De fond

Marianne Magazine - - CULTURE - PAR MY­RIAM PERFETTI

La bande des­si­née adore les chefs-d’oeuvre lit­té­raires. Elle ne se contente pas de les co­pier en des­si­nant : elle les bous­cule, les tord et en ex­trait sou­vent le meilleur.

Que trans­mettre ? Le sa­voir ! », af­fir­mait le phi­lo­sophe et his­to­rien des sciences Mi­chel Serres, dans Pe­tite Pou­cette, un es­sai pa­ru en 2012 qui s’in­ter­ro­geait sur le de­ve­nir de l’édu­ca­tion à l’ère de la so­cié­té de l’in­for­ma­tion. Les scé­na­ristes et des­si­na­teurs du 9e art ont, eux, de­puis long­temps ré­pon­du à cet ap­pel, uti­li­sant encres et pin­ceaux pour pro­po­ser au plus grand nombre leur vi­sion des clas­siques. Même si se ris­quer à l’adap­ta­tion d’une oeuvre lit­té­raire ou théâ­trale, de celle qui baigne l’in­cons­cient col­lec­tif pla­né­taire, peut vite se ré­vé­ler un exer­cice de haute vol­tige, ra­me­nant son créa­teur à l’im­pla­cable loi de la gra­vi­té. Pour s’en af­fran­chir, la BD doit vé­ri­ta­ble­ment s’ap­pro­prier l’oeuvre et se ser­vir du gra­phisme pour la réin­ven­ter.

C’est exac­te­ment la dé­marche de l’illus­tra­teur Da­vid Sa­la pour le Joueur d’échecs, de Stefan Zweig. En si­gnant avec cet al­bum vir­tuose son re­tour à la bande des­si­née, le Stras­bour­geois res­ti­tue l’am­biance claus­tro­phobe de cette nou­velle post­hume de l’écri­vain vien­nois, qui pré­fé­ra, en 1942, en exil, le sui­cide à l’im­pos­sible sur­vie dans un monde qui avait som­bré dans la bar­ba­rie. Mieux, Da­vid Sa­la en fait des ta­bleaux, qui convoquent l’uni­vers gra­phique de l’école vien­noise, ce­lui de Gus­tav Klimt et d’Egon Schiele, tis­sant, en cou­leurs di­rectes à l’aqua­relle, des pas­se­relles entre les arts et su­bli­mant son res­sen­ti de cette oeuvre tes­ta­men­taire. Il en fal­lait de l’au­dace pour trans­crire l’his­toire de

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