PEN­SÉES ET MALICES

Marianne Magazine - - Culture - PAR STÉPHANE BOU

Rares sont les phi­lo­sophes ca­pables de dire à pro­pos d’une idée qui leur tra­verse ré­gu­liè­re­ment l’es­prit : « C’est une pen­sée idiote, mais peut-être aus­si très pro­fonde, je n’ai ja­mais su tran­cher. » Clé­ment Ros­set a près de 80 ans, quelques livres in­dis­pen­sables à son ac­tif – le Réel et son double (Gal­li­mard), la Force ma­jeure ou le Phi­lo­sophe et les sor­ti­lèges (Mi­nuit) –, une ma­nière unique de ci­ter en même temps Lu­crèce et Tin­tin, Nietzsche et Cour­te­line, ce­la sans ou­blier de nous rap­pe­ler qu’il trouve Pla­ton « in­sup­por­table par son mo­ra­lisme et son culte de la sa­gesse ». Il pense que « si on est triste, c’est parce qu’on se trompe », mais sou­tient en même temps que « la joie im­plique l’ac­cep­ta­tion du tra­gique ». Son ob­ses­sion pour la clar­té, le sens du mot juste, contre le style com­pli­qué et « l’illu­sion de pro­fon­deur qui se dé­gage des textes qu’on ne com­prend pas » est re­ven­di­quée avec force. On ne sau­rait vrai­ment phi­lo­so­pher sans se mo­quer de l’es­prit de sé­rieux des jar­gon­neux. Il ne s’en prive d’ailleurs pas dans un livre d’en­tre­tien qui vient de pa­raître. Ros­set fait le point.

Sur sa concep­tion de la réa­li­té.

Sur la ma­nière avec la­quelle nous pei­nons tous à la voir telle qu’elle est. Sa ma­lice y est constante. Heu­reux sont ceux qui le dé­cou­vri­ront à cette oc­ca­sion. Comment ré­sis­ter à un phi­lo­sophe qui af­fiche un tel pro­gramme :

« Avoir rai­son ou pas, trou­ver la vé­ri­té ou pas, ce sont des pro­blèmes qui ne m’in­té­ressent pas beau­coup. Di­sons que je me contente de ne pas dire trop faux. »

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