CHARLES JO­SEPH-OUDIN, L’AVO­CAT QUI FAIT TREM­BLER LES LA­BOS

Marianne Magazine - - Événement - GUILLAUME DE MO­RANT

Che­zeDante avo­cats, le ca­bi­net de Me Charles Jo­seph-Oudin, dans le XIV ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, un sé­vère por­trait d’ec­clé­sias­tique du XVIIIe siècle voi­sine avec quelques « croûtes ri­go­lotes » peintes par une grand-tante. Contraste aus­si dans les cou­loirs, des tren­te­naires s’agitent fa­çon start-up, le co­cker Ma­lice traîne dans les pieds des clients. Et dans le bu­reau aux larges vitres s’em­pilent des di­zaines de dos­siers aux cou­ver­tures bleues. Ceux des vic­times des plus grands scan­dales de san­té pu­blique. La liste im­pres­sionne : le coupe-faim Me­dia­tor, c’est lui ; l’an­ti­épi­lep­tique Dé­pa­kine et main­te­nant Es­sure, l’im­plant contra­cep­tif, en­core lui. Le dé­cor ré­sume à lui seul le par­cours de cet avo­cat de 35 ans au vi­sage en­core pou­pin, sa­vam­ment dur­ci par une barbe brune. Fils de la bour­geoi­sie pa­ri­sienne – pa­rents mé­de­cins, droit à As­sas, Sciences-Po, un an à Ox­ford –, il au­rait pu res­ter dans les rails, de­ve­nir avo­cat d’af­faires et en­gran­ger les mil­lions. Mais, après deux stages « as­som­mants » dans des ca­bi­nets an­glo­saxons, Charles Jo­se­phOu­din a choi­si son camp : il se­ra la voix des vic­times. Ça paye moins. Ses clients sont sou­vent des femmes mo­destes. Après avoir épui­sé les droits ré­glés par les as­su­rances, elles bé­né­fi­cient de l’aide ju­ri­dic­tion­nelle, 178 €, pour mon­ter leur dos­sier. Pour leur avo­cat, le droit fran­çais est du cô­té des la­bos (lire aus­si, p. 21).

« Ils ont les moyens de faire traî­ner les pro­cé­dures des an­nées », explique-t-il. Alors, il a sa stra­té­gie, les class ac­tions pour ac­cé­lé­rer la jus­tice. En France, la loi per­met dé­sor­mais de trou­ver des so­lu­tions amiables, d’or­don­ner une mé­dia­tion. En 2009, l’an­née de son ins­crip­tion au bar­reau, au­cun des géants de la san­té ne se mé­fiait de ce trop jeune avo­cat. De­puis, le ton a chan­gé. Me Jo­seph-Oudin s’est fait un nom. « En réa­li­té, une class ac­tion, ça n’a ja­mais lieu. Après les pre­mières passes d’armes, on jauge les forces en pré­sence, puis les in­dus­triels pré­fèrent né­go­cier. » Un jeu de bon­ne­teau que maî­trise à mer­veille « l’avo­cat qui fait trem­bler les la­bos ».

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