et ain­si pri­vée de tout ac­cès à l’éman­ci­pa­tion laïque. Com­ment mieux les ca­té­go­ri­ser en ci­toyens de se­conde zone aux yeux du reste de la po­pu­la­tion qu’en conti­nuant de pré­tendre, contre l’évi­dence, que le ter­ro­risme is­la­miste n’au­rait rien à voir avec l’is­lam ?

L’is­la­misme n’est pas l’is­lam, certes. Mais il en est is­su. C’est une ma­la­die de l’is­lam, un can­cer qui le ronge. Le lien est di­rect, le rap­port, clair. C’est pré­ci­sé­ment ce cor­don que les mu­sul­mans, qui fi­gurent par­mi les pre­mières vic­times de cet in­té­grisme, doivent rompre ur­gem­ment. « Les mu­sul­mans de France ne peuvent plus res­ter im­pas­sibles sans ré­agir », de­vant « tant de sang ver­sé pré­ten­du­ment au nom » de leur re­li­gion, as­sène le rec­teur de la Grande Mos­quée de Pa­ris, Da­lil Bou­ba­keur. As­sez de fausse pu­deur et de vic­ti­mi­sa­tion dé­pla­cée, c’est parce que des ter­ro­ristes pré­tendent agir en leur nom que les mu­sul­mans doivent se mo­bi­li­ser au pre­mier chef. Et pou­voir vivre ain­si se­rei­ne­ment leur foi, et sur­tout leur pleine ci­toyen­ne­té.

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