L’ÉMAN­CI­PA­TION, UN SPORT DE COM­BAT

Une ou­vrière aux prises avec l’hor­reur so­ciale, une cham­pionne de ten­nis qui monte au front pour l’éga­li­té, des hé­roïnes de la Grande Guerre qui vivent sans leurs hommes… Plu­sieurs films mettent en scène des femmes qui luttent pour leur éman­ci­pa­tion. Re­vu

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Olivier De Bruyn

Au­tomne 2017 : sai­son des hé­roïnes com­ba­tives ! En no­vembre, de nom­breux films mettent en avant des femmes en lutte pour leur li­ber­té. Zoom sur trois d’entre eux : les Gar­diennes,

Bat­tle Of The Sexes et Prendre le large.

Au­tomne 2017 : sai­son des hé­roïnes com­ba­tives ! En no­vembre, les femmes en quête d’éman­ci­pa­tion oc­cupent tous les écrans et il n’y a au­cune rai­son de s’en plaindre. Dans Ma­ry­line, de Guillaume Gal­lienne (sor­tie le 15 no­vembre), une jeune co­mé­dienne, is­sue d’un mi­lieu mo­deste, tente de faire en­tendre sa voix mal­gré les mul­tiples hu­mi­lia­tions dont elle est l’ob­jet (lire, p. 69). Dans le Se­meur, de Ma­rine Fran­cen (sor­tie le 15 no­vembre), des pay­sannes de 1852 font vivre en so­li­taire leur vil­lage cé­ve­nol alors que Louis-Na­po­léon Bo­na­parte ré­prime la ré­sis­tance ré­pu­bli­caine et em­pri­sonne les hommes qui s’op­posent à son pou­voir. Dans le Brio, d’Yvan

At­tal (sor­tie le 22 no­vembre), une étu­diante is­sue d’une ban­lieue « dif­fi­cile » af­fronte le ra­cisme vo­ci­fé­rant d’un prof in­fluent de sa fac. Dans Pa­ris etc., une sé­rie per­cu­tante si­gnée Za­bou Breit­man (dif­fu­sion sur Ca­nal + à par­tir du 27 no­vembre), des Pa­ri­siennes d’aujourd’hui, de tous âges et de toutes ori­gines, cherchent à dy­na­mi­ter les en­traves in­si­dieuses qui les contraignent. Par­mi les nom­breuses fic­tions qui mettent en scène des hé­roïnes en lutte, trois re­tiennent par­ti­cu­liè­re­ment l’at­ten­tion. Zoom sur quelques femmes qui re­fusent de re­non­cer à leurs dé­si­rs.

bou­le­ver­sante, Gaël Mo­rel (Après lui, Notre pa­ra­dis) ins­crit sa fic­tion dans un contexte bru­ta­le­ment contem­po­rain. Et ce n’est pas un ha­sard. « Je suis moi-même is­su de la classe ou­vrière, ra­conte le ci­néaste, et mon père a tra­vaillé en trois-huit toute sa vie dans l’usine que l’on voit au dé­but du film. Dans ma car­rière de ci­néaste, je me suis éloi­gné de mon mi­lieu d’ori­gine et j’ai été mar­qué quand j’ai ap­pris que mon père avait quit­té la salle au mi­lieu de la pro­jec­tion de ma pré­cé­dente fic­tion. Avec Prendre le large, j’ai vou­lu mettre en scène une his­toire sus­cep­tible d’in­té­res­ser des gens comme lui. Le film évoque fron­ta­le­ment la pé­riode dans la­quelle nous vi­vons. C’est un film des an­nées Ma­cron, celles où l’on dit aux gens qui sur­vivent dans la pré­ca­ri­té de ne pas se com­por­ter comme des as­sis­tés et d’al­ler bos­ser à 200 km ou plus de chez eux. Prendre le large montre comment les plus dé­mu­nis se dé­brouillent avec une réa­li­té qui les tue à pe­tit feu. » Une femme or­di­naire qui ap­prend sur le tard à s’éman­ci­per : mal­gré un ar­gu­ment scé­na­ris­tique pro­pice aux sur­en­chères, le film sé­duit grâce à la sub­ti­li­té de son scé­na­rio qui évite à chaque ins­tant le ma­ni­chéisme, à la flui­di­té de sa réa­li­sa­tion et à son re­fus de la ca­ri­ca­ture.

“UNE LI­BÉ­RA­TION IN­TIME”

Tou­jours à bonne dis­tance de son su­jet et de ses per­son­nages, Gaël Mo­rel met en scène une fic­tion aus­si convain­cante dans sa sub­ti­li­té psy­cho­lo­gique que dans sa ra­dio­gra­phie d’un uni­vers social dé­li­ques­cent. « Prendre le large ra­conte aus­si une li­bé­ra­tion in­time, pour­suit Gaël Mo­rel. Je re­fuse le point de vue ex­clu­si­ve­ment so­cio­lo­gique, ce­lui où l’on can­tonne et en­ferme si sou­vent les per­son­nages is­sus des classes po­pu­laires. Ces pro­ta­go­nistes-là ont aus­si droit à la fic­tion et au ro­ma­nesque, bref, ils ont droit au ci­né­ma ! Je vou­lais qu’Edith ne soit pas ré­duite à un sym­bole et j’ai avant tout fil­mé une hé­roïne sin­gu­lière. Son éman­ci­pa­tion est per­son­nelle et fa­mi­liale. Son dé­part au Ma­roc coïn­cide avec sa prise de conscience qu’elle n’est pas seule­ment une mère et une ou­vrière, mais aus­si une femme avec ses propres dé­si­rs. Edith ap­prend peu à peu à se li­bé­rer des chaînes du tra­vail, au­quel elle a don­né tel­le­ment d’im­por­tance du­rant toute son exis­tence, elle qui a tou­jours vé­cu comme un bon pe­tit sol­dat. » Avec la ré­volte in­time de ce « bon pe­tit sol­dat » d’aujourd’hui, une vic­time par­mi d’autres de la vio­lence so­ciale, Gaël Mo­rel signe un film puis­sant et émou­vant sur notre époque. Un des plus beaux de cette fin d’an­née du cô­té du ci­né­ma fran­çais.

Prendre le large,

de Gaël Mo­rel, avec San­drine Bon­naire, Mou­na Fet­tou. Sor­tie le 8 no­vembre.

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