Mel­ville dans ses images

Marianne Magazine - - Culture - FRÉ­DÉ­RIC BAS

Tom­bé dans un qua­si-ou­bli au cours des an­nées 80, c’est dans les an­nées 90 qu’on re­par­la de Mel­ville : sor­ti du pur­ga­toire, il de­ve­nait la ré­fé­rence ul­time du néo­po­lar si­gné John Woo ou Quen­tin Ta­ran­ti­no. On rap­pe­la alors qu’il fut le père de la nou­velle vague, que le Pa­ris des 400 Coups était éclai­ré par Hen­ri De­caë, chef op de Bob le flam­beur, que Go­dard fit jouer dans A bout de souffle. Le livre d’An­toine de Baecque re­vient sur Mel­ville comme si­gna­ture esthétique ma­jeure du ci­né­ma contem­po­rain et sur les 14 films qu’il a tour­nés entre 1947 et 1972, mais c’est pour en don­ner un éclairage in­édit : « Le ci­né­ma de Mel­ville est en­tiè­re­ment conte­nu dans la re­for­mu­la­tion sty­li­sée, mais ma­niaque, scru­pu­leuse, mé­ti­cu­leuse de sa propre exis­tence. » C’est presque un pa­ra­doxe. Car si l’au­teur est aujourd’hui cé­lé­bré pour sa mise en scène pure, ce que de Baecque ap­pelle « l’ab­so­lu­tisme mel­vil­lien », il est pos­sible de le cer­ner au plus près en en­quê­tant sur son exis­tence. C’est le pa­ri du bio­graphe : ra­con­ter l’oeuvre à par­tir d’une mul­ti­tude d’images in­édites (ve­nant des archives fa­mi­liales du ci­néaste) comme un mi­roir se­cret de la vie. De Baecque met à dis­tance l’homme au stet­son, le trench-coat, les RayBan, toute la pa­no­plie-écran créée par le ci­néaste lui-même pour se pro­té­ger, et ré­vèle, no­tam­ment à par­tir d’archives pho­to­gra­phiques, un jeune homme – Jean-Pierre Grum­bach – fa­çon­né par son ex­pé­rience de sol­dat puis de ré­sis­tant pen­dant la guerre, qui pas­se­ra sa vie à bâ­tir un ima­gi­naire en croi­sant son ex­pé­rience fon­da­trice de com­bat­tant et son amour fou pour le ci­né­ma hol­ly­woo­dien.

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