POUR­QUOI SOLIDARNOSC SOU­TIENT MA­CRON

La ré­vi­sion du sta­tut de tra­vailleur dé­ta­ché vou­lue par le pré­sident fran­çais ne fait pas l’una­ni­mi­té. La Po­logne no­tam­ment s’y op­pose.

Marianne Magazine - - L’oeil De Marianne - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ANNE DASTAKIAN

Les deux se­maines qui s’ouvrent sont cru­ciales pour Em­ma­nuel Ma­cron, qui veut dur­cir les textes per­met­tant d’em­ployer les tra­vailleurs dé­ta­chés en Eu­rope. Il af­fronte l’op­po­si­tion de cer­tains pays de l’Est, dont la Po­logne. “Ma­rianne” a in­ter­ro­gé An­dr­zej Adamc­zyk, res­pon­sable des af­faires eu­ro­péennes et in­ter­na­tio­nales au sein du syn­di­cat po­lo­nais Solidarnosc.

Ma­rianne : Que pen­sez-vous de l’ini­tia­tive lan­cée par le pré­sident Ma­cron, vi­sant à ré­vi­ser la di­rec­tive eu­ro­péenne sur les tra­vailleurs dé­ta­chés ?

An­dr­zej Adamc­zyk : Nous sommes pour la ré­vi­sion de cette di­rec­tive parce qu’elle ne fonc­tionne pas. Et qu’elle est mal écrite, ce dont té­moignent les ré­centes dé­ci­sions de la Cour de jus­tice eu­ro­péenne. Notre but est qu’y soit in­tro­duite l’éga­li­té des condi­tions de tra­vail et de ré­mu­né­ra­tion des tra­vailleurs au sein de l’Union eu­ro­péenne. Nous sommes in­con­tes­ta­ble­ment pour un sa­laire égal à tra­vail égal, au même en­droit.

Com­ment ana­ly­sez-vous la ré­ac­tion de re­fus du gou­ver­ne­ment po­lo­nais, qui ac­cuse la France et l’Al­le­magne de pro­tec­tion­nisme ?

Le gou­ver­ne­ment s’em­pare de tous les pré­textes pos­sibles pour blo­quer la ré­vi­sion de la di­rec­tive. Nous désap­prou­vons cette at­ti­tude, car ce­la va à l’en­contre de l’in­té­rêt des tra­vailleurs. Les en­tre­prises cherchent tous les moyens de payer moins leurs sa­la­riés, quitte à pra­ti­quer une concur­rence dé­loyale et ce qu’on ap­pelle le dum­ping so­cial. Nous sommes contre toute dis­cri­mi­na­tion en fonc­tion de la na­tio­na­li­té ou de l’ori­gine des tra­vailleurs ou des em­ployeurs.

De nom­breux jour­naux po­lo­nais ont ex­pri­mé des craintes quant aux consé­quences d’une éven­tuelle ré­vi­sion de la di­rec­tive, compte te­nu du fait que les tra­vailleurs dé­ta­chés re­pré­sentent 2,5 % des em­plois en Po­logne ?

L’ar­gu­ment se­lon le­quel une ré­vi­sion de la di­rec­tive fe­rait grim­per le chô­mage en Po­logne est ab­surde. Tout d’abord, dans notre pays, le chô­mage est bas (4,2 % d’après Eu­ro­stat) et constam­ment en baisse. En­suite, la de­mande en tra­vailleurs, sur­tout qua­li­fiés – ce qui est le cas des tra­vailleurs dé­ta­chés – est forte. Au­jourd’hui, en Po­logne, les tra­vailleurs na­tio­naux sont par­tiel­le­ment rem­pla­cés par des cen­taines de mil­liers d’Ukrai­niens qui ac­ceptent des sa­laires moins éle­vés. Le re­tour des tra­vailleurs dé­ta­chés coû­te­rait cher aux pa­trons dans notre pays, mais il est peu pro­bable qu’ils re­viennent. En fin de compte, rien ne jus­ti­fie que les en­tre­prises po­lo­naises paient leurs em­ployés moins cher que les en­tre­prises fran­çaises pour le même tra­vail.

CONTRE L’IN­TÉ­RÊT DES TRA­VAILLEURS : “Le gou­ver­ne­ment s’em­pare de tous les pré­textes pour blo­quer la ré­vi­sion.”

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