LE VRAI SCAN­DALE DE LA PÉNURIE DE BEURRE

Marianne Magazine - - NOTRE OPINION - PAR PÉRICO LÉGASSE

Le spec­tacle du rayon de beurre vide dans les grandes sur­faces évoque des sou­ve­nirs d’époques ré­vo­lues. Ce­la ne pou­vait plus ar­ri­ver, en tout cas pas en France, dont l’agri­cul­ture, pla­ni­fiée de­puis cin­quante ans par les gé­nies du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, avec le sou­tien des gé­nies de la FNSEA, se­lon les orien­ta­tions des gé­nies de la Com­mis­sion de Bruxelles, n’est que pro­dige et opu­lence. D’ailleurs, c’est bien connu, le paysan fran­çais, por­teur de l’un des plus for­mi­dables pa­tri­moines agri­coles de cette pla­nète, est un homme com­blé, épa­noui et eu­pho­rique.

Trève de cy­nisme, la crise du beurre que connaît le pays de­puis plu­sieurs jours est la preuve que l’agri­cul­ture fran­çaise est gé­rée, au mieux, par des voyous in­com­pé­tents. Ver­sion of­fi­cielle : la de­mande ayant aug­men­té alors que la mé­téo a ta­ri le pis des vaches, la France est en panne de beurre. D’au­tant que les Chi­nois, qui sont très nom­breux, se mettent à en consom­mer de plus en plus. Certes, la Chine dé­tourne vers elle le lait en poudre de Nou­vel­le­Zé­lande, dont on ap­prend, grâce à cette crise, qu’il ser­vait à fa­bri­quer les 200 000 tonnes de beurre que la France im­porte chaque an­née, nous lais­sant face aux réa­li­tés concrètes de notre pro­duc­tion na­tio­nale.

En fait, la vé­ri­té est bien plus si­nistre. Trois fac­teurs sont à l’ori­gine de cette pénurie. Le pre­mier crève les yeux : à force de voir dis­pa­raître les uns après les autres les élevages, le lait vient fa­ta­le­ment à man­quer. Le deuxième, aber­rant, porte sur les lu­bies nu­tri­tio-mé­di­cales du lob­by hy­gié­niste, qui a long­temps as­si­mi­lé le beurre à un pro­duit toxique com­pa­rable au ta­bac, en con­sé­quence de quoi, ja­mais à une bourde près, les cher­cheurs de l’In­ra ont pro­cé­dé à des ma­ni­pu­la­tions gé­né­tiques afin de di­mi­nuer le taux de ma­tière grasse dans le lait des vaches fran­çaises. Pour simple exemple, les 4 mil­lions de vaches prim’Hol­stein com­po­sant l’es­sen­tiel du chep­tel lai­tier fran­çais, cette noi­raude écor­née pro­gram­mée pour pis­ser de 8 000 à 10 000 l de lait « light » par an, sont les filles de… 16 tau­reaux. Comme on le sait, le beurre pro­vient de la crème. Or, sans ma­tière grasse en pro­por­tion suf­fi­sante dans le lait, plus as­sez de crème pour faire son beurre.

En­fin, troi­sième fac­teur ag­gra­vant, ayant dû concé­der quelques cen­times de plus aux éle­veurs en leur payant le litre de lait 29 cen­times au lieu de 25, les in­dus­triels lai­tiers ont dé­ci­dé de se re­faire une tré­so­re­rie pour com­pen­ser cet hor­rible manque à ga­gner. Cer­tains groupes n’au­raient pas hé­si­té à spé­cu­ler sur les stocks pour faire grim­per les prix, fai­sant pas­ser la tonne de beurre de 5 000 à 8 000 €. Pure coïn­ci­dence. Et dire que l’on ne peut même plus vendre de beurre aux Al­le­mands car nos voi­sins ger­mains ont pro­duit 28 mil­liards de litres de lait en 2016, contre 24 mil­liards en France. Cher­chez l’er­reur.

CER­TAINS AU­RAIENT SPÉCULÉ SUR LES STOCKS POUR FAIRE GRIM­PER LES PRIX.

CE QUE “MA­RIANNE”

EN PENSE LA CRISE DU BEURRE est la preuve que l’agri­cul­ture fran­çaise est gé­rée, au mieux, par des voyous in­com­pé­tents.

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