So­phie Calle joue au chat et à la sou­ris

Marianne Magazine - - Culture - MA­RION GUIL­BAUD

Elle a de­man­dé à des aveugles quelle était leur image de la beau­té, pré­sen­té une ex­po­si­tion où elle n’avait pas pris une seule photo, sol­li­ci­té 107 femmes pour com­men­ter un mail de rup­ture qu’elle avait re­çu, fil­mé la fin de son couple et la mort de sa mère. La voi­là main­te­nant à la galerie Per­ro­tin où elle rend no­tam­ment hom­mage à son chat dis­pa­ru ! Au rez-de-chaus­sée, on re­trouve l’es­prit sin­gu­lier de So­phie Calle avec des pho­to­gra­phies der­rière des ri­deaux à sou­le­ver, bro­dés d’un texte qui com­mence par « Parce que ». Ain­si à la phrase « Pour gar­der un sou­ve­nir de ces vil­la­geois in­for­tu­nés, parce que je me de­mande comment on les nomme » ré­pond un cli­ché du pan­neau d’une com­mune ap­pe­lée « Pauvres ». A « La ven­geance est un plat qui se mange froid », ce­lui de deux pierres tom­bales « Mo­ther » et « Fa­ther »…

La fo­lie Calle se pour­suit à l’étage avec « Sou­ris Calle » où l’ar­tiste in­vite à fer­mer les yeux et à ou­vrir les oreilles pour dé­cou­vrir son Om­ni (ob­jet mu­si­cal non iden­ti­fié), re­quiem pour un ma­tou, le sien, dé­cé­dé le 26 jan­vier 2014 à 15 h 35. Un fé­lin ap­pe­lé Sou­ris, dont elle a vou­lu ac­cou­cher, elle qui n’a ja­mais dé­si­ré d’en­fants ! Pour ne pas l’ou­blier, So­phie Calle a de­man­dé à une qua­ran­taine de mu­si­ciens de lui com­po­ser une chan­son. Le cas­ting est à faire pâ­lir de ja­lou­sie tous les di­rec­teurs ar­tis­tiques de la planète : Jar­vis Co­cker ron­ronne, Phar­rell Williams miaule, Bo­no laisse un mes­sage, Jeanne Che­rhal, Bio­lay et Feu! Chat­ter­ton… se trans­forment en Aris­to­chats de la chan­son !

Cette nou­velle pro­po­si­tion de et pour So­phie Calle (car elle chante aus­si, pour la pre­mière fois) s’in­carne dans un triple vi­nyle (ti­ré à 1 000 exem­plaires) qu’on peut écou­ter dans des box in­di­vi­duels. Au mur, la po­chette du 33-tours (une photo de Sou­ris), une vi­déo hi­la­rante où on le voit jouer avec des ani­maux em­paillés et une autre sur leurs dix-sept an­nées de vie com­mune : « “Sou­ris”, c’est le mot que j’ai le plus pro­non­cé dans ma vie » ; et sur la per­son­na­li­té de ce fé­lin ado­ré : « Sou­ris se mas­tur­bait sur moi et, à la fin, il ron­flait sé­rieu­se­ment. » Un vrai conjoint à quatre pattes ! En par­ta­geant son ex­pé­rience, So­phie Calle cherche comme tou­jours à com­bler le manque. Ici, ce­lui du chat qu’elle a dans la gorge.

“Parce Que” et “Sou­ris Calle”, galerie Per­ro­tin, Pa­ris IIIe, jus­qu’au 22 dé­cembre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.